Lip-Bu Tan prend la tête d’Intel

Après la « démission » de Pat Gelsinger et une période d’intérim bicéphale, c’est Lip-Bu Tan qui devient le nouveau directeur général d’Intel.

M Lip-Bu Tan est un membre du conseil d’administration d’Intel et il a déjà exercé le poste de CEO pour Cadence Design Systems, une société qui édite des logiciels de CAO et qui est cotée au NASDAQ.

M Lip-Bu Tan va devoir poursuivre la réorganisation lancée par Pat Gelsinger pour qu’Intel retrouve une place concurrentielle face à AMD dans les processeurs grand public et professionnels, mais également face à Nvidia sur le secteur de l’IA. Les mouvements effectués par Gelsinger ont commencé à porter leurs fruits avec un rattrapage très net dans la course à la finesse de gravure et des puces qui se sont hissées à de bien meilleurs niveaux de performances par rapport à l’état des lieux à la fin de la période laissée par son prédécesseur. Le conseil d’administration d’Intel a cependant jugé que les résultats n’allaient pas assez vite et étaient trop couteux et a donc décidé de changer de jockey pour poursuivre la course.

Le nouveau CEO a adressé un message aux salariés d’Intel. Il y indique sa volonté de préparer une stratégie offensive et parle de concentration de la marque sur ses domaines les plus forts. Là où le constructeur est encore leader. Cela peut se lire de multiples manières et cela pourrait laisser entendre par exemple un abandon de certaines branches prometteuses comme la partie graphique. Ce qui serait à mon avis vraiment dommage, car le marché à plus que jamais besoin d’un outsider dans ce domaine.

Il annonce également un futur plein de défis à relever et un travail gigantesque pour remettre le fondeur en état de marche. Un travail titanesque compte tenu de la situation internationale et de la guerre commerciale que le gouvernement US a lancé avec plusieurs de ses partenaires historiques. Mais une annonce qui semble faire plaisir aux investisseurs avec une action qui est remontée à Wall Street.

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Les slides d’Intel en 2017 montraient une orientation tous azimuths

J’ose tout de même rappeler que c’est à cause des investisseurs qui ont fait confiance à un Brian Krzanich de 2013 à 2018, que la situation d’Intel est aujourd’hui ce qu’elle est. Ce dernier a fait tout son possible pour rendre les investisseurs heureux en ralentissant au maximum les couts de recherche et développements les plus importants, tuant ses programmes de soft power, limitant les évolutions de ses puces face à un AMD moribond qui ne pouvait pas lui faire de l’ombre et agité les bras autour d’idées accessoires comme l’IoT, le Tech-à-porter ou les drones. Tout en promettant la lune avec le mobile. Les actionnaires étaient alors les plus heureux du monde avec un Intel hyper rentable même s’il était tout le temps en retard, avant d’en payer le prix quand AMD est revenu dans la course.

Les actionnaires ne conçoivent pas les puces et ne désignent pas des process de gravure. Si l’action va mieux, c’est un peu d’air frais pour la marque, mais après une disparition de 15% de ses salariés et la coupe de quelques structures sous Gelsinger, il faut espérer qu’Intel ne prenne pas la voie de tant d’autres sociétés du genre. Rabotant la recherche et décimant les branches du moment, celles jugées pas assez vigoureuses, pour essayer de sauver un tronc déjà attaqué de toutes parts.

Difficile de voir où va aller Intel avec M Lip-Bu Tan, lui promet de mettre les bouchées doubles pour rattraper le retard accumulé. Il ne peut de toutes façons pas promettre autre chose et pour le moment les équipes sont dans le flou le plus total sur leur avenir. Je persiste à penser que débarquer Gelsinger a été une mauvaise idée. Le retirer au milieu de la course alors même que son travail commençait à porter ses fruits ne semble pas être une excellente méthode.

M Lip-Bu Tan a été choisi parce qu’il est un homme à multiples facettes, autant sur le plan technique que sur la partie logicielle. Il est également rodé au monde de l’entreprise et sait apparemment courtiser les investisseurs. Est-ce vraiment ce qu’il faut à Intel en 2025 ? Peut-être. L’homme qui est arrivé chez Intel en 2021 est un ingénieur multi-diplômé, en physique et en génie nucléaire, auprès de prestigieuses universités à Singapour et au MIT. 

Intel reste un acteur très important du secteur x86 et si vous pouvez lire un peu partout que la marque est totalement foutue, elle est tout de même un petit pilier de notre économie mondiale. Si AMD grignote de trimestre en trimestre des parts de marché à Intel, la marque occupe tout de même toujours 70% des ordinateurs de bureau. Et presque 78% des ordinateurs portables en 2024. Dans le monde des serveurs c’est plus de 75% qui restent équipés de puces Intel. Les annonces d’une mort du géant sont donc souvent un peu précipitées même s’il faut reconnaitre un gros tassement des ventes, une montée en puissance des concurrents comme Qualcomm ou Nvidia et un manque de séduction sur les secteurs grand public très haut de gamme.

Il faut bien comprendre que la disparition d’Intel serait une absolue catastrophe. Même pour les fans d’AMD. Si demain Intel arrêtait de produire des puces, plus aucun particulier ne pourrait acheter de processeur. L’industrie avalerait la totalité de la production concurrente. Avec un unique acteur x86 sur le marché, les prix exploseraient et on se retrouverait sur le segment du processeur dans une situation largement plus catastrophique que sur le segment des cartes graphiques.

Lip-Bu Tan a donc beaucoup de pain sur la planche et va devoir se retrousser les manches pour essayer de contenter tout le monde en pilotant un énorme navire dont les seules manœuvres agiles sont toujours radicales et rarement judicieuses.


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4 commentaires sur ce sujet.
  • 13 mars 2025 - 18 h 44 min

    Super analyse, toute en niveaux de gris 👍

    Reply
  • 14 mars 2025 - 8 h 47 min

    Les CEOs de Nvidia, AMD et maintenant Intel sont tous désormais d’origine asiatique (et chinois ou proche). Je ne dis pas cela par racisme, mais bon, ils ont la mentalité de faire la part belle à l’éducation. On peut aussi compter les noms chinois des chercheurs dans les papiers scientifiques sur les IAs, ils représentent un pourcentage important. (En fait, je suis français d’origine asiatique, j’ai fait une grande école en France alors je pense avoir un point de vue un peu éclairé sur la question). Et les Cdramas que j’ai vus récemment sont révélateurs de ce côté-là.
    Alors qu’en occident, cela se délite (ce dont je ne me réjouis pas)…
    https://www.youtube.com/watch?v=os8VNkzcjzE
    https://www.youtube.com/watch?v=Hgm7G_E5Zfs
    Mais bon, les BRICS et la Chine représentent l’avenir.

    Reply
  • 14 mars 2025 - 9 h 03 min

    Avec Bu Tan, Intel va être chaud comme la braise ! C’est cohérent avec les TDPs de leurs processeurs desktop !

    Reply
  • 14 mars 2025 - 12 h 16 min

    Pour la fin de l’analyse je pense qu’intel ne peut pas disparaître. Le x86 repose trop sur ces épaules, un concurrent sortira forcément du bois pour racheter le tout.
    Mais rien qu’une vente d’intel à la découpe serait une catastrophe. Amd a mangé son pain dur pendant des années… presque une décennie, c’est à Intel d’entamer sa traversée du dessert, remercions le petit Brian pour ça…

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