Si on résume l’aventure rapidement, la société Humane, lancée par deux « anciens d’Apple » annonce un assistant personnel à porter sur soi. L’appareil se veut simple, élégant et efficace. En théorie, l’objet serait capable de comprendre nos ordres vocaux de la même manière qu’une IA textuelle classique, on pourrait lui pointer des objets à analyser avec sa petite caméra et lui poser des questions contextuelles. L’AI Pin n’est pas censé connaitre l’emplacement géographique du porteur (même si dans la pratique énormément de gaffes de l’appareil ont révélé des traces de géolocalisation) et pourrait donner des réponses très détaillées de tout votre environnement. Un microscopique projecteur permet de lire des informations en envoyant un signal sur le support devant l’objet comme votre main. Bref, c’est un gadget.
En pratique, il s’avère de manière très surprenante que le produit est, comment dire… de la merde.
Les questions posées sont mal prises en compte, le délai de traitement est très long, les réponses sont souvent à côté de la plaque. La fonction caméra propose à peu près le même intérêt que de lire un livre d’apprentissage des objets avec un enfant de trois ans : l’AI Pin sait reconnaitre un pot de fleur ou un vélo, mais tombe totalement à côté quand on lui montre un truc un petit peu plus compliqué comme de l’architecture, un logo ou autre chose.

Le produit est mal conçu, trop lourd, il pendouille sur votre T-Shirt de manière désagréable et a plus de chance d’analyser les détritus qui jonchent le trottoir que les objets en face de vous. Les ingénieurs de Humane parviennent même à louper le chargeur optionnel pour pallier la faible autonomie de l’objet qui présente au final un risque de départ de feu.
Ah oui, et surtout, c’est cher, horriblement cher, 699$ HT pour le gadget – sans le chargeur explosif – auquel il faut ajouter un abonnement spécifique impératif à 24$ HT par mois. Cela nous donne 1000$ HT par an pour un gadget nul.
C’est un échec commercial qui ne surprend personne. Il y a bien quelques gogos qui plongent à pieds joints dans le panneau, mais il faut bien comprendre que la majorité de ceux-ci est composée soit de personnes totalement accro au shopping tech, des types qui pourraient acheter un trombone connecté si on le leur proposait. Soit à des gens dont le retour sur investissement se fera au travers de toutes les ticktockeries, youtuberies et autres qu’ils pourront sortir en disant tout ce qui passe par leur tête autour du produit. 10 000 unités sont écoulées, pas assez pour payer le salaire des dirigeants et employés bien longtemps.
Rapidement, le marché comprend qu’il n’y a pas d’avenir dans ces gadgets externes et que l’IA va débarquer dans la vie de monsieur et madame tout le monde au travers des smartphones. Des appareils qu’on a déjà tous en poche, qui ont un excellent micro, un très bon capteur d’images et une connexion internet déjà facturée tous les mois. Qu’il fallait être opportuniste ou demeuré pour tenter l’aventure AI Pin.

Alors Humane « pivote » comme on dit dans le très gymnastique secteur des Start-up. La boite se dit que c’est mort, qu’ils n’ont pas réussi leur coup avec le grand public et qu’il faut désormais tenter de ferrer un gros poisson. La boite se met alors sur le marché avec la même gourmandise. L’objet AI Pin était cher alors la boite sera toute aussi chère. Entre 750 millions et 1 milliard de dollars ! Peut-être qu’une société aurait envie de racheter un objet nul à la réputation déjà bien ensablée pour… pour ? Pour quoi faire ? Personne ne sait vraiment, mais l’espoir fait vivre et la société se positionne sur le marché.
Si on fait le bilan de Humane, pourtant, on découvre un objet raté qui pilote une IA en provenance de Chat-GPT et donc accessible par tout le monde en payant sans passer par Humane. Le seul truc exotique que propose la société, c’est l’odeur de soufre qu’elle répand dorénavant dans son sillage. Parce que se balader avec un AI Pin accroché à sa veste, c’est un peu comme si vous sortiez avec un panneau « je suis un gros pigeon » accroché autour du cou. Qui aurait envie de dépenser autant pour acheter cette boite ?

HP rachète Humane mais pas l’AI Pin
Aujourd’hui, on apprend que HP a fini par mettre la main au portefeuille et rachète Humane. On a même le montant. 116 millions de dollars. L’objectif de HP serait de mieux intégrer de l’IA dans ses appareils. Ce qui intéresse HP c’est donc plus la manière dont Humane a géré les interactions entre l’appareil et différents serveurs plus que le matériel lui même. C’est même probablement l’entrainement effectué par la société pendant ces quelques trimestres de fonctionnement qui compte.
En exposant ses AI Pin au monde extérieur et en analysant les questions posées, la société a dû résoudre des problématiques qui valent sûrement quelque chose. Entre le bruit extérieur qu’il faut éliminer, la contextualisation des ordres donnés et la gestion des remontées de l’IA, cet ensemble de données, cet apprentissage à la dure par les équipes d’Humane vaut assurément quelque chose.
Est-ce une réussite pour autant ? Non, c’est un échec cuisant. D’abord parce que Humane a levé 230 millions de dollars pour se lancer. Autrement dit, HP rachète la boite moins cher que ce qu’elle a reçu pour démarrer. Il est même possible que cette reprise à 116 millions s’explique en fait par une comptabilité dans le vert. Autrement dit, HP rachèterait des dollars issus de comptes pas encore tout à fait vides et rembourserait en partie des sommes injectées par les investisseurs de base. Ne laissant au final pas grand-chose pour la valeur réelle de la boite.

Et l’AI Pin dans tout ça ? Les acheteurs du petit produit à presque 700$ HT seront ravis de savoir que leur appareil se transformera en presse-papier d’ici à quelques jours. La société fait preuve d’un cynisme assez crispant en précisant que d’ici le 28 février, les AI Pin n’auront plus accès à leurs fonctions connectées. Autrement dit, ils ne serviront plus à rien. Le message est à la hauteur de tout le mépris porté à ses utilisateurs. Il précise que parmi les fonctions qui resteront possibles, on pourra « vérifier l’autonomie de l’engin ». Comme si quelqu’un allait charger un appareil uniquement pour pouvoir vérifier ensuite son niveau d’autonomie. On peut faire ça avec une batterie externe à 10€ si on cherche vraiment une nouvelle expérience de presse-papier…
La conclusion de toute cette merveilleuse aventure est toujours la même. Il faut se méfier des annonces dithyrambiques qui promettent monts et merveilles en se parant des atours d’une technologie en plein développement. Ce n’est pas la première fois qu’on assiste à cela. On a eu la vague des robots compagnons en tous genres, celle des casques de réalité mixte et virtuelle et celle de l’IA qui bat encore son plein mais qui a déjà connu deux échecs majeurs avec Humane et Rabbit.
La saga AI Pin sur Minimachines :
Humane aurait voulu se vendre pour 1 milliard de dollars à HP
| 2,5€ par mois | 5€ par mois | 10€ par mois | Le montant de votre choix |





Humane AI Pin, Rabbit R1, Apple Vision Pro…
Autant je voyais facilement l’échec des 2 premiers autant pour le Vision pro je pensais qu’il trouverait avec le temps son usage particulier, sa niche. Bon bah finalement non ^^’
Ah ah ah (rire jaune foncé), merci pour ce billet un peu cynique mais malheureusement tellement représentatif du genre de merdouilles qu’on peut voir fleurir en matière d’électro-gadget. C’est autant un régal à lire sur la forme que désolant sur le fond.
Le coup des fonctions offline encore utilisables en ne citant que le contrôle du niveau de batterie est quand même extraordinaire !
En plus avec ses 34g ça en fait un mauvais presse papier.
La com sur l’offline est vraiment l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire!
Si le communicant qui a écrit cela dans le planant Ground-Control(-to-Major-Tom?) cherche à se recaser, les portes de Stellantis qui arrive à faire causer (en mal) de lui tous les 2/3 mois avec ses rappels à rebondissements pour des problèmes connus depuis 7 (moteurs PureToc) à 15 ans (la dangereuse « Fraise Takata » virant « Têtes Brulées ») au lieu d’avoir assumé vite et bien, lui semblent grandes ouvertes!
Il serait dommage de gâcher un tel talent…
Du coup je pense qu’on peut en déduire l’axiome suivant :
« Tout objet connecté non open-source fini tôt ou tard en presse-papier. »
Et on peut même s’offrir un « Et pour certains ça ira même très vite ».
@gUI: ou plutôt « Et pour certains ce sera même leur seul carrière ».
Je me demande si il y aura à un moment des hacks qui utiliseront ce gadget à la noix de façon utile. Ca parait improbable… mais sait on jamais.
@Neurobioboy: Si on peut le connecter a un smartphone, ca peut etre sympa ; et avec un pyjama noir et jaune ca peut faire comme le communicateur dans les premieres series de star trek
@to: Oui!!
Un petit appareil communiquant avec un accessoire (le chargeur) explosif ?
Ils ont complètement raté leur cible de clientèle, ils auraient cartonnés s’il l’avaient plutôt proposé au mossad lool
@yann: ah, merci de me rappeler cette douloureuse nouvelle que je viens d’apprendre, à savoir que j’ai eu une voiture dont le moteur peut claquer à tout moment :-(
Le plus drôle dans l’histoire c’est que cette voiture a toujours été entretenue dans le réseau de la marque (celle aux chevrons) et on ne m’a jamais rien dit de cette affaire. Pas même un « faites gaffe »…
Ayant déménagé depuis peu, c’est le petit garagiste de village chez qui je suis allé faire l’entretien qui m’a prévenu et dit quoi faire.
Alors oui, ils peuvent garder ce type de communication, mais je pense qu’un jour ou l’autre ça se retournera contre eux.
Heureusement, la fonctionnalité la plus essentielle est tout de même sauvegardée. Vu que le chargeur est « explosif », il est toujours possible de surveiller le niveau de batterie, afin de pouvoir interrompre la charge avant 98%, pour éviter l’explosion.
@Pep: Mais tellement !
« Comme si quelqu’un allait charger un appareil uniquement pour pouvoir vérifier ensuite son niveau d’autonomie. »
Merci pour ce fou rire Pierre !