Intel Rocket Lake-S : le chainon manqué ?

Intel débutera la commercialisation des Rocket Lake-S le mois prochain, une gamme de puces dédiées aux machines de bureau avec des TDP assez larges allant de 35 à 125 watts.

La dernière génération de processeurs Intel Core sortira donc pour le début du mois d’Avril prochain. Ces 19 nouveaux processeurs Rocket Lake-S viseront un panel assez étendu de PC, essentiellement des machines de bureau traditionnelles en se réservant la possibilité pour certains modèles, d’intégrer le marché des MiniPC.

Rocket Lake-S

Pas de Core i3 pour cette nouvelle gamme, les Rocket Lake-S démarrent en Core i5. Et dans la longue liste des processeurs qu’Intel annonce, les modèles « T » sont les plus adaptés aux MiniPC de bureau. Avec un TDP contenu de 35 watts, ils pourront être intégrés dans des solutions proposant un faible encombrement. 

Cinq modèles sont donc remarquables avec les Core i5-11400T, Core i5-11500T, Core i5-11600T, Core i7-11700T et enfin le Core i9-11900T. L’ensemble de ces puces devrait proposer un très bon ratio de performances par rapport à leur enveloppe thermique. Ces puces Intel T sont en effet depuis toujours des modèles optimisés pour une consommation basse et sont malheureusement le plus souvent intégrés dans des machines de constructeurs. Impossible ou presque de mettre la main sur un Core « T » en magasin.

Rocket Lake-S

Le reste de la gamme est large, les 14 puces restantes se développant comme d’habitude en étage de fréquences, de nombre de coeurs, de mémoire cache et dans des TDP variés allant donc de 65 à 125 watts. Rocket Lake-S est, encore une fois, gravé en 14 nanomètres FinFET. Intel conservant ses lignes de production 10 nano pour subvenir à ses besoins en terme de processeurs mobiles. Alder Lake-S censé remplacer ce nouveau venu dès la fin de cette année, si tout va bien, sera le premier processeur de bureau a profiter d’une meilleure finesse de gravure.

L’architecture de ces puces est baptisée Cypress Cove. Une construction qui dérive des coeurs Sunny Cove mais portée sur une lithographie de 14 nanomètres FinFET. Un processus alambiqué qui montre à lui seul les problématiques encore rencontrées par le fondeur pour ce début d’année 2021. Sunny Cove est en effet une architecture pensée pour du 10 nano qu’Intel a basculée sur son vieux processus 14 nanomètres pour créer Cypress Cove. ce choix d’un passage au 14 nano n’est pas une volonté technique ni un processus logique. Il est lié aux soucis d’Intel dans sa production de puces 10 nanos. Il n’arrange d’aucune manière le fonctionnement de la puce. C’est comme si, parce qu’un fabricant de vélo n’avais que des pédaliers pour VTT, il se mettait a inclure des plateaux de course sur ses vélos de montagne. Ca fonctionne, c’est même performant, mais ce n’est pas forcément des plus adaptés pour l’usage.

Rocket Lake-S

Cela n’empêche pas l’architecture d’être intéressante et les résultats d’être au rendez-vous. Si vous regardez l’ensemble des éléments apportés par Intel à cette puce, les avancées sont nombreuses. La mémoire vive DDR4 3200 Mhz est désormais prise en charge, comblant un gros manque face aux solutions d’AMD. Les circuits graphiques intégrés évoluent également vers l’UHD 750 avec de nouveaux codecs et la gestion connectique englobe désormais le HDMI 2.0b qui permettra de piloter des définitions très évoluées : 3  écrans en UltraHD à 60 Hz ou 2 écran 5K à 60 Hz. Le nombre de transistors augmente ainsi que le nombre d’instruction par cycle. Le PCI Express 4.0 débarque enfin et la puce pourra gérer 20 lignes PCIe 4.0.

Rocket Lake-S

Reste deux soucis pour Rocket Lake-S : d’abord le fait qu’Intel propose un processeur dont on sait que la durée de vie va être très courte. Avec Alder Lake-S prévu pour cette année, gravé en 10 nano SuperFin, la future 12e architecture proposera la nouvelle solution hybride du fondeur. Un assemblage mélangeant des coeurs Golden Cove et des plus petits Gracemont. La 11e architecture fait donc figure de passerelle, de maillon, en attendant la possibilité technique de faire mieux. On est vraiment dans une pure logique de transition. Si les performances de la gamme sont bonnes sur le papier, en tout cas supérieures aux modèles équivalents de la génération précédente, si Intel assure également jouer plus ou moins à jeu égal avec AMD, il est néanmoins évident que le fondeur ne fait pas ici le meilleur processeur possible. Pas celui dont il devrait être capable sans ses soucis de fabrication. 

Rocket Lake-S

Second problème, la concurrence. Si AMD n’a pas été un rival pour Intel pendant des années, c’est désormais du passé. Les Ryzen jouent maintenant jeu égal avec les puces du fondeur. Intel travaille donc sur de nombreux tableaux pour sortir son épingle du jeu. Après avoir pendant des années mis en avant les performances brutes comme l’Alpha et l’Omega absolu d’un processeur, la marque dérive désormais sur des services additionnels. Les capacités de calcul sont toujours mise en avant mais d’autres éléments sont également largement évoqués. Les capacités de gestion des puces et des chipsets, la facilité d’intégration de certaines fonctions comme le Thunderbolt 4, le PCIe 4.0 ou le Wifi6.

Reste que la situation se complexifie pour cette nouvelle génération. Aux US il y a une expression très utilisée pour parler de ce genre de concurrence, « Bang for the Bucks ». Que l’on pourrait traduire par « en avoir pour son argent » même si la traduction ne fait pas honneur à l’idée d’explosivité de la version US. Cette expression traduit bien la recherche du meilleur rapport de performances pour le meilleur prix possible. Et c’est probablement là au’AMD va faire le plus de mal à Intel. Ses Ryzen sont plus explosifs pour moins chers. Sur le papier, et notamment pour un particulier qui va s’intéresser de près au montant de son investissement, la batille va être rude pour Intel. A en juger par le prix et les performances des stations assembleurs, on tire aujourd’hui un meilleur niveau de performances d’une configuration AMD que d’une solution Intel.

Rocket Lake-S

Intel 11e Gen Versus Intel 10e Gen

Est-ce qu’il faut bouder Rocket Lake-S ? 

La question qui me revient sans cesse est dans un conseil d’achat de machine complète autour d’un processeur. Comme si cette petite puce était le seul élément a prendre en compte pour un investissement de ce type. Beaucoup d’autres éléments doivent être analysés pour déterminer la pertinence d’une station. et cela commence par vos besoins. Les scénarios évoqués par Intel sont larges et les puces devraient correspondre à tout types d’usages. Il faut donc prendre en compte vos envies, les solutions dont vous êtes déjà équipés et les mettre en perspective de votre achat. Celui qui vous jure que la puce d’Intel est la meilleure quel que soit le scénario envisagé se trompe. Tout comme celui qui va vous dire qu’acheter un AMD est le seul investissement pertinent aujourd’hui. 

Rocket Lake-S

Intel Versus AMD selon Intel

Si vous êtes tenté par la construction d’une machine sur-mesures, que vous maitrisez les choix a suivre pour assembler un PC cohérent et homogène, j’aurais tendance a vous orienter vers des solutions Ryzen. Encore qu’il faudrait tenter, sans a priori, de construire une solution Intel équivalente pour comparer les prix. Mais si vous ne voulez pas vous lancer dans ce type d’aventure et cherchez des PC d’assembleurs ou de marques. Ne jugez pas d’avance sur la base du processeur. Fonctionnez en regardant les services proposés, les à-côté, la connectique comme la totalité des composants et non pas uniquement les performances globales d’un processeur dur le papier. Gardez la tête sur les épaules et ne fantasmez pas sur 3% ou 10% de performances en plus ou en moins sur un test très théorique. Cela ne sert à rien.

Rocket Lake-S

Chainon manqué ?

Le titre est dur mais il exprime autant les conséquences des errements d’Intel ces dernières années que le paysage actuel du marché informatique. Quelle chance va avoir Rocket Lake-S ? Quelques mois de commercialisation comme offre « star » de la part d’Intel avant de se faire détrôner par Alder Lake-S tout au plus. Et dans quel contexte ? Des SSD en hausse, des cartes graphiques à des prix hallucinants, des constructeurs qui subissent les effets secondaires de la pandémie avec un net ralentissement des ventes de PC de bureau… 

L’avenir de cette onzième génération, comme celle des puces AMD concurrentes, est déjà tracée. L’année va être compliquée pour les puces de PC de bureau. Et Intel comme AMD accueillera sans doute 2022 avec un certain soulagement et une nouvelle donne de processeur à suivre.


secret
5 commentaires sur ce sujet.
  • 18 mars 2021 - 19 h 41 min

    Ceux qui crachent sur Intel aujourd’hui ce sont aussi ceux qui crachaient sur AMD hier.
    Le fait est que si AMD devait se retrouver sans vrai rival sur le marché CPU alors AMD se la jouera à la Intel 2007-2016 2.0 d’ailleurs ils commencent déjà avec des hausses de tarifs (pour les prix annoncés de base) qui ont tendance à ne pas forcément se justifier, il faut espérer qu’Nvidia tiendra pour la partie GPU et heureusement Intel est là désormais sur ce marché.
    Par contre si Intel arrive à imposer un minimum la prise en charge des unités AVX 512 bit de ses puces Rocket Lake et celles à venir alors là AMD sera hors course sur le marché grand public pour les gros besoins en calculs lourds mais elles font tellement chauffer et consommer le processeur que sans alimentation costaude et refroidissement adapté, leur présence servira avant tout l’argument commercial qu’autre chose à défaut d’être exploitables réellement.

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  • 18 mars 2021 - 21 h 25 min

    Le chaînon manquant ?
    Perso ,je pige pas beaucoup la grosse différence entre 14 nanomètre et 10 nanomètre pour une utilisation lambda par un utilisateur n’ayant besoin que d’un Ordinateur Fonctionnel .

    La guerre AMD vs INTEL me fait penser a ATARI ST vs AMIGA 500 ,pour savoir qui a la plus grosse machine et plus de performance .

    Aujourd’hui ,je regarde les constructeurs Chinois qui vendent sur le marché du Mini PC clé en main .
    200/400 euros pour une machine de petite taille allant du Beelink au Chuwi par exemple .
    Le choix va du Céleron N-4100 a du i5 un peu plus ancien ,BIZARREMENT cela semble se vendre .

    Pour exemple ,j’ai un boitier plutôt joli ,une alimentation sympa de 400 watts neuve mais si je veux faire une machine basique c’est 130 euro pour une carte avec un Celeron N-4100 ,80 euros de RAM ,60 euros pour le SDD plus 20 euros pour Windows .

    Un petit ordinateur Chinois en Ryzen 400 euros contre 290 euros pour une machine récupérant mes pièces .
    Si je prends en i3 un petit NUC ,je suis dans mes 300 euros ,si je dépense 450/500 j’ai une jolie petite machine prête a l’emploi .

    Après j’ai le choix de changer ma machine de bureau ,là le match est de savoir si on peut avoir une bonne machine pour un prix raisonnable sachant que la puissance du processeur n’est pas ma recherche mais que j’aurais besoins d’une carte graphique de type Nvidia 1650 de préférence .
    Pour le Windows ,j’aurai besoin de 8 a 16 Go de RAM et d’un SDD de 250 Go ainsi qu’un stockage mécanique de 1 a 2 To pour mes fichiers de jeux et autres .

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  • bob
    19 mars 2021 - 7 h 41 min

    @Le Breton: il ne s’agit pas de cracher sur Intel, c’est juste un constat d’échec et un transfert des achats vers de l’AMD ou de l’ARM. Pour des raisons de performances et ou consommation.

    Et les voir ses débattre avec des arguments fallacieux genre way of life, c’est navrant.

    Espérons que ce ne sera une histoire à la Kodak.

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  • 19 mars 2021 - 14 h 56 min

    Le nerf de la guerre ce sont les usines … nous le vouons avec toutes les penuries (carte graphique, cpu, memoire ….).
    Et malheureusement cela ne va pas aller en s arrangeant … (exemple avec le cas nvidia). Faire des bon cpu c est bien …en avoir en stock c est mieux ! Amd ou intel si y a tres peux de stock les prix vont s envoler (les mag qui vont avoir du stock ne vont pas se gêner de faire des marges de 20 ou 30% …)

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  • 19 mars 2021 - 15 h 31 min

    @Gogogadgeto:

    pleinement d’accord, quand je vois ce que intel est capable de faire en 10nm, 14nm…. vs amd et apple via tsmc…

    ça risque d’être intéressant quand intel sera en 5nm…..

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