Mémoire vive : CXMT l’espoir chinois pour… 2027-2028 ?

De « plus petits » fabricants de mémoire vive Chinois comme CXMT semblent vouloir profiter de la crise actuelle pour émerger.

Entre renoncement et fatalité, le marché de la mémoire vive en est à espérer que des acteurs de « second plan », comme CXMT se développent pour sauver la production de l’industrie des ordinateurs grand public et du smartphone.

Je ne vous referai pas le coup du papillon et de la tornade, mais l’idée est bien là. À chaque crise technologique, on sent bien que de forts soubresauts techniques apparaissent à l’autre bout de la planète. Ici, c’est un peu le monde à l’envers cependant. C’est la tornade qui semble vouloir faire bouger les papillons.

La mémoire vive est en tension, on en parle depuis des mois. Les prix ont explosé et surtout la disponibilité est catastrophique. Micron a abandonné sa distribution grand public en arrêtant la marque Crucial. Samsung et SK Hynix, les deux autres grandes marques du secteur, préfèrent livrer les centres de données plutôt que le marché PC. Résultat, un constructeur comme CXMT, souvent boudé par les géants de la tech et mis sur liste noire par les USA, est désormais considéré comme un partenaire fiable. HP s’en est récemment rapproché, par exemple, malgré les sanctions. 

Cet afflux d’argent et d’intérêt, porté également par des acteurs comme Alibaba et Xiaomi ainsi que l’État chinois qui a décidé d’aider l’entreprise à se développer, permet à CXMT de proposer un plan d’expansion rapide de sa capacité de production. La marque prévoyait déjà une expansion avant la crise de la mémoire vive. Elle est aujourd’hui en train de revoir cette évolution à la hausse. 

Un des centres de production de Yangtze Memory Technologies

Un des centres de production de Yangtze Memory Technologies

Dans son sillage, une autre entité avec un peu le même profil, Yangtze Memory Technologies ou YMTC, spécialisée dans la production de puces NAND. Je ne vais pas faire semblant de connaitre YMTC outre mesure, je sais que la marque existe car j’ai croisé son acronyme par le passé, mais je n’avais aucune idée de sa taille et de son potentiel il y a seulement quelques mois. Yangtze Memory Technologies ressemble assez fortement à CXMT dans son développement. Des acteurs qui tentent de pousser malgré de lourdes sanctions qui leur interdisent d’acheter des matériels de production dernier cri. Une situation qui complique la compétition avec les concurrents coréens et américains. Ces deux entités seraient pourtant désormais en passe de bousculer un petit peu le marché mondial de la mémoire vive.

Le souci posé par ce marché est toujours le même. Les prix de la mémoire sont très fluctuants. Comme on l’a vu ces derniers mois, ils peuvent varier du simple au triple rapidement. Dans un sens comme dans l’autre. Ainsi, en juillet 2025, les modules de 8 et 16 Go de mémoire vive DDR5 étaient littéralement bradés par les différents acteurs du marché qui se battaient pour les proposer aux fabricants. Dans ces conditions, il était difficile d’investir dans des usines qui vont produire plus de mémoire vive. Car cela ne ferait qu’amplifier l’offre et donc continuer à faire dévisser les prix. Pour les trois grands acteurs en place, ce n’est pas réellement un problème. Leur parc est déjà installé et ils proposent des produits depuis longtemps. Cela leur a permis de rentabiliser leurs investissements en recherche comme en infrastructure. Mais pour un nouvel entrant comme CXMT, cela rend l’arrivée sur le marché beaucoup plus complexe. Avec une mémoire peu chère et une offre supérieure à la demande, il est extrêmement difficile de se développer.

Ce tableau montre les sommes investies en milliards de dollars par les différents acteurs de la NAND dans leur production.

Ce tableau montre les sommes investies en milliards de dollars par les différents acteurs de la NAND dans leur production.

La situation actuelle change totalement la donne. Non seulement les prix ont considérablement augmenté, mais en plus la demande est devenue beaucoup plus importante que l’offre. On estime que le suivi des commandes voulues par OpenAI absorberait à lui seul 700 000 wafers. Une demande qui n’existait tout simplement pas il y a quelques années en arrière et qu’il faut multiplier par les ambitions des autres acteurs du secteur.

Cela ouvre des perspectives de développement autrement plus faciles à financer. On apprend ainsi que CXMT devrait s’étendre fortement sur son nouveau site de production à Shanghai. L’idée serait de tripler la production de son usine de Hefei. La marque intégrera dès 2027 de quoi proposer des mémoires spécifiques pour trois secteurs différents et cruciaux de l’industrie chinoise : l’automobile, les serveurs et centres de données et, bien entendu, les ordinateurs personnels et smartphones. La marque prévoit également dans un futur plus lointain de développer son propre schéma de production de mémoire HBM. Mémoire dont elle n’a pas encore publié de brevets. Un relais de croissance important puisque c’est cette mémoire qui est la plus demandée par les serveurs liés au marché de l’intelligence artificielle.

YMTC, un acteur moins connu sur ce marché des composants, décide de modifier sa production. Spécialiste de la mémoire NAND pour le stockage, la marque va consacrer une partie de ses ressources pour fabriquer de la mémoire vive. On ignore quels brevets seront utilisés puisque YMTC ne semble pas avoir de solutions de DDR à son nom. Mais il est fort possible que la situation ait rapproché CXMT et YMTC pour trouver des solutions d’expansion. C’est de la spéculation de ma part, mais YMTC étant sous le coup des mêmes restrictions technologiques que CXMT, la marque pourrait avoir employé les technologies de ce dernier pour dépasser ses limitations de gravure. YMTC pourrait donc temporairement aider à l’expansion de CXMT en se comportant comme son fondeur. Une manière de profiter du très rentable marché de la mémoire vive pour financer ses prorpes investissements.

CXMT devrait conforter la place de la Chine comme numéro trois mondial de la mémoire d’ici 2027

Actuellement, la Corée du Sud est le numéro un mondial de la mémoire vive pour PC avec ses deux champions que sont Samsung (33% du marché) et SK Hynix (34%). Les USA sont à la deuxième place grâce à Micron (26%). La Chine est déjà troisième avec CXMT (5%) et le Taiwanais Nanya se partage les miettes (2%) avec différents autres acteurs pour les 1% restant.

Cette augmentation de capacité de production devrait donc améliorer la situation mais ne la changera pas pour autant. Si en 2027 CXMT, aidé par YMCT, améliore sa production, la marque pourrait gagner un peu en traction mais n’arrivera pas pour autant à renverser la situation. La marque continue de gagner du terrain sur le marché de la DDR et ses concurrents semblent plus intéressés par la HBM à destination des centres de données. Ce qui devrait mécaniquement faire gagner à la production chinoise des parts de marché.

Reste qu’il y a un monde entre ce partage du gâteau global et la production qui sort réellement des usines. Si des acteurs comme Micron, Samsung ou SK Hynix se désintéressaient à trop long terme de la DDR grand public, CXMT ne pourrait pas éponger à lui seul ce manque de production. Pour rappel, CXMT proposerait 240 000 wafers mensuels de mémoire sur tous ses secteurs confondus. En face, un acteur comme Samsung en propose entre 700 000 et 750 000 par mois. SK Hynix devrait atteindre les 620 000 wafers mensuels d’ici le quatrième trimestre de cette année. Pour les deux acteurs coréens, entre 30 et 40% de cette production serait orientée vers la mémoire HBM. Une autre partie s’orientera vers la RDIMM à destination de baies serveur cela laisse des miettes à la DDR grand public.

Du mieux pour les prix de la mémoire vive en 2027 ? Pas vraiment.

Est-ce que l’expansion de CXMT sera suffisante pour améliorer l’offre de mémoire grand public en 2026 ? Cela semble impossible. Le début de l’année 2027 parait également tout aussi compliqué. Tous les acteurs prévoient d’améliorer leur production de mémoire et construisent ou agrandissent leurs chaînes de production. SK Hynix construit une usine M15 à Cheongju qui sera opérationnelle à la mi-2027. Samsung prépare une nouvelle ligne de production P4 à Pyeongtaek avec une mise en production totalement orientée vers la HBM4 qui devrait soulager les lignes plus anciennes qui seraient à nouveau orientées vers la DDR5. Micron, de son côté, vient d’acheter une usine à Taïwan pour 1,8 milliard de dollars afin d’augmenter sa production d’ici la mi-2027. 

L'usine de CXMT à Heifei en Chine.

L’usine de CXMT à Heifei en Chine.

Le risque pour tous ces acteurs est toujours le même. Toute surproduction pourrait rendre leurs investissements complexes à rentabiliser. Une baisse de l’intérêt pour les LLM et un ralentissement des investissements inverseraient la tendance et provoqueraient un afflux massif de DDR sur le marché grand public. Le prix de la mémoire s’écroulerait à nouveau. Une bonne nouvelle pour le grand public mais un risque à moyen et long terme pour les fabricants. Un « détail » qui explique pourquoi personne ne semble être trop pressé de changer la situation de déficit actuelle.

Personne, sauf peut-être CXMT… L’acteur chinois pourrait y trouver pendant un temps les ressources nécessaires à son développement. Tout en assurant à la Chine une indépendance en termes de composants. 

Source : WCCFTECH


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15 commentaires sur ce sujet.
  • Alu
    5 février 2026 - 14 h 41 min

    Incroyable: la bulle de l’IA va accélérer la monté en puissance de la chinoise sur le secteur techno…un des derniers secteurs ou l’occident garde la main…

    Il y a intérêt que les gains de productivité soient incroyables et rapidement (ce a quoi je ne crois pas)…sinon c’est juste l’occident qui donne un coup de pouce de plus à la chine…

    Les résultats ont des chances de déplaire aux américains en tout cas…

    Reply
  • 5 février 2026 - 14 h 59 min

    Il me semble que les limitations voulues par Trump sous son premier mandat ont un peu eu les mêmes conséquences…
    En privant l’accès aux licences américaines, les occidentaux ont forcés la Chine à mettre un coup de fouet à sa recherche pour trouver des alternatives, et il semblent y être parvenus plus vite que prévu, tirés par leur marché intérieur qui permet de rentabiliser assez vite…
    Faut pas essayer de courir avec un pistolet dans la poche, sinon on se tire une balle dans le pied en voulant faire un croche-patte au concurrent.

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  • gUI
    5 février 2026 - 15 h 13 min

    Une industrie lourde qui essaie de suivre un marché hyper volatile… c’est compliqué !

    Reply
  • Jle
    5 février 2026 - 16 h 53 min

    J’espère juste que si de nouveaux acteurs apparaissent, on ne se retrouvera pas avec une fiabilité des modules de RAM plus qu’aléatoire. Les plus jeunes n’ont pas connue cette époque pourrie, mais il y a 15~20 ans, il y avait de tout dans le domaine de la RAM, avec de bons constructeurs, mais aussi de très mauvais, et c’était la jungle. La situation s’étant énormément assainie depuis, mettant de côté tous le mauvais constructeurs.
    Ce qui me laisse espérer que tout ira bien à ce niveau, c’est que la possible émergence d’un nouvel acteur prendrait bcp de temps. D’ici là, les 3 géants du secteur aurons de nouveau un peu de considération pour autre chose que les datacenters, ne laissant de fait aucune place pour un 4ème.

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  • 5 février 2026 - 17 h 19 min

    @Alu:
    L’occident coréen.

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  • 5 février 2026 - 17 h 34 min

    @Jle: Pour avoir lu énormément de littérature technique sur le sujet ces derniers mois, je confirme un point.

    Pendant longtemps les puces de DDR5 de CXMT étaient plus sensibles aux hautes températures que les solutions de Samsung, SK ou Micron. Des erreurs advenaient dès 60 °C contre 85°C en moyenne pour les autres. Ces problématiques semblent toutefois avoir été résolues vers la fin 2025.

    Tu sembles oublier un « détail » de ton équation. Le gouvernement chinois qui veut obtenir une vraie souveraineté sur sa production. Je sais que ce n’est pas une vision très Européenne du problème, mais elle est très tangible. Le gouvernement local soutiendra l’émergence de nouveaux acteurs coûte que coûte. Et il poussera ses champions (AliBaba et Xiaomi ont injecté des milliards déjà) à le faire.

    Cela mettra peut être du temps mais il parait improbable que cela n’arrive pas. CXMT deviendra un acteur majeur du secteur. Pour la Chine cela ne semble pas négociable. Son industrie automobile et informatique a absolument besoin d’un champion national.

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  • 5 février 2026 - 21 h 52 min

    @Alu: c’est occidental samsung ? tu a vu de la ram occidental toi ?
    ya longtemps qu’on participe plus à ce combat

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  • 5 février 2026 - 22 h 18 min

    @haruhi:
    Géographiquement, la Corée est en orient, mais géopolitiquement, comme le Japon, la Corée est à l’ouest…

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  • 6 février 2026 - 9 h 01 min

    @Sidero
    La géopolitique peut changer et parfois très vite, mais pas la géographie!
    L’essentiel de la production est déjà en Asie. Et tout est à proximité immédiate de la Chine. Les savoirs-faire sont donc là-bas.
    Il est donc possible que la Chine domine ce secteur prochainement.
    D’ailleurs qu’est-ce que l’Occident peut proposer à la Corée sur le moyen terme?
    Nous n’avons déjà plus les moyens techniques pour dominer le monde. Le militaire suivra le même sens.
    La seule domination qui reste est monétaire et diplomatique.
    Et ce n’est sans doute plus pour longtemps, car nous sommes surrendettés, et les flux financiers nous évitent déjà en partie. Le Japon, allié le plus important dans la zone, est complètement surrendetté, sans stratégie claire.
    La Chine va tout raffler si cela continue ainsi.

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  • Alu
    6 février 2026 - 9 h 03 min

    @haruhi:
    La Corée de sud fait partie de l’empire occidental depuis la fin de la guerre de Corée, de la même manière que le Japon suite à sa défaite à la fin de la seconde guerre mondiale.

    La zone d’influence Américaine s’étend de Taiwan/le Japon et la Corée du Sud à l’ouest, jusqu’à l’Ukraine à l’est (l’intégralité de l’union européenne fait parti de la périphérie de l’empire by the way…)…

    Ce n’est pas parce que la Corée du Sud n’est pas considérée comme une province ou un protectorat officiel occidental qu’elle ne fait pas partie de sa zone d’influence…

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  • 6 février 2026 - 12 h 59 min

    @Alu:

    Il va y avoir des gain, peu être pas ceux espérés, mais je reste convaincu qu’ils seront là.
    Pour contre il risque fort d’y avoir une réduction des acteurs.
    Et si 1 boîte sur 3 qui veut faire du gros datacenter ne suis pas son plan le marché va très vite retomber dans un fonctionnement normal.

    On parle d’un retour à la la normale qui n’est pas pour demain, mais les financements de ces datacenter pour certains acteurs semble assez fragiles ( avec des astuces pour sortir ça du bilan, ou des armotissements qui semblent assez hypothétiques).
    Bref bien malin qui sait.

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  • 6 février 2026 - 14 h 23 min

    Ah donc pour toi la Corée et le Japon c’est l’occident ?
    J’ai plutôt l’impression (et a raison ) que ya le reste du monde et ya la chine et que se fournir en puces chinoises est un Taboo
    La chine est a elle seul une puissance a part entière et là on lui donnerai beaucoup de force
    C’est vraiment la chine contre le reste du monde

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  • PM
    6 février 2026 - 14 h 57 min

    @Haruhi (on se demande si c’est volontaire…) Le monde ENTIER se tourne vers la Chine (et ses capacités), suite aux Trumperies. Le « tabou », c’est de la comm’. BYD écrase, partout, le marché des VE. D’autres chinois se préparent à répondre à la demande. On peut ne pas aimer, mais les faits sont là.

    Reply
  • 10 mars 2026 - 11 h 02 min

    […] au format M.2 NVMe PCIe 5.0 vient de sortir sur le marché avec des performances convaincantes. On a parlé de la marque ces derniers temps suite à la hausse des tarifs des SSD des fournisseurs « traditionnels ». Ce constructeur de […]

  • 21 avril 2026 - 16 h 51 min

    […] Le fabricant de mémoire Chinois CXMT et son allié GigaDevice pourraient reprendre le flambeau. La LPDDR4 reste un élément majeur pour beaucoup d’acteurs. Difficile de trouver un smartphone abordable et confortable en mémoire en LPDDR5 aujourd’hui. Or dans beaucoup de pays, comme la Chine, il est devenu simplement impossible de vivre sans smartphone. À la fois moyen de paiement, carte de transport et preuve d’identité, l’outil est un composant essentiel dans la vie sociale du pays. Il est impossible d’imposer à sa population de se procurer un smartphone trop cher et le recours à des solutions LPDDR4 est donc indispensable. […]

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