ChangXin Memory Technologies aka CXMT était jusqu’alors un « petit » acteur du monde de la mémoire vive. On en parlait en novembre en soulevant le fait que sa production était confidentielle par rapport à celle des géants que sont Samsung, SK Hynix et Micron. Qu’à cela ne tienne, HP va devoir faire appel à CXMT pour assurer sa production.

720 000 Wafers de mémoire vive par trimestre, soit 240 000 wafers par mois, c’est la production estimée de CXMT en 2025. Son arrivée en décembre à la bourse de Shanghai lui a permis de récupérer 4 milliards de dollars d’argent frais. Somme qui va être conjuguée avec 20 milliards de dollars supplémentaires de la part d’acteurs chinois privés comme Alibaba et Xiaomi1 ainsi que de fonds gouvernementaux.
But de l’opération, augmenter drastiquement la production pour les années à venir. En 2026, le fabricant devrait atteindre une production de 300 000 wafers mensuels. Cet effort de production, débuté par la construction d’usines et l’achat d’équipements il y a plusieurs années, va pouvoir porter ses fruits. Si CXMT était un acteur marginal en 2025 face à une société comme Samsung qui propose aujourd’hui entre 700 000 et 750 000 Wafers par mois. Elle sera presque arrivée à la moitié de cette capacité en quelques années tout en projetant de la rattraper dans le futur.

La marque chinoise Gloway propose des puces SK Hynix a l’international mais également des puces CXMYT en local
Les deux acteurs ne jouaient clairement pas dans la même cour technologique jusqu’alors. Jamais un aussi gros acteur que HP – deuxieme fabricant mondial – n’avait eu besoin de faire appel au fabricant chinois pour s’approvisionner. Mais la crise de la mémoire vive est telle que la marque américaine doit trouver des solutions. Pas question de limiter sa production de machines parce qu’un seul composant est indisponible. Aussi, la décision semble prise, HP va intégrer de la mémoire vive chinoise pour combler les « trous » dans le volume nécessaire à ses besoins. La marque continuera de se fournir chez ses partenaires historiques mais va également piocher dans le catalogue du fabricant chinois.

CXMT est pourtant sous sanctions américaines.
On ignore comment HP s’est débrouillé pour passer cet accord. Il n’est pas censé accéder au catalogue du fabricant chinois qui est sous le coup de sanctions de US depuis 2018. On sait que l’administration Trump est très pro-business et que de nombreux passe-droits ont été possibles dans d’autres secteurs. Il est donc possible qu’HP ait connu un assouplissement des règles temporaire ou à plus long terme pour maintenir son fonctionnement.
CXMT est depuis longtemps dans le collimateur de Washington, la firme chinoise est accusée d’avoir volé des brevets concurrents, chose dont elle se défend vigoureusement. Le gouvernement chinois ayant bien compris l’enjeu stratégique lié à la mémoire vive, a subventionné cette industrie pour compenser la faiblesse des contrats des fabricants occidentaux. Cela lui a permis de mener à bien le développement de DDR4 et de DDR5. La société a bien toujours du retard sur l’industrie américaine et coréenne dans ses brevets mais propose aujourd’hui des produits mémoire tout à fait viables pour un fabricant comme HP. Sans pouvoir tenir les promesses de composants très haut de gamme destinés à un marché comme le jeu vidéo ou les stations de travail, la production de CXMT est parfaite pour des machines de bureau classiques.

CXMT construit une nouvelle usine à Heifei en chine.
La volonté des USA de limiter le développement de CXMT aura donc réussi. Dans le sens où elle aura longtemps freiné la marque. Et si aujourd’hui la digue craque et HP choisit le fabricant chinois comme fournisseur alternatif pour continuer à vendre. C’est ce qu’il manquait à la marque pour exploser. Les contrats de CXMT sont cruciaux pour le reste de son aventure et comme toujours les ententes et sanctions contre la Chine ne font que pousser les fabricants chinois à développer des alternatives. Micron, SK Hynix et Samsung ont certes bien profité de leur position de leaders sur le marché de la mémoire vive. Mais voilà que CXMT est en passe de réussir son pari, libérant à terme sur le marché des composants en cruelle pénurie.
Il est fort possible que les sanctions US soient au final très contreproductives de l’autre côté de l’Atlantique. Une hypothèse assez forte serait que HP limiterait les intégrations de cette mémoire chinoise aux machines vendues en Asie et en Europe. Le marché domestique US héritant des barrettes équipées des puces plus classiques. Ce qui rendrait leur disponibilité plus hasardeuse et leurs prix plus élevés. Les compatriotes d’HP achèteront peut-être des machines plus chères que les Européens et les Chinois à cause de sanctions américaines.
Autre point important, CXMT et ses prédécesseurs ont subi ces sanctions depuis fort longtemps. Ce qui a empêché de profiter de brevets partagés par d’autres compagnies et des machines de production les plus haut de gamme. Problématiques que la marque a finalement compensées en adaptant sa production avec des équipements de seconde main moins chers et moins onéreux à acquérir comme à entretenir. Le tout en développant des approches technologiques originales qui ont débordé certains brevets concurrents pour s’approcher de technologies de fabrication possibles uniquement avec les équipements les plus avancés du marché. Une sorte de seconde voie qui pourrait rendre CXMT intouchable en terme de tarifs à l’avenir.
Notes :
| 2,5€ par mois | 5€ par mois | 10€ par mois | Le montant de votre choix |






@pierre
« 720 000 Wafers de mémoire vive par trimestre, soit 340 000 wafer par mois »
« le fabricant devrait atteindre une production de 300 000 wafers mensuels »
720000 / 3 = 240000 et non 340000
(commentaire à supprimer)
Les dernières sanctions efficaces c’étaient celles du traité de Versailles. Spoiler, elles n’ont pas provoqué la reconstruction, mais la seconde destruction.
Sinon, comme souvent, un bon article avec du contenu. Merci Pierre.
D’après chatgpt cxmt la ddr5 est en 17nm et ouvre potentiellement une usine à Shanghai fin 2026.
J’ai appris que les puces qui sortent des wafers sont des modules 3go et que pour faire 16 go ils en mettent en fait pour 18go.
Vraie, faux, pas compris.
D’un autre côté ils ont un rendement de 80%, ça se trouve ça veut dire que sur 3go il n’en reste que 80%.
300000 wafers ça représente 10 millions de barrettes 16go par mois avec 200 puces par wafer ? Et 20 millions avec 400 puces ?
Une, prévisible, excellente nouvelle.
CXMT fait en volume de la DDR5-6000 et LPDDR equivalente, et vient de lancer la DDR5-8000 et LPDDR-10600. Xiaomi est un investisseur, et avec 14% d’un marché d’1 milliard de smartphones, a disons 6Go de RAM de moyenne, ca doit faire un bon peu plus que les PC HP ^^ Et j’imagine que les autres chinois ne sont pas trop loin, ca fait plus que doubler Xiaomi. Je pense que HP a plus besoin de CXMT que CXMT de HP, mais y’a le prestige…
C’est marrant comment la politique industrielle a long terme, ca finit toujours mieux que la vente lente de notre industrie a l’étranger… /s
@Olivier Barthelemy: C’est plus facile de faire une <> quand l’Etat gère l’économie ;)
@Arpenteur: Nope, le traité de Versailles était bien trop tendre au contraire.
L’époque est quand même bizarre, c’est une pagaille sans nom pour avoir de la ram, les gros oem sont moins impacté que la vente au détails, les fabricants qui ont un moyen d’augmenter substantiellement leur marges n’ont pas envie de régler le ‘problème’ et le seul acteur qui pourrait fluidifier le marché est sous sanction.
Je commence a me demander si on est pas retombé dans les dérives du covid avec les scalpers, et comment on en arrive a payer 32Go de ram au même prix qu’un pc avec 32Go de ram
« Il est fort possible que les sanctions US soient au final très contreproductives de l’autre côté de l’Atlantique. »
Aussi bien pour l’Europe que la Chine, quand les usa cherchent à limiter/contraindre un de leurs rival, le dit rival va développer des solution et au final devenir indépendant.
Cela favorise le business à court terme et sabre la branche et les relations sur le long terme.
Les usa ne semblent pas vouloir le comprendre.
@Pierre: je pense également que HP va se trouver une filiale quelque part dans le monde pour « localiser » ses PC vendus hors Etats-Unis avec de la RAM d’un fournisseur sous sanctions, et pour ses PC vendus aux USA ce sera de la RAM coréenne ou taïwanaise.
Lenovo fait déjà cela depuis un bon moment. Mon Thinkpad provient d’une société slovaque…: Lenovo Bratislava. Ainsi ce n’est donc pas un ordi d’une société chinoise (Lenovo) contrôlée par le Parti Communiste chinois (via l’université de technologie de Pékin qui est actionnaire). Ça arrange les entreprises qui s’équipent beaucoup en Thinkpads.
@to: au lieu de la vendre.