Amazon, le grand méchant gaspilleur ?

Émoi légitime suite au reportage de Capital sur M6 ce dimanche. Amazon détruit des produits en masse. Des produits neufs et d’autres très légèrement abîmes. Ils partent à la benne pour être incinérés ou enfouis. Un immense gâchis qui semble révolter l’ensemble des commentateurs.

Les images filmées par M6 en caméra cachée sont sans équivoque, Amazon dispose d’un service de destruction de produits qui ne s’embarrasse pas de trop grandes considérations écologiques ou éthiques. Du materiel neuf, totalement neuf, est systématiquement détruit par le cyber commerçant. Une pratique qui semble émouvoir notre classe politique jusqu’à notre Secrétaire d’État à la transition écologique, Brune Poirson, qui se dit choquée et outrée par cette “révélation”.

Voilà qui me surprend. Me surprend beaucoup même. Si notre Secrétaire d’État découvre cette pratique, c’est que la transition écologique n’est pas pour demain. Si elle fait semblant de la découvrir face aux questions soulevées par le reportage, cela revient au même. L’industrie tout entière se livre à un gâchis du même genre car c’est purement et simplement comme cela qu’elle fonctionne désormais. en totale roue libre.

Pour bien comprendre ce qu’il se passe aujourd’hui chez Amazon et ailleurs, il faut s’imposer un petit retour en arrière. Pendant très longtemps importer des produits en France était un exercice bien difficile. Il fallait trouver un exportateur qui ne voulait pas entendre parler d’une petite commande. Le minimum de produits de chaque commande était souvent de plusieurs milliers de pièces. Il fallait remplir un container qui partait d’Asie pour arriver chez vous bien plus tard par bateau. Cela représentait des sommes gigantesques qui réservaient les importations à quelques grossistes bien installés. Acheter 2000 téléviseurs en Asie, les payer à la sortie de l’usine, les faire voyager sur un navire qui allait mettre 40 ou 50 jours pour arriver au Havre puis les décharger dans un entrepôt capable de les stocker, tout cela coûtait une fortune. Les grossistes capables de cet exercice étaient peu nombreux et leur main mise sur le matériel dépendait de canaux de distribution assez faibles : Les grandes chaines de magasins étaient leurs principaux clients.

Cela bloquait encore plus la situation puisque ces magasins comme ces grossistes ne voulaient pas spécialement s’auto concurrencer avec de nouvelles références. A quoi pourrait bien servir de proposer 50 fois le même gaufrier à des prix différents dans un magasin traditionnel où le mètre linéaire d’exposition coûte cher et où le stockage est également facturé ?

La situation était donc totalement verrouillée d’un côté comme de l’autre. Un grossiste exportateur exigeant des quantités énormes d’achat pour chaque commande. Des importateurs qui ne voulaient pas spécialement de nouveautés qui puisse faire de l’ombre aux produits qu’ils vendaient déjà.

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Le “miracle” Alibaba

Et puis est apparu le  site Alibaba.com et tout a changé. D’un coup, des milliers de grossistes, sous grossistes et sous-sous grossistes sont apparus en Asie. Il suffisait qu’un particulier décide de tenter l’aventure de l’exportation pour qu’il puisse ouvrir un compte Alibaba afin de vendre des produits par 10, 20 ou 50 pièces. Il les achetait à un grossiste au dessus de lui qui les vendait par 100 ou 200. Lui même achetant à un grossiste encore un peu plus gros qui les vendait par 1000 en les achetant par 3000. Le minimum de commande n’était plus imposé par le fabricant ou son grossiste officiel mais fractionné sur place à une foule de revendeurs qui jouaient le rôle de semi grossistes. Chacun ramassant au passage quelques dollars de commission sur chaque produit. Une situation qui a permis de fluidifier le marché puisqu’on pouvait obtenir n’importe quelle référence sans avoir à investir les sommes colossales du système qui était alors en place. Faire venir une palette de gaufriers et la stocker est à la portée de n’importe quel commerçant.

La vente de produits venus d’Asie par des petites sociétés à donc explosé d’un coup. Sur Ebay pour commencer, avec des micro entreprises qui importaient 50 exemplaires de 5 ou 10 produits différents avant de les proposer ensuite sur le site d’enchères en ligne. Une concurrence féroce pour la distribution traditionnelle. Les e-commerçants s’en rendirent compte assez vite et décidèrent en réaction d’ouvrir leurs portes à ces nouveaux modèles de distribution en créant leurs marketplaces. Une foule de revendeurs se précipitèrent sur cette aubaine en créant leurs boutiques sur des sites comme RueduCommerce ou CDiscount.

Le principe est simple et n’a pas changé depuis, quelques références pour commencer, un stock géré dans son garage, un numéro de Siret en tant que micro entreprise ou petite SARL et hop, on peut afficher ses produits sur ces plateformes et les vendre.

Quel rapport avec Amazon et ses destructions de produits ? On y vient.

Amazon a également rapidement senti le vent tourner et ouvert ses portes à des commerçants extérieurs avec sa propre place de marché. Mais pour fluidifier son système et augmenter ses revenus, le distributeur a décidé de proposer un concept tout-en-un à ce type de clients : affichage, stockage et expédition des produits. Un concept qui permet à n’importe qui de vendre sur Amazon. En Asie, ceux qui vendaient auparavant sur Alibaba ou Aliexpress des produits en partance de Chine, purent d’un coup les exporter dans les locaux d’Amazon qui proposait donc de se charger de leur distribution.

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Que des avantages pour tout le monde. Amazon fait payer le stockage au mètre cube ce qui lui permet de rentabiliser ses entrepôts du mieux possible. Il ramasse également une commission sur les ventes au passage tout en alimentant son site avec des milliers de nouveaux produits. Des nouveautés qui enrichiront son catalogue, sa visibilité sur les moteurs de recherche et qui feront vivre ses opérations promotionnelles et ses ventes flash.

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Capture d’écran d’Amazon à la recherche de la machine à Pop Corn du reportage de M6

Si un magasin traditionnel ne veut pas avoir 50 gaufriers différents en rayon, cela ne pose aucun problème à Amazon d’afficher des dizaines de fois des références identiques vendues par des revendeurs différents. C’est même très rémunérateur. La totalité des machines ci-dessus sont vendues par différents magasins de la place de marché du distributeur mais stockées et expédiées par Amazon.

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Il s’agit d’une machine que l’on peut trouver sur Alibaba pour 10$ pièce avant toute négociation. Le Minimum de commande indiqué est de 1000 unités mais pour pratiquer beaucoup le sites, il est probablement possible de trouver soit un revendeur qui ne demandera qu’une commande de 100 pièces, soit de négocier avec ce vendeur pour n’en acheter que 100 pièces pour quelques dollars de plus. 

Pour les vendeurs c’est le paradis. Qu’ils soient en Asie, en Europe ou en France, ils ouvrent d’un seul coup un accès vers grand public Européen et Américain sans n’avoir quasiment rien à faire. Il leur faut uniquement remplir des fiches produit en ligne sur Amazon et faire envoyer la palette de machines à Pop-corn directement à l’adresse donnée par Amazon. Au lieu de vendre 1000 enceintes Bluetooth à un seul revendeur français à 5$ pièce, ils vont proposer 100 enceintes directement aux particuliers français à 19.99€ pièce sans avoir plus de travail à faire. Le tout en affichant un prix de base de 25€ avant de le barrer afin de faire apparaître une jolie ristourne qui alimentera la page promotions d’Amazon.

C’est la libération, après des années de contraintes, les semi grossistes et particuliers jouant aux exportateurs comprennent que le nouveau jackpot est ici. Plus besoin de passer par des revendeurs qui vont grignoter leurs marges, il suffit de poser une étiquette d’expédition sur une palette de marchandise estampillée CE, de traduire plus ou moins approximativement la fiche technique et de laisser le produit vivre sa vie chez Amazon. Au bout d’un mois, on fait les comptes et pour peu qu’on ait choisi le bon produit, on a gagné quelques centaines d’euros sans avoir bougé le petit doigt.

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Et voilà le coeur du problème soulevé par M6. La machine à Pop Corn comme le téléviseur montrés dans l’émission de Capital sont typiquement ce genre de produits exportés puis stockés dans les entrepôts d’Amazon. Ils sont censés y rester une période de commercialisation intense et courte. Une période qui correspond au cycle qui arrange le géant du ecommerce.

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Chaque palette posée au sol est louée à Amazon

Car Amazon propose un stockage au tarif évolutif. Le premier mois est toujours très abordable mais pour que le stock tourne le plus possible, la facturation va crescendo. Je ne connais pas les chiffres exacts, Capital affirme que des 26€ le mètre cube du premier mois on passe à 500€ au bout de 6 puis à 1000€ au bout de 12. Vous comprenez bien que les 100 boites d’enceintes Bluetooth vendues 19.99€ vont rapporter 1999€. Desquels il faut soustraire leur prix d’achat, les frais de transport et de manutention ainsi que les frais de stockage et d’expédition d’Amazon. C’est viable quand le mètre cube est à 26€, beaucoup moins quand il monte à 500€.

Et voilà tout le problème. Si les 100 boites ne sont pas vendues le premier mois ou au cours des deux premiers mois, l’opération passe de rentable à déficitaire. Alors que faire quand il reste 10 ou 15 boites sur les 100 du début ? Pour reprendre notre exemple de machines à Popcorn, on en voit deux dans la benne. Soit 20$ de marchandise. Faut-il continuer de les stocker si le coût du stockage dépasse ce prix ? En tout logique économique, non. Il vaut mieux libérer cet espace pour importer un nouveau produit. Et voilà comment des machines neuves partent à la benne. Même chanson pour le téléviseur mais avec simplement moins de produits sur la palette et un prix de vente plus élevé.

Des centaines de ces produits “noname” ont une durée de vie hyper courte. C’est facile de s’en rendre compte lorsque l’on suit une référence précise. Au cours de l’année dernière, j’ai voulu tester des chargeurs USB Type-C noname pour ultrabooks. Sur les trois modèles achetés sur Amazon, aucun n’a été disponible plus d’un mois. Un turn-over incroyable qui résume bien le phénomène.

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Playmobil et Lego à la benne ?

Le cas des Playmobil et des Lego est différent mais s’explique également de manière très logique d’un point de vue économique par rapport au coût du stockage.

Qu’est-ce qu’une boite de Lego ou une boite de Playmobils ? Du carton, du papier et du plastique. En terme de matière première, un jouet à 80 ou 130€ ne coûte que quelques euros. Evidemment, il y a d’autres éléments à prendre en considération : La recherche et développement liée à chaque produit, le coût des éventuelles licences type Star Wars ou Harry Potter, la conception des moules nécessaires à la fabrication des éléments et l’énorme investissement dans l’infrastructure d’une usine capable de les produire. Enfin, le marketing lié à leurs ventes ainsi que le SAV proposé entrent également en ligne de compte.

Mais, au final, pour Playmobil ou pour Lego, une boite de jeu n’est qu’un tout petit rouage de la chaîne. Un rouage dont ils connaissent le prix de revient exact boite par boite. Si nous trouvons choquant de voir une boite de Lego partir à la benne, c’est parce que nous la considérons dans son prix global, son prix de vente aux particuliers. Mais pour Lego, il s’agit surtout d’un produit ne coûtant que quelques euros à fabriquer. Il est probablement plus économique pour eux de le détruire plutôt que de le rapatrier ou le stocker plus longtemps.

Cela parait délirant mais c’est pourtant tout à fait logique de considérer cette destruction comme plus rentable. Cette situation vous choque toujours ? Et bien c’est la norme dans toute la grande distribution. Amazon est ici pointé du doigt mais ce scénario se répète tous les jours dans tous les systèmes de distribution de masse. Les supermarchés et hypermarchés évidemment mais même les boutiques de vente en aéroport ou dans les gares jettent des milliers d’invendus chaque jour.

Les rares produits “sauvés” ne le sont que par les hard discounters. Cela survient quand le stock de produits est important et que les marchands comprennent que celui qui vous propose une misère pour racheter un lot à perte reste de toutes façons plus intéressant que de devoir payer pour détruire des produits après les avoir stockés pendant des semaines. Dans la grande majorité des cas, tout le monde détruit. Un frigo qui arrive abîmé en magasin se voit orienté directement vers la gestion des déchets. Certains avec un “défaut d’aspect” sont présentés au public et vendus comme “modèle d’exposition”. Mais la majorité des produits fait juste un tout petit tour sur le parking du distributeur de l’espace livraison à l’espace enlèvement pour destruction.

Les palettes de certains produits ne sont même pas déballées en cas de suspicion de produit abîmé. Une palette des bouteilles d’eau qui semble fuir sera directement mise au rebut même si au final il n’y a que quelques bouteilles éventrées par un trans-palette maladroit.

Le linéaire d’exposition est cher en boutique physique et certains produits sont remplacés par d’autres très rapidement. Ils traînent alors dans le stock quelques semaines avant de subir le même sort. Certaines marques essayent de récupérer ce genre de produits et de les restocker en centrale d’achat pour les redistribuer dans des magasins ayant plus de passage. D’autres ne se posent pas ce genre de questions et font visiter la décharge la plus proche à des milliers de produits absolument neufs chaque année.

Personne n’est assez aveugle pour ignorer le sort des produits frais en grande surface. Des tonnes de viennoiseries, de laitages, de morceaux de poisson ou de viande et autres qui finissent aujourd’hui le plus souvent dans des banques alimentaires mais qui ont été pendant longtemps purement et simplement détruits. Les histoires de marques de vêtements lacérant des habits ou des chaussures avant de les mettre à la poubelle reviennent régulièrement dans les pages société. Avec à chaque fois la même incompréhension du public comme le montre cette poubelle Celio vidée et exposée dans la rue pleine de vêtements lacérés…

Je lis beaucoup de commentaires sur les jouets détruits qui pourraient être donnés à des associations d’enfants malades ou des œuvres caritatives pour être redistribués. Je ne peux qu’être d’accord d’un point de vue éthique sans même parler de l’immense gâchis écologique que représente la fabrication, le transport et la destruction de ces produits.

Mais d’un point de vue économique… cette destruction est totalement conforme à notre époque et notre mode de vie. Détruire ces objets qui, en soi, ne valent que quelques euros de matière première permettent de conserver leurs prix élevés. En laissant s’échapper des boites de Playmobil à zéro euro, la marque montrerait leur véritable valeur. Ce serait comme dire que le Roi est nu. Si on ne regarde que le prix de revient des matières premières, ces produits vendus 79€ n’en valent véritablement qu’un dixième. Et cela Playmobil ne peut pas se le permettre. La marque l’acceptera uniquement de manière très médiatique pour conserver l’aspect luxueux de ses jouets. En clair, Lego ou Playmobil peuvent accepter de donner 100 boites de jouets à la croix-rouge devant des caméras en insistant sur la valeur de leur don1.  Mais sûrement pas de transformer au quotidien les invendus en cadeaux sans un coup de projecteur. Cela reviendrait à dire que les produits n’ont pas la valeur qu’ils portent sur leur étiquette.

Est ce que tout cela est acceptable ? Moral ?

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Un extracteur de jus TopChef vendu par une société tierces sur la place de marché Amazon

Non. Pour plein de raisons cela est effectivement choquant. Ne serait-ce que parce que enfouir un objet manufacturé n’a aucun sens au vu de l’état actuel de la planète. Est-ce qu’il faut pourtant pointer du doigt Amazon ? Pas plus qu’un autre à mon sens. M6 par exemple, la marque vend des licences de ses émissions à des marques qui vont proposer des objets noname utilisant le même circuit de distribution. On trouvera ainsi la marque TopChef en tête de gondole chez Amazon sur des dizaines de produits de cuisine.

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Des produits Made In China comme cet extracteur de jus proposé à 99.90€ avec un prix barré de 199€ et que l’on peut acheter 40.5€ en Asie sur Alibaba. Que pensez vous qu’il va arriver à cet extracteur de jus quand il n’en restera plus qu’un ou deux sur la palette louée à Amazon et que le tarif de location dépassera leur valeur d’achat ? Ils suivront exactement la même logique que les autres et rejoindront la décharge ou l’incinérateur. Certains produits estampillés TopChef ont d’ailleurs déjà dû partir à la benne.

Il suffit de regarder les poubelles d’un supermarché pour découvrir l’ampleur de ce gâchis monumental opéré chaque jour depuis des dizaines d’années. Une consommation à outrance qui pousse tout le système vers une fuite en avant. Il faut achalander et produire à tout prix. On nous dit que la consommation est l’alpha et l’omega de notre système ? Alors le système consomme. 

Outre les produits jetables, les produits difficilement réparables, l’appétit du neuf est un autre gros problème de notre modèle de consommation.

J’ai un ami qui a géré un supermarché de discount après avoir pris en charge des enseignes plus haut de gamme. Son constat est édifiant. Dans son magasin de discount, il est parfaitement possible de proposer des produits frais en dates courtes avec une étiquette spécifiant leur état et en proposant un rabais conséquent. Il est également envisageable de laisser en rayon un paquet de gâteau légèrement abîmé et de sacrifier 50% de son prix. Les produits partent quand même sans problème. Ce n’était absolument pas le cas dans un supermarché plus traditionnel. Les dates courtes étaient régulièrement jetées et les paquets abîmés restaient systématiquement en rayon. Boudés par le public.

Les produits abîmés ne font pas non plus recette en ligne. Lire les commentaires sur Amazon est assez édifiant : Combien de personnes se plaignent d’un produit ayant un souci sur son emballage ? Des dizaines de clients mettent une note d’une étoile à un produit juste parce que son carton est troué ou griffé. Aucun constructeur ne veut prendre le risque de se voir attribuer une note de ce type et préfère donc que son produit finisse à la benne. Même si il fonctionne parfaitement bien.

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Il faut également faire un tour dans une déchetterie pour constater l’ampleur des dégâts provoqués par notre appétit de consommation. Un vélo pour enfant quasi neuf jeté à la ferraille parce que “la petite a grandi”. Des appareils électroménagers en parfait état “remplacés” au détour d’un produit en promo. Le pire étant qu’aujourd’hui, très souvent, les produits des déchetteries ne peuvent plus être récupérés par d’autres particuliers. Voir une machine à laver fonctionnelle être jetée à la benne par son propriétaire parce que le bouton de selection en façade est cassé laisse perplexe. Cela un goût autrement plus amer quand le propriétaire était prêt à la monter dans la voiture de quelqu’un d’autre mais que l’opération a été empêchée sur place par un personnel tout aussi navré… Mais qui ne fait qu’appliquer le règlement.

Comprenez moi bien, je ne cautionne pas ces pratiques et ce gaspillage m’afflige autant que tout le monde. Mais pointer du doigt Amazon en faisant semblant d’oublier comment fonctionne notre monde d’aujourd’hui me parait quelque peu problématique. Tout le monde est responsable à son échelle de ce grand gaspillage permanent. Celui qui jette un vieux jouet à la poubelle au lieu d’en faire don à une oeuvre quelconque. Celui qui jette un bouquin au lieu de le laisser traîner là où il pourra être récupéré. Celui qui jette le journal du jour au lieu de le plier proprement à la terrasse d’un café. Le restaurant qui jette chaque jour quelques kilos de nourriture au lieu de la redistribuer. Le marchand qui préfère détruire plutôt que de revaloriser. Chez Amazon, cela se voit énormément car l’entreprise brasse des millions de produits mais à l’échelle de chacun il y a peut être des mesures à prendre pour éviter ce grand gâchis.

S’inscrire dans une association de réparation de produits ? Dans un Fablab où on trouvera sans doute de l’aide pour apprendre à réparer sa télé ou son électro ménager ? Préférer la revente plutôt que la déchetterie ? Quitte à revendre quelques euros seulement si l’objectif est plus le recyclage que le gain. Demander autour de soi ou sur ses réseaux si quelqu’un n’est pas intéressé par tel ou tel objet avant le réflexe de la poubelle ? Organiser du troc ? Moins rechigner devant certains emballages légèrement abîmés en magasin ? Et évidemment, pour les responsables politiques, trouver une solution pour limiter la casse chez les distributeurs. Même si cela va être difficile.

Notre société, nos règles, nos lois protègent souvent très efficacement la propriété. C’est une des règles de base, présente même dans la déclaration de 1789 des droits de l’homme et du citoyen. Dans son article 17 on apprend que la propriété est un droit “inaliénable et sacré”. Chacun est libre de faire ce qu’il souhaite de son bien. De le conserver, de le vendre, de le cacher ou… de le détruire. Reste qu’en 1789 on ne se disait pas forcément qu’un tel gaspillage serait un jour possible. Ni qu’on atteindrait si vite les limites en ressources et en énergie de notre planète.

Interdire la destruction n’est pas possible dans notre société de consommation et j’imagine que les Lobbyistes de la grande distribution sont déjà au travail pour résoudre à leur manière2 cette crise. La solution serait peut être de faire payer plus cher la destruction en prenant en compte son impact écologique. Si Amazon comme les autres se retrouvaient dans la même impasse que celle du vendeur qui ne veut pas payer plus cher en stockage qu’en produits, peut être qu’il trouverait de nouvelles solutions. Avec un coût de destruction très fortement taxé, la donne ne serait pas la même. Le risque étant que les industriels décident alors de ne plus jeter là où il faut mais dans des décharges sauvages. Tout en répercutant évidemment le coût d’une éventuelle destruction sur le prix des produits. Et ça, cela ferait mal à la sacro sainte “croissance”.

Notes :

  1. Chose qu’ils devraient faire d’ailleurs…
  2. C’est à dire refermer le couvercle
83 commentaires sur ce sujet.
  • 15 janvier 2019 - 13 h 26 min

    Merci.

    Une fois de plus.

    Il n’y a rien d’autre à ajouter. :)

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 13 h 32 min

    Bravo pour cet article !
    Rien à rajouter, je suis d’accord avec tout ce que tu dis.
    Je partagerai le lien à toute personne qui me parlera de ce reportage de M6 (que je n’ai pas vu).

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 13 h 39 min

    Très interessant, plein de choses que je ne savais pas.
    Merci Pierre pour cet article.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 13 h 39 min

    Ça fait du bien de lire ce genre de texte, ça va faire quelques années que pas mal de défauts sur les produits ne me font plus peur (un peu rayé par exemple) et je pèse chaque achat pour savoir si c’est vraiment utile ou si c’est un caprice.
    Je suis loin d’être irréprochable, mais je me retrouve mieux quand ce cadre de vie.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 13 h 43 min

    Merci pour cet article qui résume malheureusement très bien la situation.
    Pour ceux qui veulent donner, il y a l’application Geev (https://mobile.geev.com) qui permet d’organiser les dons entre particuliers.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 13 h 47 min

    Pour information ,la destruction de produit neuf n’est pas nouvelle .
    J’ai personnellement acheté a une époque pour 50 francs un lecteur de cassettes Commodore neuf en boite d’origine destiné a la destruction .
    OBJET DU DÉLIT ,création de COMMODORE FRANCE et interdiction a PROCEP de vendre du matériel Commodore d’ou destruction du stock de PROCEP .

    Je rajouterai que j’ai discuté avec des personnes ayant bénéficié de bon prix sur du matériel EPSON a la création d’EPSON FRANCE suite a la dissolution de société important ce matériel avant .

    Par simple curiosité ,je voudrais bien savoir ce que devient le matériel détruit par la Douane après destruction .

    Je pense pas que sur un parfum ,une GAMEBOY broyée il reste beaucoup a recyclé facilement .
    Peut être aussi que l’ETAT FRANÇAIS devrait recyclé de manière écologique ce qu’il fait détruire ?

    Ce petit post car ,je fais partie des couillons qui trie ses poubelles doit les porter a pieds au recyclage .

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 14 h 14 min

    Bien plus instructif en quelques minutes de lecture que le reportage un peu trop sensationaliste de M6.

    Merci Pierre.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 14 h 16 min

    Bravo ! Trè sbon article.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 14 h 17 min

    Super article, très instructif comme d’habitude Pierre!

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 14 h 20 min

    Pour ajouter de l’eau au moulin : j’ai été libraire.
    Dans le monde du livre, il y a environ 30 % de retours librairie. En moyenne.
    Que deviennent ces 30 % de livres retournés à l’éditeur qui rembourse le libraire (moins les frais de port) ?
    68000 nouveautés livres en 2017. Une année.
    30 % de retours, mais je n’ai pas les chiffres du pilon exact (bizarrement, les éditeurs ne communiquent pas).
    Par contre c’est en partie recyclé, c’est du “simple” papier.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 14 h 28 min

    Merci Pierre pour tes éclaircissements.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 14 h 53 min

    Toujours tellement pertinent que ça en deviendrai presque de l’impertinence

    Répondre
  • RVP
    15 janvier 2019 - 15 h 06 min

    Bonjour à tous,
    et merci pour ces explications…
    Je me suis débarrassé de matériel informatique aussi fonctionnel qu’obsolète sur le site https://donnons.org/
    (je ne suis pas affilié)
    Mais en voyant des petites étoiles dans les yeux de la personne qui est venu chercher le carton, je me suis dit qu’est c’était une bonne idée. J’avais essayé de vendre pour vraiment pas cher, mais ça n’avais pas marché.

    Merci pour tout ces articles de qualité, merci aussi pour les commentaires toujours pertinent.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 15 h 24 min

    Bonjour,

    Ton article est très intéressant, cependant des alternatives doivent pouvoir être trouvées:

    – Amazon et les autres plate-formes doit pouvoir proposer aux professionnels, d’autres possibilités que retour au fabricant et destruction. A savoir la possibilité de donner la matériel à une association pour les entreprises qui le souhaitent. Envisager un crédit d’impôts (plafonné) s’appliquant aux bénéfices de l’entreprise (ou un mécanisme équivalent) sur ce type d’opération pourrait être incitatif. La loi spécifierait que pour ces dons, la garantie des biens cédés ne s’appliquerait pas.

    – Le monde ne se résume pas au modèle Amazon. ces derniers temps je les boycotte en raison de leur optimisation fiscale et de leur gestion du personnel dans les entrepots. Le petit malin pourra décider de passer par aliexpress. Mme Michu se contentera des plateformes alternatives (Cdiscount/Rueducommerce ou Rakuten).

    Pour certaines d’entre elles les produits ne sont pas centralisés comme pour Amazon. chaque vendeur expédie lui même ses produits en fonction de ses ventes => le pilon peut ainsi être évité, les fins de stocks ou les produits abimés peuvent être soldés/réparés.

    Un tel système nécessite en revanche une politique volontaire afin d’éviter au client tout risque d’arnaque.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 15 h 25 min

    Parfaitement dit.
    D’autre part, une loi ni changerait rien. Les sociétés internationales trouveraient toujours une filiale dans un pays moins regardant pour pouvoir détruire. Exporter nos déchets, on sait déjà faire…. :-(

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 15 h 30 min

    Tout est vrai.
    ça me rappelle une décharge sauvage il y a 30 ans, on y trouvait des aliments entiers frais avec date du jour. yaourt, poulet sous emballage, etc … c’était brûlé de temps en temps. Mais quand ils se sont rendu compte que des gens se servaient, ils ont percé les emballages et versé de la javel.
    Le gaspillage ça fait mal au cœur.

    Une fois au recyclage, une remorque entière de vélos neuf; le grand père faché avec ses enfants -> dans la benne. rien de récupérable, c’est le règlement.

    j’ai trouvé une recyclerie… au moins ça redonne du travail à des gens et ça peut resservir.

    Faut que je trouve une solution pour mon imprimante laser de 10 ans plus fabriquée, et dont le four laisse des traces.

    Merci Pierre, j’avais pas vu le reportage.
    PS : après la rubrique bon plan, une rubrique bon lien eco-responsable … (je sais ça ne rapporte rien par l’affiliation) mais dans ce cas, une page temporaire/une pub avant redirection, ou un lien croisé avec les sites référencés ? je dis ça…
    Mais là c’est la planète qui dira merci. Gros Merci la planète.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 15 h 33 min

    Bonjour,
    Je ne comprends toujours pas le cas de Lego. Lego n’est pas présent sur le marketplace d’Amazon en tant que revendeur. Comme revendeurs on trouve Amazon lui-même, certaines enseignes de jouets type Maxi Toys et des petits revendeurs divers.
    Lego est donc juste un fournisseur et Amazon ne se gêne pas pour casser les prix sur les Lego quand ils en ont envie et à faire du -30% voire au delà par rapport aux prix pratiqués par Lego en magasin ou sur leur boutique en ligne.

    La boîte que l’on voit dans le reportage est un set récent qui est toujours commercialisé par Amazon et par Lego.
    https://www.amazon.fr/LEGO-Harry-Potter-Poudlard-Construction/dp/B0792RDN2V/ref=sr_1_1?s=toys&ie=UTF8&qid=1547562085&sr=1-1&keywords=lego+75954Ces boîtes détruites n’appartiennent donc pas à Amazon, vu qu’ils les vendent toujours, ni à Lego, qui ne vend pas sur Amazon. Elles doivent donc appartenir à un autre revendeur, mais dans ce cas-là :
    – Pourquoi ce revendeur ne baisse pas ses prix quand son contrat de stockage arrive à expiration ou va devenir trop cher ? Est-ce qu’on leur interdit de vendre moins cher qu’Amazon ?
    – Pourquoi Amazon ne récupère pas ces produits pour les vendre en son nom, vu qu’ils vendent déjà ce modèle ? Quitte à casser les prix plus tard s’il leur en reste sur les bras.

    Répondre
  • IJ
    15 janvier 2019 - 15 h 33 min

    Tout simplement merci pour ce recadrage édifiant

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 15 h 42 min

    Superbe article Pierre. Je crois que c’est le meilleur de tout le site, en tout cas celui qui peut intéresser tout le monde ! Et on y apprends plein de truc.

    Tu devrais y rajouter un lien vers ton article où tu expliquais comment les marchands d’AliExpress pouvait expédier les babioles franco de port. C’est intéressant à savoir pour ceux qui viendrais découvrir ton blog à la lecture de ce billet et c’est aussi connexe à ce que tu décris de cette nouvelle économie.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 15 h 46 min

    Pour le lego harry potter, je pense qu’il y a une autre raison.
    Il me semble que ce set est sortie en aout 2018, il aurait donc moins de 6mois.
    Ca serait peut etre plutot un retour de retour de reconditionné amazon. imaginez qu’il manque des pièces, c’est totalement invendable (voir même vérifiable pour amazon)

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  • 15 janvier 2019 - 15 h 49 min

    Merci.

    Grâce à vous, la vie est plus belle.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 16 h 32 min

    Superbe article loin du politiquement correct ou du scandale de bazar.
    Ça nous remet tous en place. À chacun d’affronter ses responsabilités.

    A+

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  • 15 janvier 2019 - 16 h 47 min

    Encore un article pertinent de Pierre.

    Pour avoir vu la fin du reportage (et manqué la partie sur Amazon) j’ai trouvé que l’accent était également mis sur la responsabilité des acheteurs, en particulier la partie sur le gaspillage vestimentaire.

    Pour l’alimentaire, c’était édifiant : des boîtes de conserves en parfait état et consommables jusqu’en 2021 sont dans les poubelles alors que certains n’ont pas à manger … Tant que cela rapporte (en réduction ou crédit d’impôt) l’effort est fait mais dès que ça ne rapporte plus les produits sont jetés. Il faudrait aménager un espace de stockage pour les associations qui pourraient venir “piocher” dedans. Si elles le font quotidiennement cet espace ne devrait pas être trop grand donc trop coûteux.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 17 h 50 min

    @Gilles:

    Effectivement les livres en papier couché sont recyclés, les autres moins.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 18 h 19 min

    Comme tu es affilié Amazon, défendre un de tes employeurs semble normal. Il aurait été judicieux, pour la transparence, de le signalé en préambule de cet article.
    “l’ampleur des dégâts provoqués par notre appétit de consommation” => cette rhétorique est inentendable. C’est la rhétorique du “tout justifiable / pas responsable”, le fameux “mais si on ne le faisait / vendait pas, quelqu’un d’autre le ferait”. Et c’est d’ailleurs de cette manière que tu défends les choix d’Amazon. Je ne connais personne qui est content de racheter des produits plus tôt qu’avant parce que la qualité à baissée ou à cause de l’obsolescence programmée.

    Amazon, en tant que première entreprise d’e-commerce et dans le top 10 des entreprises marchandes, participe activement à cette dérive. Il est donc normal de les pointer du doigt là dessus.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 18 h 26 min

    La seconde vie de ces produits manufacturés NEUFS ne devrait pas se trouver dans nos décharges mais chez des discounters comme NOZ etc…, on arrive très bien à le faire avec des vêtements même usagés, soit on moralise le système avec des règles, soit on l’accepte et on arrête de jouer aux hypocrites avec nos pseudos consciences écologiques.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 18 h 48 min

    Excellent article, merci !

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 18 h 49 min

    Bravo pour cet article.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 18 h 52 min

    Tu excelles dans ce genre d’articles Pierre !
    Au moins tout est clair.

    Répondre
  • Neo
    15 janvier 2019 - 18 h 54 min

    Article très intéressant, comme souvent !

    Par contre, Top Chef n’est pas du tout une marque de M6, c’est une marque Américaine que M6 paye pour utiliser dans son émission de télé.

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  • 15 janvier 2019 - 19 h 14 min

    @Thera: Alors d’abord je ne défend pas Amazon le moins du monde. Chez moi la rhétorique de maternelle “madame je suis pas le seul a avoir dit des gros mot” n’est pas une défense valable. Le fait de pointer d’autres commerçants n’est donc absolument pas en défense d’Amazon mais plutôt pour montrer que la marque participe à son échelle au problème. Comme ils vendent beaucoup cela se voit plus mais si on fait le bilan des supermarchés français depuis les années 60 ce sont probablement des millions de tonnes de produits qui ont été ainsi fabriqués pour rien a part pour polluer.

    Pointer le doigt sur Amazon et se voiler la face sur le reste est donc juste contre productif. Tout le commerce est calibré de cette manière aujourd’hui.

    Ensuite je suis affilié Amazon et cela ne fait pas d’Amazon mon employeur. Il y a une nuance importante entre les deux. D’abord parce que je peux décider de ce que je fait avec Amazon et la marque ne m’impose ni ma conduite ni mon discours. Cela me permet par exemple ce type de billet, pas vraiment ceux qu’on peut attendre d’une relation employeur / employé.

    -https://www.minimachines.net/actu/echo-amazon-69578
    -https://www.minimachines.net/actu/amazon-fire-hd-8-43952

    Ensuite parce que au contraire d’un directeur de supermarché salarié qui est obligé de mettre en tête de gondole le produit que lui dicte sa centrale, ma position d’affilié me permet de faire le choix de pointer vers des produits que je juge pertinents.

    “l’ampleur des dégâts provoqués par notre appétit de consommation” => cette rhétorique est inentendable. C’est la rhétorique du “tout justifiable / pas responsable”, le fameux “mais si on ne le faisait / vendait pas, quelqu’un d’autre le ferait”.

    Pas du tout. tu as mal compris mon propos et d’ailleurs je ne comprends même pas qu’on puisse l’entendre ainsi dans mon texte. Ma phrase complète est : “Il faut également faire un tour dans une déchetterie pour constater l’ampleur des dégâts provoqués par notre appétit de consommation.” C’est donc le préambule à un exemple qui montre que des gens ont eu le cerveau assez lavé pour se dire qu’un vélo en état de marche et probablement peu utilisé est bon pour la ferraille alors qu’il suffirait probablement de le laisser dans la rue avec un bout de papier dessus où il serait écrit “Vélo fonctionnel, servez vous” pour qu’il trouve une seconde vie. Ce n’est absolument pas le “mais si on ne le faisait / vendait pas, quelqu’un d’autre le ferait” que tu as compris.

    “Et c’est d’ailleurs de cette manière que tu défends les choix d’Amazon.”

    Où est-ce que je défend les choix d’amazon ?

    Je dis : Economiquement c’est la seule solution réaliste pour ne pas perdre d’argent. Je ne cautionne en aucun cas ce système pour autant. Cette économie est mortifère écologiquement et cela montre l’absence totale d’éthique du système actuel. Ce qui est probablement plus un défaut d’enfoncement de porte ouverte qu’autre chose. Penser croissance économique alors qu’on brûle déjà plus de ressources que ce que la planète peut offrir est une absurdité sans nom.

    “Je ne connais personne qui est content de racheter des produits plus tôt qu’avant parce que la qualité à baissée ou à cause de l’obsolescence programmée.”

    Moi non plus mais je ne vois pas le rapport avec ce billet ?

    “Amazon, en tant que première entreprise d’e-commerce et dans le top 10 des entreprises marchandes, participe activement à cette dérive. Il est donc normal de les pointer du doigt là dessus.”

    Oui, ce que j’explique dans ce billet c’est que le système mis en place actuellement pousse à la mise en décharge de produits viables, le système doit donc être confronté à une taxation de ce gâchis. Pour Amazon comme pour les autres. Je n’ai jamais dit qu’Amazon était des anges, bien au contraire si tu me relis. Je dis juste que se focaliser sur un cyber commercant et se prétendre choqué par son comportement alors que tout le système est “pourri” depuis des années, c’est un petit peu étonnant.

    Pour rappel, le documentaire/film “L’île aux fleurs” est sorti en 1989 : https://www.youtube.com/watch?v=PF1ErwUYkVM Je t’invite a le visionner si tu ne le connais pas.

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  • 15 janvier 2019 - 19 h 16 min
  • 15 janvier 2019 - 19 h 23 min

    @DAVID: NOZ rachète des produits quand il y a du stock. Pas 2 ou 5 références sur une palette.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 19 h 41 min

    Excellent article de Pierre, simple à lire et à comprendre, qui pointe l’un des problèmes de notre société : le cercle vicieux de la consommation. Pour avoir toujours plus, plus vite pour moins cher, il est plus rentable de payer pour détruire/jeter que de donner. Quand payer pour détruire quelque chose est plus rentable que d’en faire don, c’est qu’il y a un souci.

    Pour les quelques commentaires précédents sur le gaspillage alimentaire des restaurants/grandes surfaces (à coup de javel et compagnie), il faut savoir que si un super marché jette un pot de yaourt (sans javel ou autre), que quelqu’un récupère ce pot de yaourt, le mange et tombe malade… C’est le super marché qui est légalement responsable. Ce qui explique (mais ne justifie pas !) la destruction par la javel des produits alimentaires. Pour les autres – comme les marques de vêtements – c’est juste de la connerie immorale et dégueulasse inexplicable et injustifiable selon moi.

    Pour ma part je tends à avoir un impact le plus faible possible : je n’achète que par nécessité, très peu d’achat plaisir (et la plupart du temps ce sont des produits achetés d’occasion), quand j’achète je prend de la qualité pour que le produit dure le plus longtemps possible, pour la nourriture j’achète uniquement ce dont j’ai besoin pour les 2/3 jours max à venir (et de préférence bio, local, éthique etc.). Bref, je ne consomme que très peu. Je sais que ma situation est à part et que peu de gens peuvent faire comme moi (ne serait-ce que les familles ayant des enfants), mais si les gens éveillaient un peu plus leur conscience aux problématiques de sur-consommation, le monde irait un peu mieux à mon avis.

    Bref, continue comme ça Pierre, avec ton sens du journalisme que j’apprécie tout particulièrement. Tu es selon moi l’un des derniers vrais journalistes avec un sens étique et critique, où tu dis ce que tu penses, et que tu dis si bien, sans sensationnalisme, copier-coller des autres sites, sans langue de bois. Bonne continuation et au plaisir de continuer à te lire :)

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 20 h 55 min

    MERCI Pierre, pour ton verbe, ta clairvoyance et ton partage.

    Bonne et belle année 2019 à toi et ta famille.

    Bastien

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 21 h 03 min

    Merci merci merci

    meilleurs voeux pour 2019

    continue a nous expliquer tous ca , cela manque beaucoup la pédagogie sur interne et en général.

    encore merci

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 21 h 37 min

    Super article. Je confirme pour la grande distribution, même pour des denrées non périssable. Dans une grande chaîne de distribution spécialisé dans l’article de sport, une des innovations d’il y a 6 mois était de ne plus jeter les retours, et de les remettre en rayon.
    C’est notre mode de vie qui est entièrement à revoir.

    Répondre
  • Ben
    15 janvier 2019 - 21 h 51 min

    Merci pour cet article. Il est clair que c’est tout un système a améliorer.
    Madame la secrétaire d’État dit découvrir cette pratique, c’est clairement une blague ou de l’incompétence…
    Quant à moi, j’ai regardé le reportage également et je pense qu’il a le mérite de faire réagir et réfléchir, les consommateurs, notre façon de consommer, et aussi de montrer ce qui peut être amélioré.
    Et qui sait, une personne va avoir une bonne idée et monter sa boîte de récupération d’invendus et imposer un nouveau standard bien meilleur pour tout le monde.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 21 h 55 min

    Je n’ai pas lu l’ensemble des commentaires mais deux souvenirs :
    – quand Motobécane a fermé ses portes (1984 ?) des semis bennes de pièces détachées ont été expédiés dans différents tas d’ordures du sud de l’Aisne. Rien que dans le village de ma grand mère à 40 km de l’usine c’est 3 ou 4 bennes de pièces diverses qui ont été déversées … aucun recyclage, pièces directement jetées avec les ordures ménagères …
    – à la fin des années 90 suite à la fermeture définitive d’une librairie d’occasion, il restait un gros stock de bouquins et BD invendus. Le propriétaire a mis des affichettes un peu partout, et les voisins, ont pu, un samedi, venir se servir de 5, puis 10, puis 20 livres chacun, en fonction de l’heure. Il y avait une boite “a vot bon coeur” le lendemain je l’ai aidé à nettoyer et jeter au recyclage les “abimés” il y avait un peu plus de 3000 F dans la boite (quasi 1/2 smic de l’époque) …

    Concernant le gaspillage, j’achète régulièrement des produits reconditionnés chez Amz, dont souvent des produits neufs avec packaging abimé et grosse remise. En ce moment il n’y a rien, sauf des produits quasiment au prix du neuf !!!
    Amz a un problème avec ses surstocks, ne payant pas d’impôts en France il n’a aucun intérêt à réaliser des dons en nature …
    Parce qu’une entreprise a fiscalement intérêt à donner ses invendus plutôt qu’à les détruire.
    Il existe d’ailleurs des entreprise dont c’est le métier de mettre en rapport grandes surfaces, importateurs, fabricants, industriels … se retrouvant avec des surstocks, des invendus, des invendables périmés … et qui vont se financer sur partie du crédit d’impôts obtenus
    par exemple Phenix : http://www.wearephenix.com/
    Si vous fréquentez les Emmaus, vous avez du voir qu’il y a de plus en plus de produits manufacturés neufs, parfois anciens, parfois récents dans les rayons.
    Mais ils ne sont pas les seuls à profiter de ce système fiscal.

    Donc Amz pourrait faire autrement, ou proposer un autre service à ses clients “professionnels” soit en organisant des ventes -50% (toujours plus rentable que le pilon) soit en gérant les dons aux associations et en prenant un % du crédit d’impôts auquel ont droit les “petits vendeurs” de droit européens.

    Cdlt

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  • Grv
    15 janvier 2019 - 21 h 59 min

    Superbe explication. Merci Mr Lecourt :)

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 22 h 00 min

    @Pierre Lecourt:

    Oui c’est un exemple, Noz ou un autre, il faut créer un nouveau débouché pour ces produits, je connais des soldeurs qui prennent ce qu’on leur donne, ils ne décident pas, ne choisissent pas, c’est selon l’arrivage au petit bonheur la chance, il y a quelque chose à faire pour solutionner ce problème autre que la destruction, ce n’est pas une fatalité, ni une facilité ! Personnellement ce genre de choses et d’autres font que je ne commande plus sur Amazon que ce que je n’arrive pas à obtenir ailleurs.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 22 h 01 min

    C’est très bien expliqué, je trouve. Et la conclusion arrive toute seule, naturellement, toute aussi logique que tout le reste de l’article. Merci pour cet article, Pierre !

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 22 h 14 min

    Bravo pour cet article bien documenté qui évite le travers d’émissions de TV (du service public entre autres) qui se permettent de prendre un air outré et de se boucher le nez.

    Répondre
  • O2L
    15 janvier 2019 - 22 h 30 min

    Très bon article.

    Effectivement Amazon n’est que la partie visible de l’iceberg que personne ne veut voir alors que pourtant acheter/manger c’est voter.

    Mais Amazon au delà de sa taille qui donc génère du volume qui fait parler dans ses pratiques, est aussi le symbole de la rentabilité pousser à outrance: les prix salés de stockage au delà d’un certain temps, ne sont là que pour conserver les produits générant le max de commission.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 22 h 37 min

    Il faut quand même noter que nous sommes un des rares pays à avoir une loi sur le gaspillage alimentaire (très récente) : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000032036289&dateTexte=20180209 Qui a priori fonctionne correctement : https://www.lesechos.fr/12/02/2018/lesechos.fr/0301286132021_gaspillage-alimentaire—la-loi-a-accelere-les-bonnes-pratiques.htm

    Si je suis d’accord avec tout ton billet, cette loi (pas parfaite, toussa) montre que ta conclusion est, semble t-il trop pessimiste. Il y a des leviers d’action. Nous sommes, à ce que je sache dans un état de droit et même si les lobbyistes s’échineront à étouffer toutes velléités à s’attaquer au problème, ce genre de docu (que je n’ai pas vu) à charge d’après ce que tu en dis, est un bon moyen de mettre ces pratiques en lumières.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 22 h 45 min

    Plus je vois les folies de notre monde capitaliste, plus j’aime réparer, revendre, et acheter d’occasion.
    Il ne faut pas attendre des sociétés qui pratiquent le pire de s’améliorer : il faut s’améliorer soi-même. L’impact est peut-être risible, mais ça ralenti la déchéance de ce monde et on se sent l’esprit un peu plus léger.

    Répondre
  • 15 janvier 2019 - 23 h 54 min

    Encore un biais cognitif non ? Qui fait que chez la plupart des gens (moi y compris), le fonctionnement “normal” est que si les rayons du supermarché sont vides, c’est parce qu’ils ont été pris d’assaut par les consommateurs (et donc victimes de leur succès), pas parce que l’enseigne les a retiré pour défaut, date courte ou “produit qui ne se vend pas”. Et comme un rayon ne se vide pas en un jour mais est réapprovisionné régulièrement, cette opération de “mise à l’écart” ne se voit pas à l’échelle du consommateur lambda. Merci pour cet éclairage.

    Répondre
  • 16 janvier 2019 - 1 h 35 min

    Merci pour ce billet limpide et le recul pris pour faire cette photo de la situation.

    J’ai néanmoins une grosse réserve sur l’idée de faire payer la destruction : je crains encore plus de décharges sauvages en retour.

    Répondre
  • 16 janvier 2019 - 3 h 44 min

    Et bien, quel billet 👌
    Force est de constater que le phénomène s’est accentué avec la disparition du schéma classique “1 usine, 2 importateurs, 3 grossistes, 4 revendeurs et une petite poignée de détaillants”
    Mais, comme précisé, ce n’est pas.un phénomène nouveau…
    Et, au final, de par notre “conditionnement consumériste”, nous agissons de la.même façon en jetant des kilos d’aliments en raison d’une date de “stockage”, d’un défaut d’aspect, du manque de place dans notre propre entrepôt réfrigéré ou non…
    Nos vêtements subissent le même sort, accentué par l’effet mode. Et même si nous pratiquons la revente en braderie, nous préférons parfois les jeter plutôt que de les brader en dessous d’un certains prix.
    Nos minimachines 😀 sont également impactées par l’incessante valse des “tic-toc-toc” de nos fondeurs, accompagné par le constant grignotage des bordures de nos écrans. Elles.finissent par s’accumuler ou chercher une seconde main sur leboncoin, mais, encore une fois,.pas.”a n’importe quel prix, parce que sinon, je préfère encore le garder (?-avant de le jeter-?)

    Au fait, si il y avait vraiment une prise de conscience générale dans notre zone de consommateurs bien conditionnés, on devrait aussi faire face a une crise dans la grande zone de production… Ralentir ou même fermer des usines et mettre au chômage (si il est pratiqué…) des millions de personnes… Y compris des enfants…

    Le système de la révolution industrielle (quelques dates : 1769 machine a vapeur, 1779 machine à tisser mécanique, 1858 moteur a explosion essence, 1871 dynamo, 1896 télégraphie sans fil, 1914 montage a la chaine chez Ford 1969 microprocesseur Intel, 1994… Amazon) est arrivé au summum de son art…et on ne peut pas.lui faire faire un virage a 180 car on lui a adossé la.formule magique : Production + Consommation = Croissance 😂

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  • 16 janvier 2019 - 5 h 04 min

    En tout cas merci M6 quand même, parce que tout le monde en parle autour de moi et même le grand Pierre Lecourt fait un billet sur le sujet ! ;-)

    Juste pour parler des décharges, que je fréquente hélas régulièrement pour y jeter des objets hors d’usage, chez moi à Marseille (la ville où il y a des règles comme ailleurs mais tout le monde s’en fout quoi), les employés dans les décharges se servent directement dans les coffres des gens. Un vrai petit marché qu’ils doivent revendre sur le marché aux puces justement. En plus ils sont souvent nombreux…

    Je crois que quand même, on vit dans une époque où l’opinion publique, les gens quoi, commencent à prendre conscience de ces problèmes. C’est le cas notamment pour le gâchis alimentaire… mais même sur ce sujet il reste encore beaucoup de gens à éduquer. Je pense que là aussi (pour en revenir sur ma première phrase), la TV, les films/reportages (Global gâchis par ex.) ont beaucoup apporté dans cette prise de conscience collective.

    Tout s’explique, rien ne se condamne vraiment, mais quel gâchis !

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