Sans surprise, la promesse d’une taxe petits colis « indolore » pour les acheteurs mais qui aurait forcé les plateformes à revoir leur modèle économique n’a pas fait long feu. Ce sont bien les clients finaux qui ont vu les prix augmenter de manière importante sur leurs achats. La taxe promettait d’impacter les plateformes sans impacter les consommateurs, mais évidemment cette promesse n’avait aucun sens économique.
Si vous faites vos emplettes de matériel électronique en ligne, vous connaissez probablement AliExpress. Le temple de la vente internationale, la place de marché planétaire, le lieu de pèlerinage des composants. Un site souvent cité dans le lot des trois que l’on met en avant pour justifier la taxe sur les petits colis avec Shein et Temu. Mais AliExpress propose bien davantage que des vêtements et des gadgets. Le site est la référence en électronique pour trouver des composants absolument indisponibles en France. Des références exotiques qu’aucune boutique ne propose plus.

Ce chargeur de batterie commandé en mai 2026 à 1.52€ les deux pièces pour un projet a largement augmenté de tarif. Ce type de produit est proposé dans ces eaux tarifaires depuis de nombreuses années.

En novembre 2019 par exemple, lors d’une promo, j’ai acheté 10 unités identiques de ce même produit pour 1.86 €. Chacun de ces modules ne coûtait que quelques centimes.

Le même chargeur chez le même commerçant que pour ma dernière commande est passé à 5.29€ les deux pièces. La taxe petits colis « indolore » est bien passée par là.
Tout le monde commande au même endroit, tout le monde est taxé
AliExpress facture de la TVA aux acheteurs européens avant de la reverser aux différents pays concernés. La place de marché joue le jeu depuis des années en laissant apparaitre sur chaque commande le prix des taxes suivant les pays. La différence principale entre un achat en France ou en Europe dans un magasin d’électronique et un achat sur AliExpress, c’est que le site européen se fournit en amont chez un des fabricants qui vend lui directement sur AliExpress… Vous évitez donc un intermédiaire.
Une société qui revend du matériel stocké en Europe, cela a du sens, et suivant notamment la disponibilité de ce que vous achetez, il est parfois valable de commander dans une boutique spécialisée plus locale. Pour un projet urgent ou un dépannage rapide, commander en Chine va poser un souci de délai avec souvent entre 10 et 15 jours entre la commande et la réception de votre composant. Avoir un relais qui stocke les pièces et qui vous livre en 2 ou 3 jours est donc parfaitement justifié, et cela entre en ligne de compte pour comprendre le prix proposé. Ainsi, il n’est pas rare de voir des éléments vendus 1 ou 2 € les 10 unités sur AliExpress se retrouver à 5 ou 6 € en local. On paye le fait que le produit soit proche. Une boutique comme MC Hobby en Belgique est également une mine d’or de conseils et de compétences. Éléments dont il faut apprendre à se passer ailleurs. Tout cela justifie leurs tarifs.
Mais pour beaucoup d’autres produits, notamment en électronique, on fait du réassort. On va commander un paquet de résistances, de condensateurs, d’interrupteurs, de LEDs et autres. Et là, la distance n’est plus un problème.

Depuis l’entrée en vigueur de la taxe Européenne sur les petits colis, les prix d’AliExpress ont largement augmenté. Les 3 € de taxe par type de produit que doivent payer les marchands se font sentir… Et les paniers ont explosé. Si les chantres de la Fast Fasion sont finalement peu impactés avec des vêtements qui sont passés de 12 € en moyenne à 15 €, les vendeurs de composants et leurs clients sont beaucoup plus exposés.
Un projet électronique classique avec une dizaine de composants vendus quelques euros chacun il y a un mois est désormais surtaxé de dix fois 3 € supplémentaires. Un panier de produits qui coûtait 15 € au total est passé à… 45 €. Le fait que le législateur ait choisi de taxer aveuglément les produits de 3 € par type de produit a un impact énorme sur certains achats et presque aucun sur d’autres.

L’idée vaporeuse des acteurs / payeurs qui cache bien mal le fait que le consommateur paye, parfois injustement, plusieurs fois la taxe.
La double peine de la taxe petits colis et de la TVA
Mais le pire est que cette augmentation de prix pratiquée par les vendeurs pour absorber la taxe petits colis est largement amplifiée par la TVA qui apparait par-dessus. Ainsi mon projet qui ne coutait que 15 € de composants en juin 2026 avec 20% de TVA coute désormais 45 € en juillet 2026 avec… toujours 20% de TVA. Je paye largement plus de taxes que de produits et je paye en plus une taxe sur cette taxe.
Pire que cela, les vendeurs n’ayant aucune idée de comment gérer cette taxe, le client final est impacté même si les produits ne devraient pas être taxés.

Un exemple ? En février dernier, j’ai commandé ces LEDs WS2812 pour un projet. Elles étaient proposées à 3,09 € les 5 pièces. TVA comprise.

Aujourd’hui, les mêmes LEDs du même vendeur sont proposées à 6.19€ TTC. La taxe petits colis a largement fait augmenter le prix.

Mais si je rajoute un autre lot de LEDs du même type, vendues par un autre commerçant qui a lui-même appliqué une hausse de tarif pour compenser la nouvelle taxe, je me retrouve donc à devoir la payer deux fois. Je ne peux pas y échapper alors que le texte prévoit bien que ces deux produits identiques devraient être taxés une seule et unique fois. Le fait que les vendeurs aient appliqué l’augmentation sur le prix des produits en amont ne me laisse pas le choix.

L’impact de cette taxe sur les petits colis est particulièrement visible lorsque l’on achète des lots. Si la plateforme AliExpress n’a pas – pour le moment – la possibilité de gérer les produits en provenance de plusieurs commerçants pour fusionner les taxes sur des éléments de nomenclature identiques, les vendeurs ont de leur côté bien compris le procédé. Ci-dessus, un module de chargement de batterie 18650. À la pièce, il est proposé à 4.09€. Il y a encore quelques jours, il était vendu entre 50 et 70 cents.

Mais si j’en commande 10 unités, la taxe petit colis est diluée dans le lot. Et là, le prix à la pièce « fond » à 0,74 centimes. Et c’est logique puisque les 3 € de taxe sont divisés par 10, cela n’impacte donc plus que de 30 cents chaque produit. Pour 20 unités, le prix de chaque élément est de 55 centimes… Et on tombe à 0,44 centimes par 100.
Le mécanisme de la taxe vise à côté et ne résoud rien
Rien n’est prévu dans le mécanisme de cette taxe pour améliorer la surveillance des produits entrant dans l’Union européenne. Les 3 € par colis sont dérisoires par rapport à leur trafic. Les 5.8 milliards de colis de ce type réceptionnés dans l’UE en 2025 ne vont pas diminuer et la taxe ne suffira jamais à permettre aux agents de vérifier la qualité des produits importés. Le résultat de ce changement est donc uniquement une entrée d’argent pour les États membres.
La taxe sera plus ou moins visible sur les paniers, mais ne va vraiment pas impacter les secteurs de la même manière. Je reste persuadé qu’une entreprise de Fast Fashion comme Shein ou de gadgets comme TEMU ne sera pas empêchée par l’apparition de la taxe petits colis. Encore une fois, leurs prix vont augmenter de manière bien moins visible que d’autres secteurs parce qu’ils vendent essentiellement des produits finis. Et surtout ces marques ont la possibilité de cumuler les éléments identiques, taxés une unique fois, en mettant en avant l’intérêt d’en commander plusieurs via des incitations et des réductions. Autrement dit, si le prix de leurs produits vont bien augmenter de manière marginale, ils peuvent finalement faire de la taxe petits colis un argument d’achat pour augmenter leurs ventes.
Acheter un pantalon à 15 € le premier et, en ajoutant, un second pantalon à 15 €, voir apparaitre une « ristourne » de 3 € sur le second qui sera uniquement liée au fait que la taxe petits colis ne s’applique qu’une seule fois par type de produit. Ou proposer un T-shirt à 15 € pièce et en faire la promotion pour une paire à… 27 €. Tout cela ne prendra probablement que quelques jours pour être mis en place par la Fast Fashion si ce n’est pas déjà fait.
Pour les composants électroniques ou l’informatique et autres produits vendus sur AliExpress, la donne est différente. Chaque produit a augmenté de manière importante et la TVA est collectée sur la totalité de ceux-ci. Le résultat de cette taxe petits colis risque donc de ne pas donner les résultats espérés. On aura d’un côté les acteurs principalement visés parce qu’ils vendent des produits non conformes à nos règles, qui ne vont pratiquement rien sentir. Et de l’autre, des vendeurs annexes qui payent la TVA et qui fournissent déjà les boutiques Européennes de composants qui vont impacter énormément les Européens.
Non seulement cette taxe petits colis ne va probablement rien résoudre au problème de la Fast Fashion et des produits non conformes, mais il commence déjà à coûter très cher au client final qui paye plusieurs fois ces 3 € de manière injustifiée. Le seul moyen de compensation est assez triste, il consiste à diluer la taxe en achetant plus de produits que nécessaire… Soit en augmentant le nombre des éléments pour répartir la taxe, soit en dépassant les 150€ à partir desquels elle n’est plus en vigueur. Au vu de l’impact de ces 3 € multipliés à l’infini sur les paniers d’électronique, il va être rapidement beaucoup rentable de commander énormément de produits plutôt que projet par projet. Et donc faire transiter encore plus de produits… Pas vraiment, je suppose, le résultat escompté.
Taxe sur les petits colis, adieu les 2€ français et bienvenue aux 3€ européens
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L’avantage de cette taxe, c’est d’être un fantastique étendard des mauvais choix politiques et économiques de l’UE, et de ses conséquences sur les gens, sur nous, sur nous tous, au final.
Être Maker chez moi, le week-end, avec de l’électronique à bas prix, c’était un de mes derniers plaisirs (ma maladie ne permets plus beaucoup de choses, à part d’utiliser mes yeux et mes mains).
Merci à l’Europe de détruire ma spontanéité créative en taxant de 1000% mes composants.
Oui, 1000%, quand tu prends 3€ de taxe sur des produits parfois à moins de 30 centimes.
Et je pense que personne ne réalise que les prix Aliexpress, qui ont pourtant fortement augmenté ces 10 dernières années (je suis client depuis la première heure), ne sont finalement qu’un juste prix.
Et que ce sont les prix qu’on voit en France, sur plateforme ou en magasin, qui sont incroyablement délirants.
(* pour ceux qui vont chouiner, veuillez simplement comparer le prix unitaire de composants électroniques à quelques centimes -déjà très chers, au final- face à -par exemple- un lecteur dvd à 30€ qui en contient des milliers ).
Je suis convaincu que ces délires vont continuer, et s’accumuler.
Je n’ose imaginer jusqu’où ça va nous mener, et très très vite…
Merci à Pierre pour la qualité de l’article, au sujet difficile, et à tous les intervenants dans les commentaires.
@Luc:
1. Il y a clairement eu du dumping sur la partie logistique. Il y a 10 ans j’avais acheté une carte SD à un vendeur de Hong-Kong, il y avait un timbre (à l’époque sur l’enveloppe) et sa valeur était de 0,50€. Si je voulais envoyer cette même enveloppe dans le sens retour c’était 20 fois le prix. Cela a mis à l’époque les postes européennes en KO, car avec les accords postiers internationaux la poste d’origine ne reverse rien à la poste qui distribue localement. Envoyer un paquet depuis la Chine ne coûtait rien ou quasi-rien et c’était une volonté du gouvernement central pour écouler les marchandises.
2. Puis y a eu la technique du « bourrage des conteneurs » à une époque, Pierre avait fait un article détaillé à ce sujet. Grosso-modo, dans les conteneurs remplis de gros objets à exporter de la Chine (dont le transport est payé par ces gros objets), il reste encore plein d’espace dedans, et les petits colis bourraient ces espaces vides, parfois même à en devenir un système de calage, plutôt que de mettre de la mousse. Evidemment ça ne coûtait rien ou quasi rien à envoyer ces colis.
3. Et il y a finalement et surtout le renversement de la chaîne de valeur globale. Avant ces plateformes le produit était fabriqué pour pas cher en Chine (main d’oeuvre pas cher, prix de l’énergie sponsorisé par le gouvernement, etc…) et l’essentiel de la valeur payée par le client finale allait à l’importateur et le distributeur, tous deux en Europe. La valeur restait en Europe. Désormais lorsqu’un particulier peut commander un objet unique directement à un vendeur chinois, l’intégralité de la valeur va en Chine.
4. avec ce renversement de chaîne de valeur, il leur est possible d’investir dans la logistique locale. Pour conserver encore une fois une partie de la valeur entre leurs mains. Alors certes le petit livreur final je ne sais pas combien il est payé, mais celui dans un entrepôt logistique et de tri en Europe je doute qu’il croise un jour le moindre inspecteur du travail pour vérifier que ses conditions de travail, contrats voire papiers… En France et en Belgique je ne sais pas trop, mais en Italie ces entrepôts logistiques sont une joint-venture entre des organisations logistiques chinoises et des organisations italienne généralement connues pour faire exposer les voitures des juges ( https://www.internazionale.it en avait parlé il y a plusieurs années).
Quand tu fais du dumping assez longtemps et que ainsi tu as détruit toute la concurrence, alors ensuite tu peux augmenter tes marges. Les produits à l’époque vendus quelques dizaines de centimes, sont désormais à quelques Euros. Je vais faire une analogie avec le Carrefour Market qui s’était installé près de chez moi, et à 30m d’un boulanger. Au départ Carrefour vendait ses baguettes de pain à 60 centimes, après plusieurs année maintenant que le boulanger a coulé, Carrefour vend les baguettes à 1,20€