Solu : Une minimachine collaborative sous Tegra K1 et Linux

Solu, une minimachine étrange qui mêle Cloud, Linux, abonnement, Tegra et travail collaboratif. Un truc un peu bancal en recherche de financement sous Kickstater. Petit zoom sur un OVNI du marché PC.

Solu, c’est une sorte de pot-pourri des trucs qui sont à la mode. Réunis sous la bannière d’une campagne Kickstarter, on retrouve un petit boitier très design qui propose une expérience d’informatique dans les nuages.

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L’idée de base est la suivante, un petit boitier très travaillé qui propose dans une coque minimaliste un outil au double usage. D’un côté, on retrouve un engin plein de connectique qui se branchera comme d’habitude à un écran, un clavier et une souris pour donner un accès à des programmes et vos contenus au travers d’une forme de Cloud spécifique.

De l’autre, on retrouve un boitier portable, autonome, avec une batterie et un petit écran tactile qui peut s’utiliser en solo. Comme une mini tablette.

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L’offre est intéressante, elle rappelle un peu la proposition de Google avec Chrome OS. On extirpe les données et le contenu de la machine pour les transférer dans un serveur distant de telle sorte que la machine n’importe plus, les logiciels ne sont plus stockés sur l’objet mais tout est en ligne. L’intérêt est de permettre une implantation facile de ce type d’engin même dans des machines ayant peu de puissance et presque aucun stockage. D’ailleurs, Solu ne met pas l’accent sur ce point dans son offre.

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Le petit objet propose,  dans 10.2 cm de côté pour 1.3 cm d’épaisseur, un équipement de grosse tablette : Un SoC Nvidia Tegra K1 quadruple coeur Cortex-A15 avec son élément graphique Kepler à 192 coeurs. La mémoire vive est de 4 Go en LPDDR3 et un stockage de 32 Go est intégré. Solu précise que ce stockage n’est pas vraiment accessible, il s’agit en fait d’un “cache” qui permet le traitement des données qui restent en réalité en ligne.

La partie écran est assez efficace, il s’agit d’un affichage très spécifique qui propose du 1440 x 1440 en 450 points par pouce. Toute la partie supérieure est tactile et servira aussi bien à piloter l’engin que comme une sorte d’extension au combo clavier et souris habituel.

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Un port USB Type C permet de déporter des signaux vidéo avec une prise en charge de la 4K. Le Wifi intégré est décevant avec un module 802.11a/b/g/n sur deux bandes. Pas de AC pour cet engin basé avant tout sur le Cloud et sans prise Ethernet, un petit peu dommage tout de même. Une connexion Bluetooth 4.0 sera également présente.

La batterie, enfin, est une 1200 mAh, ce qui n’est pas forcément une très bonne nouvelle pour l’autonomie de l’engin en solo : Le Tegra K n’est pas la proposition la moins gourmande, le Wifi et l’écran devront également consommer leur ration de puissance, et on peut se demander combien de temps l’utilisateur pourra exploiter cet engin loin d’un fil.

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Derrière l’idée de ces machines désincarnées, dont la mémoire et les ressources logicielles sont externalisées sur la toile, il y a évidemment l’image d’un grand confort. Celui d’une absence de sauvegarde, de risque de plantage, de virus ou de vol de votre matériel. Vous ne risquez donc pas de vous faire mal à la gorge lorsque votre machine tombera par terre .

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Votre Solu casse, vous le perdez ou quoi que ce soit d’autre, ce n’est pas un souci : Tout est stocké en ligne, sur les serveurs maison de Solu qui accompagnent la machine. A condition de passer à la caisse bien sûr, l’offre est propriétaire et coûte 19$ par mois pour 2 Téraoctets de données. Une bonne base qui peut être étendue à 5 To et des services en plus pour 49$ par mois. Ces tarifs comprennent en outre des services supplémentaires comme un bouquet de logiciels collaboratifs, une assistance téléphonique et des services business.

Le très petit abonnement de base, 1€ par an, vous permet juste d’accéder aux fonctions de base de travail collaboratif et aux outils de départ.

Autre problématique, la connexion nécessaire à l’usage de l’objet : Sans une très solide bande passante, le Solu risque de devenir compliqué à vivre si l’on compte réellement en faire un outil de travail.

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L’autre problématique est assez évidente, outre le prix de base de cette solution, on a le tarif d’un abonnement minimal de 228$ par an pour réellement exploiter l’engin. Une rente pas désagréable que les créateurs du projet qui ont tout intérêt à gommer au maximum. La machine de base du kit spécial Kickstarter était proposée à 299$, mais même à ce prix, le coût d’utilisation global aura quasiment doublé au bout d’une année d’utilisation. Désormais le kit de base coûte 349$ auquel il faut ajouter chaque année un minimum de 228$ pour s’en servir… 577$ la première année, 805$ la seconde, on arrive à 1033 $ au bout de 3 ans. Impossible de revendre, impossible de se passer d’un abonnement puisque rien de ce qui est stockage ou logiciel ne vous appartient. On est totalement coincé, dépendant du système.

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L’objet est donc joli, séduisant mais fort cher. Pire il peut rejoindre facilement la galaxie des objets connectés disparus dans les limbes du réseau. Qui se souvient des nombreux objets qui n’ont pas rencontré le succès espéré et se sont vu tout simplement abandonnés par leurs créateurs ? Que l’on parle d’objets connectés ou d’autres machines plus abouties, c’est le type de solution qui est à la merci d’un soucis technique, d’une mauvaise gestion financière de la maison mère ou de quoique ce soit d’autre. Si Solu disparaît, évolue ou abandonne ce projet de base, vous vous retrouverez avec un objet qui ne pourra plus se connecter à ses serveurs et restera donc comme un joli presse papier sur votre bureau.

La problématique est exactement la même sur un Chromebook à la différence qu’il est difficile de voir Google disparaître du jour au lendemain. La Start-Up Solu a les reins un peu plus fragiles que le géant Google.

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Au final, Solu est un joli concept, une sorte de Chromebox en bien plus classe avec plein de bonnes idées dedans. Mais cela me parait à la fois assez hasardeux et compliqué d’investir la somme demandée pour l’objet et ses services à long terme. Une simple Chromebox fera le même travail ou, mieux encore si vous avez les moyens d’investir un peu plus, un ordinateur classique portable ou non. Sur un ordinateur de votre choix vous pouvez installer une distribution libre de type Ubuntu, créer des sauvegardes personnelles en local mais également acheter un NAS pour sauvegarder vos données via votre réseau pour y accéder de partout. Si vous voulez être sur de ne rien perdre, des hébergeurs de données en ligne proposent des stockages importants contre un abonnement de base assez faible. Et vous voilà paré, avec un outil qui pourra évoluer, libre et complet. Mais surtout indépendant et dont vous maîtrisez le contenu et les données.

 

6 commentaires sur ce sujet.
  • 3 novembre 2015 - 12 h 23 min

    Je suis tout a fait d’accord avec ton analyse : c’est joli, mais c’est très cher pour un truc full cloud.
    Je rajouterais qui plus est que, en l’état actuel, ce n’est pas open source! Il disent peut être l’envisager si le projet a beaucoup de succès mais pour l’instant tout est fermé et pas vraiment documenté : on ne peut que croire leurs belles promesses de sécurité.

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  • 3 novembre 2015 - 12 h 25 min

    @Pacemk: Je l’ai même pas notifié car là c’est une promesse sans aucune contrainte ni aucun objectif. Envisager peut être si ça marche, sans fixer d’objectif à ce “si ça marche” c’est vraiment pas assez précis pour y croire.

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  • 3 novembre 2015 - 13 h 28 min

    Tous les défauts de l’informatique actuelle rassemblés en un seul “service”. Le rêve d’enchaîner l’utilisateur est ainsi poussé au bout de sa logique.
    Refusons cette saloperie avec toute la virulence possible.

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  • 3 novembre 2015 - 18 h 51 min

    C’est très cher mais ça n’a aucune importance car ça rassemble exactement tout ce dont je ne veux pas…

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  • Xo7
    3 novembre 2015 - 19 h 02 min

    De plus en plus sous de faux prétextes on nous pousse a consommer de l’abonnement…. Le 21e siècle sera le siècle de la consommation et du prélèvement automatique… un vrai monde a l’Américaine ou une grande partie de la population vie a crédit (pour ne pas dire dettes). Tout le monde s’y met…gare aux découverts… ce monde dématérialisé a outrance ou plus rien ne t’appartient que ce soit ton compte en banque, ton logement (la taxe foncière est une sorte de location) et ta vie privée (réseaux sociaux et vendeurs de liste-merci la poste, les impôts…) me fait peur! On est très loin du siècle des Lumières. Au 21e siècle l’homme n’existe que si il consomme ou est consommé… le reste ne sert qu’a subvenir a cette réalité…. j’ai plombé l’ambiance desolé mais quand je vois un tel produit avec de tels couts et de telles conditions d’utilisation c’est qu’il doit bien y avoir de gros paquets de couillons pour que cela soit tenté…a chaque tentative de ce genre Big Brother se rapproche sournoisement mais surement…

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  • 3 novembre 2015 - 21 h 39 min

    En effet, le mot linux dans le titre m’a attiré ici, mais j’ai vite déchanté, cela fait presque mauvaise presse !
    Si encore l’objet était gratuit… pour ensuite payer l’abonnement (un peu comme les Nespresso ou les imprimantes), mais là, c’est cher au départ et tous les mois ; pour un usage plus que limité AHMA.
    Bref, je fuis, mais c’est un joli objet et je préfèrerai nettement mieux avoir Ubuntu Touch :)

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