Vous connaissez tous l’histoire du beau prince qui vient réveiller une princesse endormie en l’embrassant1, la version moderne de ce conte est un tout petit peu moins glamour. Un petit peu plus technique et tout aussi haletante.
C’est une vidéo que j’ai découverte samedi un peu par hasard et qui m’a littéralement hypnotisé. Ici point de château endormi, de sorcière, ni de dragon, pas de princesse dans un couffin de cristal, pas plus sortilèges ni d’animaux gazouillants. Non, la belle est une machine. Un robot. Un de ces bras articulés que l’on voit travailler en général dans le secteur industriel. Cueillant de lourds morceaux de carrosserie, manipulant comme une brindille des objets très impressionnants. Soudant, déplaçant et répétant sans relâche des tâches ingrates. Un de ces objets qui fascine autant qu’il fait peur. Par son absence de volonté et parce qu’il pourrait vous écraser sans la moindre émotion si vous passez dans son champ d’action. Un implacable morceau de ténacité, entièrement gorgé d’entêtement programmé.
Ce robot, tout robuste qu’il soit, n’est pourtant qu’un Achille en puissance. Il n’a beau n’être qu’un bras. Il possède un talon. Une maladie qui gangrène toutes les machines ces dernières années. Un mal insidieux que nous connaissons tous : l’obsolescence.
Ce bras robot a eu une première vie, dans un monde où on prenait soin de lui parce qu’il avait une grande valeur. Un vrai petit prince. Chouchouté par des ingénieurs aux petits soins. Si les tâches à effectuer étaient rudes, il avait droit à un bon graissage régulier, des mises à jour, une surveillance attentive. Il faut dire qu’il coûtait des dizaines de milliers de dollars. Il travaillait sans relâche, effectuant des tâches sans jamais rechigner. Avec une modestie impressionnante. Jamais un mot plus haut que l’autre, jamais un regard de travers. Pas de plaintes, pas de larme, une machine.

Jusqu’au jour où… Ah on aurait bien aimé qu’elle dure encore un peu la machine. Mais voilà qu’une simple petite batterie rend l’âme et la mémoire de l’engin s’envole. Un de ses composants saute, un petit court circuit ou une chauffe insignifiante. L’engin qui coutait une fortune ne donne d’un coup plus aucun signe de vie. Incapable de se mouvoir, de répondre, d’obéir. Il se transforme alors instantanément en un tas de feraille encombrant. On appelle la société de maintenance qui dit qu’elle ne peut plus faire grand chose. Trop vieux. Plus de pièces détachées, pas vraiment de documentation, l’engin là, ils n’en veulent pas un nouveau ? Alors un petit tour aux archives, un email à la comptabilité. On se renseigne sur l’amortissement. Quoi ? Vingt ans déjà, il va falloir le remplacer. Un Fenwick entre dans l’usine, on déboulonne la bête comme la statue d’un ancien roi et on stocke le tout sur le parking, dans un coin, posé sur une palette qui plie sous son poids. Son remplacant qui est arrivé est plus léger, plus souple, plus pratique, plus fort. On patiente un peu, on lui jette un regard en passant par là. Du moins au début. Et après, c’est l’habitude. C’est un meuble, on ne le voit plus. On l’oublie vite.
Jusqu’au jour où il faut faire de la place, alors on prend quelques photos, on colle une petite annonce et si cela n’interesse vraiment personne, on le proposera à la feraille. C’est idiot parce qu’il marche encore très bien cet engin. Les moteurs tournent toujours, les roulements sont impeccables. S’il n’y avait pas cette histoire de composant brûlé ou de mémoire perdue, on pourrait très bien le reprogrammer. Enfin, si on avait les outils, la documentation et les pièces nécessaires pour le faire.

Et c’est exactement comme cela que notre vidéaste s’est transformé en prince charmant. Il a trouvé son bras robot qui trainait au fond d’un entrepôt d’entreprise. L’a payé 200$ à condition qu’il vienne le chercher. La machine avait beau couter 40 000$ neuf, il ne faisait plus qu’encombrer…
Le reste est dans la vidéo en intro de ce billet. Un marathon de compétences techniques entièrement déployées pour faire revivre l’engin. Remplacer les pièces abîmées, comprendre comment lui parler, créer les interfaces, programmer, monter, démonter et arriver à proposer un pilotage ultra fin et réactif. Assez pour qu’un passant puisse se saisir de son interface et s’en servir imémdiatement naturellement.
Toute la vidéo est impressionnante, on n’en sort haletant devant un tel déploiement de compétences et de tenacité. L’auteur n’arrête pas une seconde. Il explique toutes les étapes, les pièges à éviter, les chemins tortueux à prendre pour parvenir au but. Une véritable quête et un résultat absolument incoyable. Et que va t-il faire de son apprentissage ? De ses compétences et de toutes les informations accumulées ? L’ensemble va être publié en Open Source sur Github de manière à ce que d’autres puissent s’encorder derrière lui et partir à l’assaut du même Everest.
Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai toujours vu les contes pour enfants comme une manière de comprendre le monde quand on est petit. Saisir les notions de courage, de respect, d’humilité. Un peu comme des fables avec un peu plus de sucre et de guimauve. Cette histoire là n’est pas sucrée, elle sent le composant cramé et la sueur, mais si on devait illustrer quelque part la ténacité, on pourrait sans doute poser ce bras robot sur une stèle.
Bravo à l’auteur.
Retrouvez sa chaine Youtube ici : Excessive Overkill, il a également une page Patreon et un Discord.
Notes :
| 2,5€ par mois | 5€ par mois | 10€ par mois | Le montant de votre choix |




Décidement on regarde les mêmes vidéos :D
J’ai déjà trop de vidéos à regarder mais si Pierre s’y met aussi à donner envie de regarder des vidéos comme cela je vais devoir poser des jours de vacances !!
:D
Moi qui cherchais une machine pour touiller le sucre dans mon café !
Merci pour la découverte !
Typo : « on stocke le tout sur le _parcking_ »
Un point de super-glue, un canapé, et tu as une des meilleures attractions du Futuroscope à la maison 😎
Idéal pour un simulateur de Vol ;D suivant le poids embarcable ^^
Sérieusement, ces robots 6 Axes sont à recalibrer annuellement, c’est juste du réglage de positions. Annuel.
Il y a un entretient/remplacement/graissage des joints tournants.
Et un remplacement annuel des faisceaux de câblage, 1 journée de boulot par le service de la marque, environ 1500€ le faisceau.
40 000€, c’est moins que le coût d’un smicard Français pour un patron sur 1 an. Et là il bosse en 3×8.
Je rejoins l’entousiasme de ne pas détruire des objets dont la structure survivrait 100 ans.
Une petite pensée pour tous nos véhicules électriques qui ne feront pas 10 ans…
Une si jolie Histoire ne saurait être complète sans une Morale:
Entre la Belle au Bois Dormant et le Bras de Robot, l’un choisira le Robot et l’autre, tôt ou tard, finira par l’envier.
Bonsoir Mesdames 🙂
Un truc de ouf ! Le vrai phénomène c’est le gars, il est multicompétent !
Comme souvent dans ces vidéos YouTube, ça a l’air facile et on ne mesure pas le talent de l’auteur.
Il faut une sacrée montagne de connaissances et de pugnacité pour se lancer dans un truc pareil, d’autant plus si c’est pour tout publier en open source à la fin.
Vraiment, chapeau bas…
Hmmmmmm….
Désolé d’être à contre-courant, mais je ne trouve rien, absolument rien de réjouissant dans cette histoire.
Bon d’abord, même si je fais de l’anthropomorphisme à ressentir de la peine pour les machines mises à la ferraille, là on pourrait quand même ne pas oublier que les robots mettent des millions d’ouvriers au chomage de par le monde.
Alors bon la pitié pour le robot qui met des gens au chomage, la « magie-han » de l’industrie-han, elle repassera.
Et ensuite, ben merde il faut des compétences ça je suis admiratif, mais il faut surtout avoir un sacré paquet de fric, d’espace de travail chauffé, d’outils et de temps libre pour faire ça.
Perso je trouve ça un peu une lubie accessible uniquement à des CSP+++ de la tech en californie…
ai-je tort ?
Je dis ça, j’ai moi même voulu aider un ami maçon arménien, dans leur village ils avaient un tractopelle en panne, l’ECU avait pris la foudre et j’ai échoué à réparer cet ECU malgré avoir refait plein de pistes, changé plein de composants.
j’aurais bien aimé avoir le 10e du temps et de l’argent que ce mec a dépensé pour réparer son robot inutile, pour moi même aider ce village arménien où les gens ne sont pas riches mais ont un coeur gros comme ça…
Et c’est bien de mettre les plans en opensource, ce serait 1000 fois mieux de faire du retroégeneering sur le controleur d’origine.
enfin voilà.
Désolé de casser l’ambiance :)
@gilles:
« Bon d’abord, même si je fais de l’anthropomorphisme à ressentir de la peine pour les machines mises à la ferraille, là on pourrait quand même ne pas oublier que les robots mettent des millions d’ouvriers au chômage de par le monde.
Alors bon la pitié pour le robot qui met des gens au chômage, la « magie-han » de l’industrie-han, elle repassera. »
Alors oui, mais dans ces cas-là, jette ton PC non ? Les PC ont mis au chômage des centaines de millions de gens de par le monde. Est-ce la faute d’un môme épris de robotique si les robots ont changé l’industrie mondiale ? Autre question peut être plus intéressante, est-ce que le problème n’est pas plutôt dans le système autour de l’outil ? Regarder Charlot se battre avec une chaine de montage des « temps moderne » est-il plus réjouissant que de se dire que l’homme pourrait se débarrasser de ce type de corvée ? Le problème n’est-il pas que lorsque la mécanisation a été inventée on pensait que l’homme allait pouvoir trouver d’autres débouchés à son intelligence ? Que tout le monde aurait plus de temps pour des loisirs, de l’apprentissage ? Je pense que personne ne veut faire ce que ce type de robot fait. Les bonnes questions sont alors peut être : Est-ce que tout ce que ces robots produisent est vraiment utile. Puis est-ce que l’économie permise par ces robots ne pourrait pas être mieux redistribuée ?
« Lubie accessible a des CSP++ en Californie »… Oui, peut-être, et alors ? Est-ce qu’un passionné qui a envie de faire de la robotique et qui en a les moyens se doit ne pas le faire parce que d’autres n’ont pas les mêmes moyens ? A quel niveau faut-il s’arrêter d’avoir des loisirs pour être « fréquentable » ? Certains gamins n’ont pas de vélo, pas de ballon, pas de chaussure et même pas de quoi manger. Est-ce qu’en attendant que tout le monde soit sur un pied d’égalité, l’ensemble des mômes de la planète doivent se priver de tout loisir ? À partir de quel moment est-ce juste ?
L’auteur a entamé son aventure robotique à 16 ans… Quelle est sa part de responsabilité dans l’état du monde ? Dois t-il passer sa vie assis par terre en attendant que le monde soit plus juste ? Souhaites-tu cela pour tes proches ? Je veux dire, ce môme qui se passionne pour tout ça a certainement des moyens, il se fait également financer par une cagnotte en ligne. Mais pour un petit Soudanais, le fait d’avoir un ballon de foot ou un PC est un luxe de CSP++++++++.
« j’aurais bien aimé avoir le 10e du temps et de l’argent que ce mec a dépensé pour réparer son robot inutile »
Au vu des vidéos, ce môme a passé tout son temps libre dès ses 16 ans à ne faire que cela, de la robotique. Il a forcément plus de temps qu’un adulte ayant un métier. Et il a également connu plein d’échecs. Son robot « inutile » n’est pas plus « inutile » qu’un abonnement à une salle de sport, que la lecture de romans ou la pratique de l’aquarelle. L’utilité de son robot, c’est juste son auto-formation personnelle. Et c’est déjà énorme.
« Et c’est bien de mettre les plans en opensource, ce serait 1000 fois mieux de faire du retroégeneering sur le controleur d’origine. »
Outre le fait des éventuels problèmes légaux du partage d’un tel travail de rétro-engénierie. Cette autoformation se complète en plus avec le partage libre et gratuit de plans OpenSource. Exiger un travail de rétro-ingénierie part évidemment d’une bonne idée, mais est-ce simplement possible ? Non seulement énormément de composants sont créés sur-mesures pour ces machines. Mais certains, plus communs, sont noyés dans la résine pour ne pas être retrouvés. Le travail pour parvenir à cette ingénierie serait éventuellement possible pour un ou des ingénieurs confirmés et passionnés. Et, étonnamment, ce jeune homme est en passe d’en devenir un. Reprocher à quelqu’un son manque de compétences (parce que retrouver comment marche la machine d’origine c’est une autre paire de manche que de contourner ce système en proposant un contrôleur alternatif.) tout en l’empêchant de gagner en compétences parce que ce ne serait pas juste puisqu’il a eu la chance de naitre dans une famille qui lui permet de mener à bien ses expérimentations, c’est compliqué.
Accessoirement, cela veut dire que mes enfants n’auraient pas le droit d’avoir un ordinateur que j’ai reçu en test parce que ce n’est pas juste qu’ils en aient un via mon boulot alors que ceux de mes voisins n’en ont pas.
Qu’un fils de restaurateur puisse apprendre à faire à manger dans la cuisine pro de son papa parce que d’autres gamins n’ont pas cette chance.
Ou que le gamin d’une garagiste puisse apprendre la mécanique sur une épave avec les outils de sa maman.
Je comprends ton aigreur suite à ton aventure Arménienne, mais le responsable n’est pas ce gamin un peu fou à l’autre bout de la planète. Le responsable c’est le constructeur du tractopelle qui n’a pas documenté son électronique. C’est à lui qu’il faut en vouloir, pas à un gamin qui crame ses Week-End depuis des années pour son projet un peu dingue. Tout en achetant une alimentation de labo et un oscilloscope au lieu d’une tenue de Judo ou une console de jeu.
Personnellement, si un de mes gamins se lançait avec une telle conviction dans ce type d’aventure, je le seconderais du mieux possible. Comme je le fais déjà pour leurs loisirs sportifs, culturel ou éducatif.
Merci Pierre pour cette découverte
Je suis ravi de voir un tel entêtement
Incroyable cette video, ça redonne foix en l’inteligence humaine.
Quel pugnacité !
J’aimerai avoir 25% de ça technique…
Chapeau bas.