Le prix de la mémoire explose, la DDR5 est au plus haut, la DDR4 lui a emboîté le pas. Gros point fort pour cette dernière. Elle est massivement déjà en place sur la grande majorité des PC. Pour faire face à la crise actuelle, les deux géants que sont AMD et Intel n’ont pas beaucoup de solutions. Une d’entre elles est de ne pas tout changer.

Et ne pas changer choque en informatique. Tout le monde a été biberonné par un discours de mise à jour technique et d’obsolescence permanente. Les constructeurs comme les fondeurs de puces ont tous fait de la rythmique cadencée et annuelle de leurs produits un tempo à suivre pour rester au meilleur niveau. Reste que derrière ces annonces de gain de productivité et d’efficacité permanentes, les usages réels n’ont pas forcément progressé partout. Dans le monde de l’entreprise par exemple, certains réflexes d’évolution sont plus comptables que techniques. On change parce que c’est le bon moment, parce que tout est amorti, parce que les concurrents ont changé ou par peur de ne plus être à la page. Mais derrière, on ouvrira la même suite bureautique et on enverra les mêmes mails sans tirer beaucoup plus de mémoire ou de puissance du processeur.

Intel et AMD le savent, ils ont donc bien compris qu’il était possible de faire durer leurs gammes avec un peu de cosmétique pour répondre à des besoins d’entreprise. Le programme pour 2026 semble donc se confirmer avec le retour de certaines générations de puces.
Chez Intel par exemple, on va retrouver des puces Core de 14ème génération. Des modèles « Raptor Lake Refresh » qui vont faire un tour de piste supplémentaire sur leur plateforme LGA1700. Le fondeur a confirmé la poursuite de leur production en parallèle des nouvelles puces Panther Lake. L’info vient de Robert Hallock, un des vice-présidents et le directeur général du marketing technique client chez Intel.
La raison est assez simple, les puces sont tout à fait suffisantes pour piloter un ordinateur classique en 2026. Si certains usages vont aller chercher un rendement le plus efficace possible, énormément d’autres utilisateurs n’effleurent qu’à peine les capacités de calcul de ces processeurs. Qu’il s’agisse de particuliers ou de professionnels, une grande majorité des processeurs en 2026 ne sont pas exploités à leur plein potentiel.
Les avantages de ces processeurs Raptor Lake Refresh pour Intel comme pour les clients. D’abord ils sont gravés en Intel 7 ce qui ne les fait pas entrer en concurrence frontale avec les lignes de production 18A. Les deux gammes peuvent être produites en parallèle. Les puces Arrow Lake-S, de nouvelle génération, profitent de cœurs toujours produits par TSMC mais dans un agglomérat de tuiles assemblées ensuite par Intel. Rien qui ne va empêcher leur production. Au contraire, cela permet de rentabiliser à plein les lignes Intel 7 pendant cette période compliquée.
Cela permet également de profiter de deux éléments techniques importants. Raptor Lake Refresh est à la fois monté sur un socket LGA1700 mais il est également capable de prendre en charge la mémoire DDR4 comme la DDR5. Pour Intel, c’est une aubaine en ce moment. Qu’il s’agisse d’assembleurs ou de clients finaux, conserver cette plateforme signifie pouvoir faire évoluer des millions de PC d’une puce à l’autre sans avoir à tout changer. Cela permet également de faire durer des bases techniques plus longtemps : cartes mères, systèmes de refroidissement et même alimentations ajustées au maximum pour des machines de grandes marques internationales.
Le maintien de la mémoire DDR4 va également permettre d’alléger la note en cas de transition. Un contact qui gère une société de recyclage de machines d’entreprises, dont le travail consiste à proposer des certificats de destruction de données pour les flottes de PC d’entreprise d’un côté et la revalorisation de ces machines auprès d’un nouveau public de l’autre, me confiait que le marché avait bien changé ces derniers mois. Moins de machines disponibles, des engins en moins bon état et surtout… plus de mémoire vive à bord. Toutes les barrettes de RAM étaient désormais conservées par les entreprises alors qu’elles étaient laissées en place auparavant. Non seulement la source se tarit, mais les machines qui lui parviennent ne sont plus aussi facilement recyclables.
Et on comprend que pour une entreprise avec un service informatique qui peut recycler la mémoire vive de ses postes, la dépense technique peut être beaucoup plus basse avec un processeur Raptor Lake Refresh. On pourra éventuellement juste changer la puce, mais si l’achat d’un poste neuf est obligatoire, il pourra être choisi sans mémoire vive en recyclant simplement celle existante. Même en ne considérant que l’achat d’un PC neuf, la DDR4 reste beaucoup plus disponible et moins chère que la DDR5 actuellement.
Et M Hallock de préciser que les fabricants de cartes mères allaient proposer des plateformes originales, capables de prendre en charge à la fois de la DDR4 et de la DDR5. ASRock serait déjà sur les rangs et d’autres devraient suivre1. Dans tous les cas, l’usage d’un Raptor Lake Refresh avec de la DDR4 ne changera pas grand-chose pour un utilisateur lambda. Même pour un utilisateur expert, à vrai dire. La majorité des usages ne sera pas si différente d’une machine à l’autre à l’œil nu. Si les logiciels de benchmarks attesteront bien d’une différence insupportable à certains, il leur sera toujours possible de dépenser les sommes nécessaires pour réunir le meilleur de chaque composant.
Au vu du contexte actuel, je doute que tout le monde ait envie de changer un PC acheté au début 2025 avec 32 Go de DDR4 pour une bouchée de pain pour un modèle similaire avec 32 Go de DDR5 pour un énorme morceau de brioche.

Chez AMD, même combat pour le maintien de la DDR4
On avait vu un premier recul dans la course au « toujours plus » il y a quelque temps. AMD avait en janvier commencé par dire que finalement, employer de la mémoire vive en DDR5-4800 par rapport à de la mémoire vive DDR5-6000 ce n’était pas si grave. Que les gains étaient en dessous de 2% sur la totalité des scénarios en jeu. Un changement de discours qui apparaissait alors que les prix des mémoires les plus performantes s’envolaient à toute vitesse.
AMD annonce désormais qu’il va faire jouer les prolongations à sa plateforme AM4. Une vétérante du monde PC, ce qui n’est pas un défaut. AM4 est sortie en 2016 et fête donc son dixième anniversaire. Elle a connu les microarchitectures du renouveau de la marque : Zen, Zen+, Zen2 et Zen3. Ce socket est ultra rentabilisé et profite d’un énorme parc installé même si tous les chipsets ne seront pas forcément compatibles avec les dernières puces déployées.
Pour AMD la transition repose sur une stratégie de rafraîchissement de ses gammes avec des puces mises à jour en ajoutant de la mémoire à bord des processeurs. La fameuse technologie 3D V-Cache. Les puces sont boostées avec plus de cette mémoire cache ajoutée littéralement par-dessus la puce. Un empilement qui donne droit à cette fabuleuse trouvaille marketing « 3D V-cache ».

On retrouve, par exemple, le tout nouveau Ryzen 5 5500X3D, une puce développant six cœurs Zen 3, pour douze Threads avec des fréquences allant jusqu’à 4 GHz et surtout un cache L3 de 96 Mo. Le tout est gravé par GlobalFoundries en 12 nm. Pas le processeur le plus sexy sur le papier, mais qui fera un excellent boulot de transition pour cette période 2026 très compliquée. Un de ses atouts majeurs ? La prise en charge de mémoire DDR4 jusqu’à 128 Go en double canal. Un CV qui lui donne une place de choix pour venir remplacer un processeur vieillissant dans une tour sans avoir à tout changer à l’intérieur.
Vous l’aurez compris, quand le marché va mal, les marques changent de perspective. D’un positionnement poussant vers un futur de performances toujours plus élevées, elles s’intéressent désormais également à un présent beaucoup plus réaliste. Il vaut mieux vendre des puces sur une plateforme plus ancienne et moins glamour, compatibles avec des technologies déjà en place, plutôt que de ne rien vendre du tout.
Source : Wccftech
Notes :
| 2,5€ par mois | 5€ par mois | 10€ par mois | Le montant de votre choix |





Merci pour l’info, j’ai justement 2x8Go de DDR4 qui ne demandent qu’a être recyclées. Et je me disais qu’il devait sans doute avoir un afflux de config sur le marché de l’occasion vendues dépouillées de leur barrettes de mémoire. Mais je n’ai pas encore regardé de près.
« je ne toucherais pas à ce genre de carte même avec un bâton. »
Ah bon, qu’est ce qui te pousse à dire ça ?
@Luc: A chaque évolution du marché de la mémoire, il a existé ce type de cartes de transition. Et à chaque fois c’est au prix d’une performance bancale ou de problèmes de pilotes. Cela a peut-être évolué, mais j’avoue que je ne suis pas chaud pour m’y essayer.
Ok je vois. Merci Pierre.
Ce n’est pas dans mes intentions d’acheter du neuf de toutes façons.
Je me permets de reproposer une blague à la Michel Denisot : j’ai des adaptateurs SIPP vers SIMM à disposition.
Plus sérieusement le problème de conserver la mémoire (mais la problématique n’était pas la même, la seule différence entre les 2 types était le connecteur) date donc au moins de cette période (milieu années 80).
Attends, tous ces anciens CPU n’ont pas forcément de NPU. Comment va-t-on faire avec des PC non estampillés Copilot ? MS va devoir trouver une pirouette.
Je suis quasiment sur qu’un ordinateur en usage courant -bureautique, navigation, media center- aurait presque la même réactivité avec 16 go de DDR2 un minimum qualitative qu’avec 16 go de DDR5 actuelle (hors usages jeux récents ou rendu), c’est avant tout la plateforme derrière (composants cartes mères et processeurs) qui feraient une vraie différence.
@Le Breton Donc une vitesse de transfert x4 ou 5 n’aurait pas d’incidence ?
@Jle: boaf, ça ne m’empêche pas de dormir ;)
@PM encore une fois ça dépend de l’usage. Effectivement il se peut que pour votre activité cette augmentation de vitesse permet un gain (financier) important mais pour un particulier quelconque ?
@xb27 Justement, j’en suis un ! Et si je compare mon USB Linux sur Asus 1015B DDR3, puis sur un NUClike DDR4, c’est TRES sensible. Jusqu’à en devenir insupportable. Donc entre du DDR2 (sur quoi ???) et du DDR5, (même si personne n’est confronté à un tel choix) « yapafoto ».
@Pierre Lecourt:
Le pb c’est ici surtout qu’ils vont devoir supporter une double connectique car les formats de barrettes diffèrent… et il s’agit d’une connectique très sensible (on est désormais au delà des contraintes d’un cache de niveau 2 d’il y a 25 ans, quand ils étaient encore externes).
Sinon, côté soft, un contrôleur mémoire est initialisé tôt par le BIOS (ou équivalent sur architectures non x86) selon les paramètres SPD embarqués par la barrette et s’en démerde!
Point de drivers ici (pas même côté BIOS/DXE): Si l’init DDR ne passe pas, on va pas très loin… car tant que c’est pas fait on fonctionne avec des contraintes élevées, en premier lieu la pile nécessaire au moindre appel de fonction est alors placée dans une SRAM interne… ou on compte sur le cache processeur interne, profitant du déterminisme alors fort d’un démarrage sur du code bare-metal et sur le fait qu’on n’aura pas de mécanisme de flush cache->DDR (donc débouchant alors sur… rien!) si on fait très attention à son utilisation des ressources.
@yann: Je sais qu’un fabricant m’avait expliqué que la pile de cartes HS que j’avais en boutique en double DDR était liée à des soucis variés. Entre la multitude de pistes déployées mais également des soucis d’optimisation qui avaient été compensés par des mises à jour de pilotes plus ou moins véreux en pagaille ET des BIOS à n’en plus finir. Je n’ai pas beaucoup écouté ses explications, j’ai renvoyé une pile de cartes en SAV et réclamé un avoir pour en acheter d’autres en mono DDR.
@PM c’est ce que j’appelle un problème de riche. Soit le gain financier d’une mémoire plus performante compense l’augmentation du prix de la dite mémoire (et donc ce n’est pas un problème) soit il ne le compense pas et donc il faut faire le dos rond, accepter un gain moins important voir nul mais qui permet de continuer l’activité et attendre des jours meilleurs grace aux gains déjà acquis.
Évidemment ma réflexion est très générique ne connaissant pas le domaine qui est le vôtre.
Si les entreprises gardent leurs barrettes, ça veut dire que Dell, HP ou Lenovo leur vendent des barebones ?
@aka_mgr: Oui, ou que les entreprises achètent l’option minimale et elles rajoutent ensuite de la mémoire.
[…] du marché comptent sur ces mémoires plus anciennes pour tenter de tenir les prix à la baisse. Les mouvements récents d’AMD et d’Intel pour proposer de faire durer certaines architec… capables de prendre en charge des composants DDR4 en sont un bon indice. La publication des […]