On en plaisantait avec l’autre Pierre sur Bluesky, lancer une Raspberry Pi 4 3Go un premier avril n’est pas une bonne idée. Malgré la promesse qu’il ne s’agissait pas d’une blague, le doute subsistait. C’est d’autant moins drôle que s’il ne s’agissait vraiment pas d’une blague, cela signifiait que le marché des SBC faisait un pas de plus vers sa tombe.
Pas de surprise ici, la Raspberry Pi 4 3Go est annoncée comme une solution pour compenser la forte hausse des composants. Dans le même esprit que la version 1 Go de la Pi 5 annoncée en décembre dernier. Les cartes de développement sont particulièrement touchées par ces hausses. Beaucoup plus que les PC plus traditionnels. Et pour cause, leur équipement est à l’os. Pas de boîtier, pas de stockage, pas de logiciel, pas de batterie, pas de superflu pour encaisser une partie du coût global. Si on additionne ce qui équipe une carte comme une Raspberry, on a un peu de quincaillerie technique de ports et des composants, un SoC Broadcomm, de la mémoire vive et un circuit pour la gestion du sans-fil. Il doit bien y avoir quelques royalties diverses en plus mais d’un point de vue tarif, sans compter le montage et la R&D, les cartes n’ont pas de surcoût.

C’est un gros avantage en règle générale car cela permet de tirer les prix vers le bas. Mais en cas de perturbations comme en ce moment, c’est évidemment beaucoup plus compliqué. Si la mémoire vive occupe une partie importante du prix de votre carte par exemple, le fait qu’elle augmente considérablement aura un impact extrêmement fort sur l’ensemble. La solution Raspberry Pi 4 3Go permet de diminuer la pression.
| Produit | Capacité (RAM) | Augmentation de prix |
|---|---|---|
| Raspberry Pi 4 et 5 | 4 Go | 25 $ |
| Raspberry Pi 4 et 5 | 8 Go | 50 $ |
| Raspberry Pi 5 | 16 Go | 100 $ |
| Raspberry Pi 500 (unité seule et kit) | — | 50 $ |
| Raspberry Pi 500+ (unité seule) | — | 150 $ |
| Raspberry Pi 500+ (kit) | — | 150 $ |
| Compute Module 4 et 4S | 1 Go | 11,25 $ |
| Compute Module 4, 4S, 5 | 2 Go | 12,50 $ |
| Compute Module 4, 4S, 5 | 4 Go | 25 $ |
| Compute Module 4, 4S, 5 | 8 Go | 50 $ |
| Compute Module 5 | 16 Go | 100 $ |
| Kit de développement pour Compute Module 5 | — | 25 $ |
| Raspberry Pi AI HAT+ 2 | — | 50 $ |
Cela se ressent particulièrement chez Raspberry Pi qui augmente le tarif de ses produits de manière importante. 100$ de plus pour le Compute Module 5 16 Go, 150$ pour le Raspberry Pi 500+ Kit, 100$ pour le RPi 5 16 Go, 50$ pour les versions RPi 4 et 5 en 8 Go. C’est énorme, surtout si on additionne cela aux augmentations qui ont déjà eu lieu. Les anciennes cartes sous LPDDR2 ne sont pas affectées par la hausse.
En plus de ces annonces de hausses généralisées, la Raspberry Pi 4 3Go est annoncée. Auparavant cette carte était disponible en 1, 2, 4 et 8 Go de mémoire vive LPDDR4. Une nouvelle solution 3 Go est donc bien mise à disposition du public. A un prix élevé mais moins important que la 4 Go. 83,75 $ HT c’est le tarif annoncé pour cette nouvelle solution. La version 4 Go est à 120€ en France pour le moment mais elle est en rupture partout. Elle devrait donc augmenter de quelques dizaines d’euros d’ici peu et probablement atteindre les 150€. La version 3Go devrait logiquement coûter entre 90 et 100€ pièce.

Raspberry Pi 4 3Go : une rustine technique sur une problématique bien plus globale
L’idée de cette Raspberry Pi 4 3Go est de tenter de conserver un produit « relativement abordable » pendant la crise de la mémoire vive. La marque qui a fait sa réputation autour de deux grandes idées n’en a plus qu’une à mettre en avant. Son projet d’ordinateurs personnels ouverts et capables de piloter des projets externes existe toujours. Mais l’idée de proposer une solution à la portée de toutes les bourses a désormais fait long feu.
On ne jettera pas la pierre à la marque sur ce point, elle subit une inflation énorme du prix de ses composants comme tout le monde. Son volume se compte en millions d’unités chaque trimestre et il ne lui était pas possible de stocker des modules de mémoire pour faire face à cette crise. Reste que la marque a perdu son attrait. Les forums et autres communautés autour du projet Pi sont moins vifs, parfois déserts. Certaines communautés très actives proposaient de nouveaux projets originaux chaque semaine. Aujourd’hui, on retrouve surtout des demandes d’aide sur des bugs variés.

Il y a un an jour pour jour, le site Tomshardware.com avait une rubrique « Raspberry Pi » sur sa page d’accueil. Elle a depuis des mois totalement disparu.
Les constructeurs proposaient des extensions en tous genres avec des possibilités nouvelles ou des optimisations de produits existants. Aujourd’hui, l’actualité autour des Pi se réduit à peau de chagrin. En conséquence, certains sites qui avaient des rubriques Raspberry Pi sur leur page d’accueil les ont fait disparaitre au profit d’autres produits.
Cette apparition d’un Raspberry Pi 4 3Go ne changera pas la donne. Si l’ajout d’une carte Pi à 40€ dans un panier pour monter un projet, tenter l’aventure d’un Linux ou pour développer ses propres idées ne posait aucun problème. Devoir débourser plus du double fait beaucoup plus réfléchir. Surtout si on prend en compte les « petits » à-côtés nécessaires à la mise en production de ces cartes : carte mémoire, alimentation, câbles et éventuel boitier. Les MiniPC low-cost avaient déjà fait énormément de mal à l’offre jusqu’à la moitié 2025, la hausse des prix des composants semble vouloir l’achever.

Raspberry Pi n’est pas seul à souffrir
Le monde des SBC tout entier est en pleine déconfiture. Alors que les pages de Minimachines étaient rythmées par des annonces de SBC en pagaille à la même époque l’année dernière, le marché est au point mort. Raspberry Pi peut compter sur son nom et son volume pour assurer son stock. La marque dispose également d’un énorme carnet de clients professionnels qui paieront des cartes quoi qu’il arrive. L’intégration de ces produits dans des engins industriels étant, pour le coup, une goutte d’eau dans le prix global des machines vendues.
Mais les autres constructeurs de SBC qui se sont largement engouffrés dans le sillage des Pi souffrent. La mémoire a non seulement explosé en tarif, mais leur capacité d’achat est sans aucun rapport. Certains ne se font plus livrer depuis des mois. D’autres n’ont des composants mémoire qu’au compte-gouttes. Certains réfléchissent à proposer des supports SODIMM sur leurs solutions… puis finissent par jeter l’éponge devant la difficulté technique et le fait que cela ne résoudrait finalement rien au problème pour le client final. Un petit tour sur les boutiques de ces marques montre des étals vides, des produits à commander mais sans date précise de livraison…
Des fabricants ont déjà quasiment changé de métier, travaillant dans l’ombre à la conception de circuits pour d’autres entités. Reléguant leur métier de développeurs de cartes au second plan. D’autres ne savent pas vraiment comment s’en sortir à moyen et long terme. Enfin, certains ont décidé de ne plus sortir de nouveautés dans ces conditions. Une nouvelle carte trop chère n’aurait aucun succès. « Ce serait aller droit dans le mur ». Entre l’incertitude des livraisons, les augmentations de prix au dernier moment et le risque de ne rien vendre… Beaucoup s’abstiennent.

Des puces de mémoire LPDDR4 Rayson, celles qu’utilise Raspberry Pi pour ses cartes
Une situation « temporaire » qui risque de s’éterniser
Raspberry Pi indique que ces hausses sont conjoncturelles et je veux bien les croire. La marque n’a aucun intérêt à s’éloigner des objectifs de base qui ont fait son succès. Lorsque la mémoire baissera de prix significativement et sur la durée, la marque baissera le prix de ses produits. Reste à savoir quand cette baisse interviendra. Si pour Raspberry Pi, l’appui industriel sauvera sans doute la situation, une crise de composants qui se prolongerait trop longtemps fera sans doute des ravages sur de nombreuses autres marques du marché.
| 2,5€ par mois | 5€ par mois | 10€ par mois | Le montant de votre choix |





Recalbox en pls…Dur maintenant un clone de mister fpga est plus intéressant pour du retro gaming.
@agemon
L’équipe Recalbox doit certainement déjà réfléchir à d’autres matériels pour Recalbox, le Steamdeck venant de faire son entrée.
Mais effectivement le Pi semble déjà derrière nous…
Punaise, c’est un bon paquet de projets diy qui vont devoir attendre, ou pire, tomber a l’eau…
Pas sûr pour le prix hypothétique de 450 € HT… Les mini-PC sous HX 370 étaient pas loin des 1000 € en 32 Go de RAM *avant* la crise.
Quand je regarde d’autres machines sur Amazon par exemple le Minisforum UM890 Pro en 32 Go de RAM, il est actuellement à 815 €, là où j’avais payé 710 € (avec un SSD de 1 To au lieu de 500 Go) avant la crise.
Donc l’envolée des prix est extrêmement relative suivant les constructeurs et les modèles, mais pas toujours si grande que ça.
Merci Pierre pour cet article.
Ce qui sauvera peut être RBPi de la faillite, c’est leur clientèle Pro. Elle a été privilégiée lors du COVID, aujourd’hui elle va payer, mais au moins, elle va continuer à tourner.
Tandis que nous autres, nous réfléchirons bien 36 fois avant de mettre une/des centaine d’euro dans un RBPi (s’il y en a en stock).
Par contre, pour Radxa, FriendlyElec, OrangePi, BananaPi etc, ça va être très très difficile de survivre je pense :/
Une page se tourne on dirait.
Car, si du coté des ESP32, les prix sont à la hausse aussi, la facture reste acceptable.
Il y a des produits très aboutis (Par exemple: ne manquent que la 4G et la certitude que ça marche pour celui là (100$ environ quand même) ;)
Habituellement optimiste, je vois ça comme la New Wave ou le New Age des ordinateurs personnels ouverts et capables de piloter des projets externes (…). Un peu comme dans l’esprit du RBPi du début: des tonnes de tutos en ligne, des outils de développement à foison et surtout, il y en a pour toutes les bourses et pour tous les gouts :)
@Luc: RPi est loin de la faillite. Les pros sont effectivement derrière. Ce sont tous les petits qui souffrent.
Pour nos petits projets, il faut se rabattre sur les microcontrôleurs, RP2040 et RP2350 ou ESP32 comme l’indique Luc. Ce sont de bons terrains d’expérimentation avec de nombreux capteurs disponibles… Moins facile d’accès mais le challenge participe à la satisfaction ! 😅
J’ai un faible pour la Pimoroni Presto, son socle, son écran et ses nombreux capteurs compatibles QW/ST.
@aka_mgr: Oui les ESP et autres RP sont « sauvés » par les spécificités (et la maigreur) de leur mémoire embarquée.
C’est dommage pour le diy, par contre pour un certain nombre de projet ( ceux qui ne nécessitent pas d’embarqué ) la solution de virtualisation sur mini pc d’occasion devient clairement moins cher.
@aka_mgr: Oui les gens vont enfin arrêter de prendre un raspberrypi pour y coller simplement un capteur de température (mon cheval de bataille depuis des années !). ESP8266/ESP32 c’est un monde complètement génial, à la fois prêt à utiliser (ESPHome / Tasmota) ou pour développer soi-même (SDK Arduino ou ESP-IDF).
En parallèle ils vont aussi découvrir tout ce qu’on peut faire avec un RaspberryPi qui n’a « que » 2Go de RAM.
Avec mon premier RaspberryPi (256Mo de RAM !), j’ai piloté ma piscine pendant une 10aine d’années :
– page web interactive (Python) + API
– mesure de température
– relais pour la pompe et l’éclairage
– antigel (faire tourner la pompe en cas de menace de gel)
@gUI: Oui mais faut aussi penser que pas mal de projets diy ont pu se faire grace a la monté en puissance, et en en RAM, de ces SBC.
A titre d’exemple, le traitement audio ou vidéo, en temps réel, demande pas mal de ressources.
Et puis, on voit bien qu’avec le temps, les « makers » ont appris a rationaliser projets/hardware/software, l’offre est plus vaste qu’a l’arrivé des premiers RPI.
Donc, je pense que le problème reste entier, qu’il n’y aura pas la possibilité de se rabattre sur des cartes, moins puussantes, pour pas mal de projets.
@Madwill: 2018 : Python + OpenCV sur RPi 3B+ (1GB de RAM) : https://www.framboise314.fr/i-a-realisez-un-systeme-de-reconnaissance-dobjets-avec-raspberry-pi/
Si, on peut faire pas mal de trucs avec « seulement » 2Go de RAM ;)
@gUI: Je n’en doute pas mais pour un DSP embarqué, audio ou vidéo, qui va gérer plusieurs plugins d’effets, avec une latence ultras basse, 2GB Ram deviennent extrêmement limites.
Il y a de plus en plus de projets qui demandent de la puissance (amateur ou pro) et ce, parce que l’offre hardware est la, et même pour les pro, cela va compliquer les choses (les prix 2 ou 4GB sur du cm3, cm4 et cm5 augmentent pas mal aussi), monter ses prix de 25% environs, ça va devenir difficile à vendre.
PS:quelque machines chez Korg ou d’autres tournent sous rpi, et on va voir pas mal de machines passer de 400 a 500€, pas simple a vendre cette augmentation sans évolution technique, comme pour les PC…
@Madwill:
Au rythme où vont les choses, mes vieux Raspberry Pi 1 vont peut-être prendre de la valeur XD
@Rémi: Je disais la même avec mon rpi 4 4GB période covid, avec humour évidemment, je suis (malheureusement ?) dénué d’ambition financière, spéculer n’est pas dans mon logiciel 😅
Merci Pierre
N’est ce pas le moment de passer nos projets sur un mini elitebook g1 avec un core i5 trouvé pour une poignée d’euros sur lbc?