Trendforce, cabinet spécialisé dans la surveillance du marché informatique, tire la sonnette d’alarme. Le stockage, après les circuits graphiques, est la nouvelle victime des serveurs montés pour piloter les besoins des diverses Intelligence Artificielles actuelles.
L’onde de choc est déjà visible, les prix du stockage ont augmenté depuis cet été. Qu’il s’agisse de solutions mécaniques ou de SSD, plusieurs sociétés ont pris les devants en ajoutant une belle poignée d’euros à leurs tarifs. Et cela ne devrait pas s’arrêter.
C’est le résultat d’une combinaison totalement anormale par rapport au marché classique. On a d’abord un élément délirant qui est la force d’achat des sociétés qui conçoivent ces IA. Alimentées par des dizaines de milliards de dollars de capital risque, ces sociétés ne sont absolument pas rentables et ne cherchent pas à l’être pour le moment. L’argent coule à flot et ils l’investissent au maximum pour devenir l’IA la plus performante possible. Cela passe par des achats de circuits graphiques au de gamme destinés aux calculs mais également par des capacités de stockage très importantes composées de SSD et de HDD. Avec un portefeuille qui déborde littéralement de dollars, ces compagnies sont prêtes à acheter à tous les prix pour sécuriser leur développement. Laissant derrière elles très loin des sociétés plus classiques qui doivent produire, quant à elles, un bilan comptable positif en début d’année.

Pour se donner une idée de l’impact de la construction de Data Center aux US. Voici un schéma de Bloomberg qui montre que très bientôt la construction de nouveaux centres de données dépassera à elle seule la totalité des constructions de bureaux dans le pays.
Quand une société qui développe une IA annonce un prix d’achat au Gigaoctet plus élevé qu’un acteur classique du marché, ce dernier passe au second plan. Ce dernier ne peut pas se permettre de surenchérir d’un point de vue financier comme d’un point de vue marketing. À la différence d’une société qui développe une IA, l’acheteur traditionnel a des produits à vendre ou à rentabiliser.
La seconde raison est liée aux faibles investissements du marché sur le secteur du disque mécanique ces dernières années. En large perte de vitesse face aux SSD pour les particuliers comme pour les professionnels, l’industrie du stockage a surtout travaillé des produits spécialisés. Laissant de côté la production de masse des disques durs. À tel point que la production est clairement à la traine.
Ce délai est assimilable d’un point de vue économique à de la rareté. Et qui dit rareté dit augmentation des tarifs. En creux, on comprend que si un client fait un effort sur le prix, peut-être que son délai de réception pourrait se raccourcir. Mettez cela en face de sociétés qui ont littéralement des milliards de dollars de disponible pour investir et qui doivent impérativement le faire pour suivre leur logique économique et vous avez un problème. Si vous avez d’un côté un client prêt à payer un stockage particulier et adapté à son besoin spécifique à un tarif délirant. Et de l’autre une chaine de production plus généraliste qui vise un secteur plus large mais capable d’être réorientée vers un marché plus rentable. Le calcul est rapide.

Western Digital annonce une augmentation de ses tarifs qui fait suite à une demande sans précédent des produits de toutes les capacités de sa production. Il rejoint ici SanDisk qui a déjà augmenté son stockage de 10% en moyenne. Micron, de son côté, a totalement gelé des prix qui étaient jusqu’alors mécaniquement à la baisse en continu à cause du gain en densité régulier de ses productions. Et a même augmenté certains de ses composants NAND de 20 à 30%.
Les fabricants vont sans doute se servir de cette nouvelle manne d’argent frais pour développer des produits de stockage sur mesures pour leurs clients IA. Mais en attendant, la folie de ces développements pousse ce marché à acheter tout ce qui est compatible. Et si la solution doit passer par des mélanges de SSD et de disques mécaniques pour fonctionner, pas de soucis pour investir là-dedans. Les entreprises de services dans les nuages et autres gros consommateurs de stockage classiques vont devoir se rabattre sur des composants plus onéreux et continuer à alimenter la crise de ce marché. Et cela sans compter le risque que la bulle de l’investissement IA n’éclate enfin, que les robinets du financement magique ne soient coupés. Les investissements des fabricants de stockage dans des lignes de production spécifiques pouvant alors ne plus être rentabilisées.
Mauvaise nouvelle, ce constat fait pour le marché du stockage va probablement se répéter de la même manière pour la mémoire vive…
En fin de course, cela pourrait poser également de véritables problèmes aux fabricants d’ordinateur personnels. Il est très difficile de vendre un ordinateur sans stockage. Si la production délaisse ce secteur devenu moins rentable, c’est pourtant ce qui risque d’arriver. Avec tous les effets de spéculation qui en découleront. Il sera difficile pour les marques d’augmenter leurs tarifs pour un stockage équivalent. Les constructeurs se retrouveraient donc avec des choix compliqués. Le premier étant de recourir à des stockages de plus faibles capacités ou moins performants et donc un peu plus délaissés par les appétits d’ogre du reste du marché. L’autre est d’attendre de nouvelles générations de produits annexes, comme des processeurs, des affichages ou des circuits graphiques, pour construire des machines dont le mélange de composants produira un nouveau prix. Une technique qui permet en général de « noyer le poisson » du surcoût lié à un composant.
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On n’en fini pas de se faire léser avec toutes ces technologies gourmandes.
Le SSD NVME que j’avais acheté il y a presque 2 ans (grace à tes alertes) n’est jamais revenu à ce prix.
Maintenant je cherche de la DDR5 et je pensais prendre 64 go pour être tranquille dans le temps (et l’appétit d’ogre du futur windows 12) mais je vais me cantonner à 32 Go vu les prix.
Et bin il y en a qui vont bien se gaver !
Non parce que l’augmentation des prix dû au fait de la demande, c’est juste une histoire d’en profiter pour se faire plus de blé, ce n’est en rien mécanique. Votre boulanger n’augmente pas le prix de la baguette le dimanche, ni le prix des derniers croissants de la matinée…
@gUI
La chaîne d’approvisionnement c’est plus compliqué que çà lorsque la demande est élevé. Par exemple les fabricants sont obligés de contractualiser avec leurs fournisseurs pour garantir d’être couverts en composants sensibles si ils ne veulent pas arrêter leurs lignes de productions. Forcément ça a un coût et c’est le clients qui payent, mais au moins le client a son produit pour que lui non plus n’arrête pas ou ralentisse son business.
Ajoutons au stockage une crise énergétique à venir:
https://world-nuclear.org/our-association/publications/global-trends-reports/world-nuclear-fuel-report-2025
Pénurie d’Uranium à attendre ? Les IA vont coûter bien plus cher que prévu.
Et l’IA et les datacenters qui explosent et font que Nvidia commence à séirusement penser à limiter ses développements pour le grand public.
https://www.reddit.com/media?url=https%3A%2F%2Fpreview.redd.it%2Fnvidias-gaming-revenue-is-now-7-from-total-revenue-data-v0-utm935rbzple1.jpeg%3Fwidth%3D1080%26crop%3Dsmart%26auto%3Dwebp%26s%3D14dd4bcbf30a7b848e38566ceb8c2de3d94109dd
@Cinos: les ressources mondiales d’uranium connues en 2018 représentaient 130 ans de production, sans compter qu’on améliore toujours le « recyclage » et la mixité. Alors avant la pénurie, on aura d’autres soucis. Le problème sera surtout politique et à qui appartient quoi :)
@gepp
Pour l’IA, ça pourrait ne pas durer : https://www.youtube.com/watch?v=NvBl5lRPkLo
@Cid:
Le problème avec les prévisions c’est quelles se font avec l’état actuel, comme-ci on (les humains) allait se contenter de ce qu’on a.
Sans spolier la fin de l’histoire, on ne sait jamais gérer nos ressources. Preuve en est un président en plein délire fiévreux avec 8 EPR.
Dès que les premières tensions apparaîtront alors ça deviendra très compliqué et là au contraire du Golfe, impossible de s’approprier la resource sans risque.
@Kikimoo: la bulle internet a explosé aussi, mais il en reste l’usage et son marché massif. L’IA et les data centers ne disparaitront pas après une crise, ce sera juste un recentrage sur une progression moins exponentielle mais une croissance tout de même.
@gep: Ce qui risque tout de même de piquer c’est la facture des usages quand il va falloir rentabiliser les investissements.
@Pierre Lecourt: Et ils sont déjà à perte, chaque requète fait perdre de l’argent à ses compagnie.
C’est le fonctionnement habituel des startup de la silicon valley, pour ce qui est des GAFAM ils sont eux coutumier d’abandonner un produit rapidement si le ROI n’est pas là.
@Cinos : Dans le cas de Google et Microsoft, le « rapidement » se compte en années tout de même ^_~