Intel Processor : la fin logique des Pentium et Celeron

Introduits sur le marché en 1993, les Pentiums ne devraient pas souffler leur trentième bougie. La gamme va disparaitre en 2023.

Intel Processor sera donc le nom générique des futurs Pentium et Celeron à partir de 2023. Cette volonté d’Intel de ne plus faire appel à ses noms emblématiques des années 90 a évidemment une assez forte logique.

Avec les Pentium lancés en 1993, Intel a marqué son temps. Ces puces étaient très performantes pour l’époque et ce nom a permis à Intel de « devenir » Intel auprès du grand public. La marque Pentium a été celle qui a porté le monde des processeurs à la connaissance du Monsieur et Madame Michu. Des spots télés avec des types en combinaison argent, des images de synthèse montrant des entrailles d’ordinateurs… Le fameux « Tin tin Tin tin » que tout le monde reconnaissait alors. Le passage du 486 au Pentium a marqué l’arrivée des PC dans de plus en plus de foyers et non plus chez les passionnés. Ce processeur a simplement marqué l’arrivée de cette société ultra spécialisée du monde un peu ésotérique de l’informatique à un produit reconnaissable pour de la grande consommation.

Les gens voulaient un Intel Pentium et le nom  a d’ailleurs été construit pour cela. Il était plus facile de faire reconnaitre cette appellation que de faire retenir le barbare « 386 » ou « 486-DX4-100 » à quelqu’un qui voulait s’équiper.

Un Celeron sur Slot

En 1998, rebelote, Intel lance les Celeron. Des version moins rapides, moins chères, de ses processeurs avec toujours la même idée derrière la tâte. Pousser les différents acteurs de ce marché à choisir sa marque plutôt qu’une autre à grand renfort de publicité. Ces marques ont duré longtemps, très longtemps. Avec des Pentium, des Pentium MMX, des Pentium Pro, des Pentium II, Pentium III et Pentium IV et quasi systématiquement leurs pendants low-cost en Celeron. Puis sont arrivés les processeurs Intel Core au milieu des années 2000. Les Core 2 qui ont tout raflé sur leur passage, laissant les Pentium et Celeron loin derrière niveau performances. Comme un second choix.

Les Core ont évolué, largement, pour devenir les gammes que l’on connait : i3, i5 et i7. Des familles qui ont depuis changé d’architectures et de finesse de gravure pour arriver, de génération en génération, à ce que l’on connait aujourd’hui.

Intel Processor : la gamme va changer.

Intel a donc décidé d’abandonner les Celeron et Pentium en 2023. Et cela pour une bonne et simple raison à mon sens : L’architecture même de ses futurs processeurs. Avec Intel Processor, le nouveau terme qui servira à dénommer la gamme, la marque va englober un processus plus qu’une puce particulière. Pour construire un de ses processeurs, Intel prend une architecture précise, l’installe sur un bout de silicium et l’entoure de diverses fonctions. Il ajoute un peu de mémoire cache, un circuit graphique, des outils de communication et autres fonctionnalités externes comme la prise en charge du Wi-Fi6 ou le Thunderbolt. Toutes vont travailler ensemble.

C’est là qu’entrent en scène les nom des familles de ces puces. Sur les Pentium notamment, nous avons eu ces dernières années les Haswell, les Broadwell et puis la séries des « Lake » : Skylake, Kaby Lake, Coffee Lake, et enfin les Comet Lake, l’architecture actuelle. Avec une séparation en 2017 entre deux gammes pour les Pentium, d’un côté les « Silver » pour le milieu de gamme et de l’autre les « Gold » pour le  haut de gamme. Ce distinguo brouillait déjà les pistes. Les puces Silver des Pentium partageant leur architecture avec celles des Celeron – et des Atom – alors que les Gold se rapprochaient des Core.

Ce qu’il faut bien comprendre aujourd’hui avec ces noms, c’est qu’ils ne sont qu’un moyen de créer des gammes mais que les différences de performances entre un Pentium moderne Comet Lake et un Core i3 ne sont pas éloignées. Ce sont des marches qui se suivent dans un escalier de vitesse et de capacités. Depuis 2017 et la réapparition de l’Hyper Threading sur ces processeurs Pentium, les lignes sont beaucoup plus floues.

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Une interprétation d’un DIE de processeur Alder Lake

Dans le futur, Intel ne va plus construire ses puces de la même façon

Si Intel a décidé d’abandonner les gammes Celeron et Pentium, il faut bien comprendre que la marque n’a pas décidé d’arrêter de fabriquer des processeurs de ce calibre. Le marché en a besoin. Ce n’est pas parce qu’ils ne porteront plus le nom Celeron qu’il n’existera plus de processeurs de ce gabarit.

Ce qui explique à mon sens l’abandon de ces gammes, c’est qu’elles n’auront bientôt plus lieu d’être. La différence entre un processeur Pentium et un Core sera trop fine pour que cela ait du sens. Comme on l’a vu depuis l’annonce des processeurs de la gamme Alder Lake d’Intel, les puces de 12eme génération ne fonctionnent plus tout à fait comme avant. Le fondeur adopte une stratégie assez proche de ce que proposent les SoC ARM en additionnant des cœurs performants et rapides mais très gourmands en terme d’énergie à d’autres moins rapides mais plus économes. Ces derniers pouvant être déclinés en plusieurs variantes au sein du même processeur.

Alder Lake

Pour composer un Core i9-12900K par exemple, Intel propose 8 coeurs Performance pouvant aller à 5.2 GHz et 8 coeurs Efficient fonctionnant sur  une base de 2.4 GHz. La puce dispose de 30 Mo de cache et de 24 Threads, les coeurs Efficient ne gérant pas le multi Threading. Pour un Core i5-12600K, la recette change un peu avec 6 Coeurs Performance et 4 Efficient. Dans les deux cas un circuit graphique Intel UHD 770 est ajouté. 

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Alder Lake Mobile : Des puces allant de 5 à 55 Watts de TDP

Mais pour fabriquer un processeurs équivalent au Celeron et au Pentium, Intel ne va plus avoir besoin de choisir une architecture différente. Son système va lui permettre de créer, par exemple, une solution mélangeant un coeur Performance avec quatre coeurs Efficient. Il pourra utiliser une fréquence plus basse pour son coeur Performance et choisir un circuit graphique de son choix. On aura peu ou prou les performances d’un Celeron actuel transposé à cette nouvelle architecture. Pour un Pentium, pourquoi ne pas ajouter un second coeur Performance, quitte à baisser sa fréquence, et on a une puce 6 Threads à la fréquence voulue. Varier sur la consommation suivant la destination des machines, changer de circuit graphique, modifier différentes options. C’est la promesse d’Alder Lake Mobile.

Intel Processor : plus simple pour Intel pas forcément pour les utilisateurs

On imagine bien l’intérêt pour le fondeur de recourir à cette méthode. Cela rationnalise fortement la production comme le suivi logiciel des pilotes. Surtout, cette méthode permettra de fignoler des puces quasi sur mesures suivant les besoins de chaque machine. Vous voulez construire une tablette ? Pas de soucis, en délimitant les différents paramètres de votre processeur en nombre de cœurs et en fréquences, vous pouvez trouver le bout de silicium au comportement le plus avantageux suivant vos besoins en vitesse et votre capacité à l’alimenter et le refroidir.

Reste que si Intel vante la simplicité de sa nouvelle offre, il ne sera pas forcément des plus simples de lire et de comprendre ces gammes. On ne sait pas encore ce que cette mention Intel Processor cachera. On se doute qu’il y aura une appellation précise pour chaque gamme de puce mais il est difficile de savoir si le fondeur gardera une gamme Core pour les remplaçants des disparus.

Il faudra donc faire attention aux gammes, à leurs chiffres et à leurs contenus pour trouver le processeur le plus adapté à son usage. Les constructeurs vont probablement avoir beaucoup plus de souplesse dans leur choix de puces et cela a sans doute poussé à abandonner ces noms. Tout sera estampillé Intel Processor avec un code spécifique derrière. Si on peut espérer que les fabricants feront les meilleurs choix pour leurs différentes machines, on a tout de même le risque d’un énorme bazar difficile à cerner pour le néophyte.

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13 commentaires sur ce sujet.
  • 19 septembre 2022 - 11 h 37 min
  • 19 septembre 2022 - 11 h 38 min

    message à supprimer : « derrière la tâte » 😉

    Répondre
  • 19 septembre 2022 - 11 h 58 min

    Ce qui est un peu dommage, c’est qu’on aurait besoin de gammes claires non pas concernant les performances mais concernant les fonctionnalités supportées. Intel aurait pu continuer a utiliser ces noms pour clarifier ca, a moins que ca soit enfin harmonisé ?

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  • Xo7
    19 septembre 2022 - 12 h 12 min

    ça fait très Game of Thrones le déroulé de ce bel article !

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  • 19 septembre 2022 - 12 h 58 min

    @Raph: C’est pas trop mon rayon… J’ai des choses à en dire mais je doute que ce soit si simple que le seul point de vue de EVGA. Mais comme je n’ai ni creusé ni assez d’infos je vais m’abstenir plutôt que d’écrire des bêtises.

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  • 19 septembre 2022 - 15 h 31 min

    Si je puis me permettre, la motivation de nommer les processeurs a été de pouvoir protéger le nom/la marque ce qu’un nombre ne permet pas. Ce n’était pas que du marketing ;)

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Pentium_(marque) : « Pentium est une marque déposée par Intel en 1993 pour remplacer les nombres utilisés jusqu’alors (80286, 80386, 80486) et que ses concurrents pouvaient imiter (Am386, Cyrix Cx486SLC, etc.). »

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  • 19 septembre 2022 - 15 h 47 min

    @pilef: Oui, cela va de pair. Mais savoir que la pompe de ta machine à café est une 11254BZGX-R18 est pas très important. Savoir que le concurrent copie ta pompe en baptisant la sienne 441224BZGX-R18Pro est un autre point… Mais… tout le monde s’en fiche en fait.

    Si le marchand de machine a café commence a baptiser sa pompe « MEGABAR » et communique dessus en insistant sur la justesse de sa pression constante. Qu’il fait des pubs ou tu rentres dans la machine café de synthèse et que tu entends MEGABAR 15 fois par jour, il y a des chances que tu regardes si il y a un sticker à ce nom sur ta prochaine machine à café. Et cela va de pair avec le fait de protéger le nom MEGABAR évidemment.

    Jusqu’à l’arrivée du Pentium, seuls les initiés faisaient réellement la différence entre un 386, un 486, un DX2-66 ou un DX4-100. C’est le Pentium qui a fait entrer dans les mœurs la notion même de processeur et son importance. Cela a servi a protéger Intel mais surtout a « personnifier » le processeur, dévoiler ses compétences et son usage. Intel a marketé son processeur comme les fabricants de voitures ont marketé leurs moteurs : En alignant les fonctions, les compétences, les options. Le MMX, Les modes Turbo ou « Pro » avec des séries etc.

    L’un et l’autre vont de pair, qui dit Marketing dit protection des marques. Les deux étant indissociables et très importants. Intel aurait pu continuer avec 586, 686, 786… Mais la stratégie choisie était la bonne. Se faire connaitre du public a grand renfort de pub. Et pour avoir commencé a fréquenter ce milieu là a l’époque, le grand public entrait en boutique en demandant un « PENTIUM ». C’était très important pour eux, même si leur niveau d’expertise s’arrêtait ici.

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  • Koa
    19 septembre 2022 - 16 h 50 min

    Ca sent bientôt une expertise nécessaire en convention de nommage pour comprendre la gamme Processor en décryptant les suite de chiffre et de lettres derrière le nom :SeTapeLaTêteSurUnMur

    Répondre
  • gUI
    19 septembre 2022 - 17 h 38 min

    Pourquoi ne pas avoir créé la gamme i1 tout simplement ? Parce qu’on est d’accord que c’est bien la même architecture n’est-ce pas ?

    Répondre
  • 19 septembre 2022 - 17 h 40 min

    @Pierre Lecourt: Je continue de ne pas être d’accord avec ton explication.

    Tiré du wiki dont j’ai déjà donné le lien : « Avant d’utiliser le mot Pentium, Intel a successivement nommé les microprocesseurs de sa gamme dite x86 en Intel 8086, Intel 80186, Intel 80286, Intel 80386 et Intel 80486. Informellement, on abrège souvent ces derniers numéros en 286, 386 et 486. La 5e génération devait logiquement s’appeler Intel 80586. Or pour lutter contre la concurrence de plus en plus importante qui reprenait les trois derniers chiffres des numéros des microprocesseurs Intel (AMD am486, IBM 486, etc.), Intel a essayé de déposer ces numéros comme une marque, mais sans succès. En effet, Intel a toujours utilisé les numéros complets commençant par 80, donc les droits sur les derniers chiffres seuls ne furent pas accordés »

    Si Intel avait pu protéger 486, 586, etc ils auraient continuer avec des nombres. La motivation première était bien de protéger la marque.

    J’ajouterais – avec une pointe d’ironie – que je connais un constructeur automobile français à qui ça ne pose aucun problème d’utiliser des nombres (et uniquement des nombres) pour désigner ses modèles :D

    En tout cas merci pour cet article, car cela m’a permis de découvrir pourquoi Intel n’avait pas pu protéger des nombres X86 (alors que c’est techniquement possible en France puisque la Porsche 911 n’a pas pu s’appeler 901 car Peugeot avait déposé ce nombre). Je pensais que c’était spécifique aux US.

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  • 19 septembre 2022 - 17 h 54 min

    @gUI: Parce que ce serait trop dévalorisant ptet ? Les gens achèteraient pas en se disant que c’est la queue de peloton.

    @pilef: Mais en soit je suis d’accord avec toi. Je pense juste que au moment ou Intel s’est dit « il faut protéger cette part de mon business » cela a été le moment où l’informatique a commencé a vraiment arriver auprès du grand grand public. Et donc les deux éléments ont coïncidé. Il fallait protéger et il fallait faire connaitre. L’un ne vas pas sans l’autre.

    Mais encore une fois, si ni Intel ni AMD n’avaient décidé de faire de leurs puces des « stars » grand public, il n’y aurait aucune raison de les mettre en avant ou de s’inquiéter du fait qu’une société tierce copie une appellation technique. Si ça se trouve Schindler copie une appellation technique de moteur ou de gamme pour des ascenseurs issue des technologies d’Otis (ou inversement) mais comme personne n’en sait rien, le public visé est trop restreint et parfaitement informé, et bien ils laissent faire. Si un jour un des deux lance un produit grand public, ils veilleront a ne pas laisser la concurrence s’en approcher.

    Répondre
  • 19 septembre 2022 - 20 h 20 min

    @Pierre Lecourt.

    Pelonton c’est plutôt un nom de processeur AMD. ;-)

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  • 19 septembre 2022 - 23 h 20 min

    C’est là que je sens que j’ai pris un coup de vieux: je bavais devant les performances du Pentium 66 Mhz (qui était hors de prix….)

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