Googlebook : un nouveau format de portables, dopé à l’IA

Avec le Googlebook, le moteur de recherche ne cache pas ses ambitions, devenir une alternative plus générale à l’offre actuelle.

Le Googlebook débarque 15 ans après le lancement du Chromebook. Si les deux types de machines se ressemblent énormément d’un point de vue technique, leur usage est assez différent. Google pivote de la recherche en ligne et du Cloud vers l’IA. Et il veut faire de ces nouveaux portables les points d’entrée de son nouvel univers.

A première vue, différencier un Googlebook d’un Chromebook n’est pas si évident. Même marques partenaires avec Asus, Lenovo, Acer, HP et Dell dans la boucle. Même esprit technique avec une large étendue de plateformes compatibles et même esprit d’un système qui n’est que le greffon d’un serveur distant qui servira de poumon technique à chaque machine.

Sur le plan technique, il est difficile de voir ce que le Googlebook propose de différent d’un Chromebook. Mis à part un clavier équipé d’une touche « G » apparue à gauche de la barre espace, rien ne semble vraiment changer techniquement. Ces dernières années, le combat pour positionner sa marque sur le clavier est devenu assez sensible. Microsoft a imposé sa touche Copilot pour réveiller son IA maison. Google vis le même objectif avec le G de Gemini. Mais pour le reste, rien ne change vraiment, à priori.

Googlebook

Googlebook

On ne sait pas encore le détail des machines proposées. Les quantités de mémoire vive et de stockage embarquées à bord. Les puces réseaux et autres options de connexion. Les différents acteurs vont probablement avoir des recettes assez similaires, mais aucune fiche technique n’a fuité. Ce que l’on sait en revanche, c’est que la plateforme sera aussi ouverte que la précédente. Il sera possible d’embarquer des puces classiques du monde PC comme les processeurs d’AMD et d’Intel mais également des puces ARM comme celles de Qualcomm ou de Mediatek. Google recycle donc tout son écosystème actuel sous un nouveau nom. Et cela a son importance.

La césure Googlebook

Le format Googlebook aurait sans doute pu s’épargner d’exister, le moteur de recherche aurait simplement pu intégrer les nouvelles fonctions IA qu’elle veut pousser en avant dans son écosystème actuel. Après tout, cela fait 15 ans qu’elle investit énormément de moyens marketing pour promouvoir le Chromebook. Le plus logique aurait donc été de miser ses billes sur l’existant.

Problème pour Google actuellement, le Chromebook ne reflète pas vraiment les points techniques que le moteur veut mettre en avant. C’est d’abord une marque très connotée à l’entrée de gamme. Google a lancé son poulain en jouant à fond sur la carte du prix face à des machines Windows assez chères il y a 15 ans. C’était une stratégie opportune qui a relativement bien fonctionné sur le moment, mais qui a eu des conséquences à moyen et long terme. Pour une bonne partie du public, le Chromebook est et reste un sous-produit limité à des usages en ligne qui ne correspondent pas à leurs besoins. Si ce n’est qu’en partie vrai, c’est l’image qu’il reste pour beaucoup.

Assemblage d'images possible via Gemini

Assemblage d’images possible via Gemini

Comme le temps est sombre pour le monde matériel, tout le monde sait que les prix vont exploser, il est pratique de sortir de l’ornière Chromebook et de son approche entrée de gamme. Si le prochain engin de Google dépasse les prix symboliques que l’on est censé accepter pour une machine de ce type, il sera invendable. Changer de nom permet de remettre les compteurs à zéro, de changer le narratif de ces engins et donc de faire passer plus facilement la pilule d’un prix en large hausse. Personne n’est prêt à acheter un Chromebook ARM 8/256 Go de 14″ à 1000€. Un Googlebook a plus ses chances.

Pire que cela, Alphabet, la maison mère de Google, sait que les jours de son moteur de recherche sont comptés. L’avenir est à l’IA. Après avoir épuisé tous les moyens possibles pour transformer l’expérience de recherche par indexation, Google doit se rendre à l’évidence. Dans le futur, les gens ne vont plus demander une liste de références de sites, d’images ou de vidéos dans un moteur de recherche, mais passer par le questionnement d’un outil pour trouver des réponses. Il est donc temps de changer de formule, d’abandonner le vieux Google pour embrasser l’IA maison ! Gemini. Cela passe par un changement d’approche et de nom technique pour superviser la gamme.

Le Googlebook remplace donc le Chromebook désormais trop daté dans son image, son approche et dans ses usages.

L’écosystème dans les nuages reste mais la star devient Gemini

Ce que vend Google avec le Googlebook c’est Gemini. Tout est fait pour rendre l’IA maison de Google pratique et indispensable. Certains éléments secondaires sont là pour permettre de faire transpirer les habitudes de l’écosystème Android dans l’interface. Un système de partage est d’ailleurs intégré pour inciter à rester dans l’écosystème. On pourra donc piloter ses applications Android et communiquer avec son smartphone très facilement. Pas franchement une nouveauté à tomber de sa chaise à vrai dire. Les Chromebooks proposent ça depuis un bon moment.

Le principal avantage poussé en avant est donc bien l’IA Gemini. Un outil glissé tellement profondément dans l’interface qu’il ne sera même pas nécessaire de l’appeler via une icône ou une touche. Google a décidé de proposer un coup de baguette magique. Il suffit désormais de secouer son curseur à l’écran pour le transformer en outil IA. Une fois invoqué le génie de la machine, on pourra tour à tour lui demander d’analyser une image, de traduire un texte ou d’exécuter des actions spécifiques prévues dans les outils et applications compatibles.

Suivant la lourdeur des demandes, l’action IA à effectuer sera exécutée sur la machine directement en exploitant un très probable NPU embarqué à bord. Ou elle sera expédiée dans les nuages pour être traitée par un serveur de Google avant de revenir sur votre engin. Dans les deux cas, nous n’avons aucune idée de la capacité d’analyse, de traitement et de rétention d’informations exercée par Google. Si vous recherchez un nouveau smartphone en posant une question spécifique sur un équipement matériel, il est fort possible que cette information soit associée à votre profil précis. Il pourra ensuite servir à qualifier la publicité intégrée dans tout l’écosystème Google pour vous cibler vous en particulier sur les critères de vos recherches.

Une fois bien secoué, l'énorme curseur des Googlebooks se transforme en assistant Gemini

Une fois bien secoué, l’énorme curseur des Googlebooks se transforme en assistant Gemini

C’est pour cela que Gemini est partout à bord. L’idée est de vous inciter à l’utiliser nerveusement, sans réfléchir. S’il y a un exemple à donner d’une entreprise qui voudrait transformer un usage non nécessaire en réflexe musculaire, l’idée de frotter le pointeur sur l’écran pour faire sortir Gemini de sa lampe est particulièrement édifiante. 

Le Googlebook est un chausse-pied pour intégrer Gemini dans nos vies

Car la bataille actuelle ne réside pas dans l’idée de proposer un outil qui va répondre à un besoin de l’utilisateur, les Googlebooks ne répondent en rien à un problème qu’un PC classique sous Linux, Windows, MacOS, ChromeOS ou Android ne peut pas gérer… avec une app ou un navigateur. Enfin presque, puisque les Chromeboosk ont opportunément poussé Gemini vers la sortie. Les Googlebooks n’apportent rien d’autre que des raccourcis vers l’IA de Google. Je pense même qu’elles enferment la personne qui les utilise dans cette IA Gemini puisque l’on va sans doute plus qu’à son tour lancer par mégarde cet outil en manipulant classiquement son pointeur.

Le problème est donc un enfermement Geminien. Puisque Google n’a pas réussi à se faire une aussi belle place qu’OpenAI et Anthropic sur le marché des IA, elle reprend son cheval de bataille habituel. À l’instar de Microsoft avec Copilot plus injecté dans Windows 11 que des stéroïdes dans une salle de musculation au milieu des années 2000. On intègre l’outil partout, on le rend pratique et indispensable et… vous devinez la suite.

L’accès à l’IA de Google ne peut pas rester gratuit, cela coute beaucoup trop cher à mettre en place et à piloter. L’idée est donc probablement de vous proposer des portables construits non pas pour répondre à des problématiques existantes. On sait déjà qu’elles seraient pilotables par les Chromebooks. Mais plutôt de transformer la manière dont on utilise l’informatique. Rendre l’IA tellement magique qu’on oublie comment pouvoir s’en passer. La rendre tellement pratique à mâcher le travail, traduire, rédiger, compter, illustrer et même effectuer des tâches sans que vous le sachiez, que son prix qui ne tardera pas à arriver sera vu comme un mal nécessaire.

L’utilisateur de Googlebook aura tôt fait de monter en « compétences ». Il pourra rédiger un texte à partir d’une source en provenance d’une langue qu’il ne connait pas, le mettre en forme sans fautes et le publier pour passer pour un spécialiste. Il générera une image en quelques minutes, trouvera des sources – vraies ou fausses est un détail – et proposera de savants calculs quand les autres seront encore coincés dans leurs réflexions. Et le jour où Google demandera de payer 20, 50 ou 100€ par mois pour garder son nouveau statut procuré par le génie Gemini, il n’aura pas d’autre choix que de se convaincre que c’est finalement mieux avec que sans.

Le problème actuel des entreprises d’IA est la volatilité de leurs utilisateurs. Certains papillonnent d’un modèle ou d’un service à l’autre suivant les promotions et les évolutions de leurs outils. En intégrant Gemini en dur dans un Googlebook, Google ne vous fait pas un cadeau, il vous enferme dans un écosystème dont vous ne pourrez plus  sortir. Dont vous risquez même n’avoir plus jamais envie de sortir.

Source : Google


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17 commentaires sur ce sujet.
  • 13 mai 2026 - 19 h 16 min

    Plus ça va plus je trouve que les GAFAM se comportent avec l’IA comme des gros forceurs de fin de soirée qui harcèlent de pauvres victimes qui voulaient complètement autre chose.

    Ceux qui veulent de l’IA, ils l’utilisent déjà. Mettre ça dans des bécane qui potentiellement vont finir dans les mains de gosses et le marché de l’éducation (en tout cas aux USA) c’est limite criminel. Bon après le système scolaire US est catastrophique quand on est pas riche. Entre deux fusillades les gosses sont plus à une aberration près.

    J’espère qu’à un moment on va avoir des gens qui vont se réveiller et faire avec le forçage d’IA ce qui a été fait avec les navigateurs et les moteurs de recherche : obliger les GAFAM à la pluralité.

    Reply
  • 13 mai 2026 - 19 h 38 min

    La vraie question :

    Est-ce qu’on pourra installer Linux dessus ?

    Reply
  • 13 mai 2026 - 20 h 12 min

    En somme, le génie est dorénavant dans la lampe, enfin si on peut dire^^.

    Reply
  • 13 mai 2026 - 21 h 56 min

    La marque Chrome est dépassée ou trop incertaine, comme dit.

    Concernant les usages et son approche, c’est le monde du PC qui est en déclin.
    L’usage de macOS devient de plus en plus sérieux, surtout vu le prix des machines et leur intégration logicielle. Googlebook est un moyen de se différencier voir même de devenir leader, (vu l’image de l’ia dans l’ecosystème apple et la frustration des utilisateurs.)

    Faire des recherches sur Chrome, en écoutant youtube musique et intégrer les résultats de consultation dans la suite bureautique d’un onglet Chrome, puis faire une recherche synthétique dans un autre onglet Gemini pour créer une belle page d’impression corrigé, cela devient un peu trop manuel. I’automatiser et moderniser l’interface utilisateur de simple à simplement moins.
    Grâce à la puissance des NPU qu’on payent pour rien en ce moment.

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  • 13 mai 2026 - 22 h 49 min

    Ce qui devait arriver, arrive.
    Le modèle googlebook est en tout point calqué sur le modèle smartphone Android.
    D’ailleurs, j’ai lue qu’il s’agit surtout d’Android en mode desktop (pour suivre l’évolution de mode, il faut tester sous Android 17, pour Mme michu, c’est top)
    En parallèle, j’ai également lue que Samsung prépare ses futurs PC ARM tournants sous…. Android!
    Et comme pour les smartphones, une version hautement personnalisée avec ONE ui.
    Donc voilà, des smartphones au format PC avec une espérance de vie sécurisé d’un minimum légal de 5 ans pour des bécanes a 1000€ dont l’utilisateur n’aura que très peu le contrôle.
    Des trucs ou la puissance et la RAM ne serviront qu’a alimenter, en arrière plan h24, tout ces applications qui siphonnent les données, avec la super IA, évidemment.
    Et, amha, d’ici la, Android ne sera plus open-source.
    Bref, un nouvel écosystème bien verrouillé pour bien faire cracher au bassinet.

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  • 14 mai 2026 - 11 h 11 min

    @Bristow: La seule question !

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  • 14 mai 2026 - 13 h 37 min

    @Madwill: « Quand on pense qu’il suffirait que personne ne l’achète pour que cela ne se vende pas »
    Coluche.

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  • 14 mai 2026 - 14 h 17 min

    @Neurobioboy: tellement ça mais pour la défense des utilisateurs, actuellement, Google fait ce que MS a voulut faire, forcer l’utilisation de son IA via les MAJ.
    Comme pour MS avec copilot, Google commence a se retrouver avec une levé de bouclier contre ce forçage de Gemini, il n’y a qu’a voir, ils ont désactivé les commentaires de leur vidéo promo, c’était un gros lynchage 😅
    S’en est presque rassurant.

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  • Jle
    14 mai 2026 - 15 h 01 min

    Marrant, on a d’un côté un Google 0qui veut un OS bardé d’IA jusqu’à l’overdose, et de l’autre un Microsoft qui, après les complaintes des internets (ça reste quand-même vachement flou), admet qu’il avait mis un peu trop d’IA (et mal placée) dans un Windows 11 qui, sincèrement, n’en avait pas tant que ça non plus. A part un copilot que pas grand monde n’avait (oui mais quand mêmeuuu 😗).
    En bref, personne n’est d’accord, ça part dans tous les sens, et on est perdu. C’est le business de l’IA quoi.

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  • Max
    14 mai 2026 - 15 h 07 min

    @Pierre Lecourt:
    Pierre, tu écris :  » L’avenir est à l’IA. « , mais l’IA c’est aujourd’hui, voir hier si on considère les nouveaux outils du genre « agentiques ».
    Quand Microsoft ajoute Copilot, et Google tente Gemini, et que les constructeurs ajoutent des NPU à n’importe quelle machine d’entrée de gamme, ce n’est pour faire joli, c’est parce que c’est comme ça que fonctionne l’informatique à partir de maintenant, enfin même d’hier en fait. Les NPU dont certains disent qu’ils ne servent à rien, ce qui est était vrai hier, seront indispensables très vite. Il n’y aura pas de retour en arrière.

    Je ne connaît aucun développeur sérieux qui n’ait pas un accès Github Copilot, ou équivalent. Quasiment plus personne ne code comme il y a seulement un an ou deux. D’ailleurs on pourrait même dire que plus personne ne code. Et c’est pareil dans pas mal de métiers, c’est juste plus lent à arriver, car il y a une sorte de méfiance, souvent justifiée, quant à la concurrence avec nos propres jobs, entre autre.
    Dans le milieu créatif (pub, graphisme, son, vidéo, effets spéciaux), c’est passage obligatoire ou disparition.
    Je vois des cabinets d’avocats, gros mais pas énormes, qui sont en train de mettre en place un « service IA » pour tout un tas de tâches. Idem chez des fiscalistes, comptables… Dès que la taille de l’entreprise le permet, il y a au moins un intérêt, le sentiment parfois confus qu’il se passe vraiment quelque chose, et souvent une tentative de ne pas rater l’envol. Ceux qui resteront au sol vont avoir des soucis.

    La question n’est pas de savoir comment faire sans IA, mais de savoir comment faire avec.
    Sinon on revient au débat entre les voitures à pétrole et les attelages à cheval, on peut s’en désoler, mais il ne doit pas y avoir grand’monde parmi les lecteurs de ce site qui attèle le matin pour aller bosser.

    Reply
  • 14 mai 2026 - 15 h 42 min

    @Max: Ne vois tu pas le problème lié à cela ?

    Quand tu compares la voiture et l’attelage, tu oublies un point important de l’équation : l’objectif est le même, le conducteur est le même, seul l’outil change. On a supprimé les chevaux dès qu’on a plus eu besoin d’eux. Comme on a supprimé les tourneurs-fraiseurs quand les CNC sont apparues. Comme on a supprimé tous les emplois robotisables dès que possible. Mais le nombre de conducteurs n’a pas changé. On a troqué les chevaux-vivants contre des chevaux-moteurs. Ici c’est très différent.

    Ok l’avenir est à l’IA. Mais à chaque fois qu’un développeur emploie une IA sa méthode et son code sont analysés. À chaque fois qu’un juriste emploie une IA, sa logique est analysée. À chaque fois qu’un graphiste utilise une IA, son travail est analysé. Il n’a fallu que quelques années pour parvenir à des résultats, il est vrai, tout à fait impressionnants pour certains trucs (et parfois totalement faux ou catastrophiques). Mais il ne faudra pas beaucoup plus longtemps pour que les supercodeurs, juristes, graphistes découvrent qu’on a plus besoin d’eux non plus.

    Moi ce que je vois désormais, ce sont des N+2 qui se pointent chez les développeurs tout sourire avec une page ou une appli qu’ils ont « vibe codée » le WE avec une IA. Un travail qui donne l’illusion de fonctionner mais dont le résultat réel est totalement inexploitable en production parce que l’IA a juste fait semblant de coder un truc dans le vide. Et ces N+2 qui expliquent alors aux spécialistes du département qu’il faut intégrer leur idée dans l’outil de production. Et des vrais codeurs qui se grattent ensuite la tête pour essayer de faire comprendre que rien n’a de sens dans ce qui est présenté. Et je parle ici de vénérables entreprises qui ont des millions d’euros de flux de production en temps réel. C’est quand même bizarre qu’un N+2 qui ne savait pas enregistrer un PDF il y a deux ans se retrouve aujourd’hui en leader technique du département développement où bossent des docteurs en math et autres ingénieurs du code.

    La différence donc avec les attelages, c’est que ce changement d’industrie a conduit les chevaux à l’équarrissage tandis que les conducteurs troquaient les rênes pour un volant. Dans l’histoire de l’IA ce sont les développeurs, avocats, artistes qui se conduisent à la suppression de leur poste eux-mêmes. On n’aura plus besoin que d’une fraction d’entre eux dans pas longtemps.

    Pour en revenir à cette machine, on ne parle pas de la même chose en fait. Jamais cette machine ne proposera ce que permet de faire un PC avec un système classique, ce n’est pas son objectif. Capcut va permettre de faire une vidéo rigolote en 3 clics, mais dès qu’elle sera sortie, si elle fonctionne et qu’elle est originale, le logiciel va proposer le même montage original en 1 seul clic à tout le monde. Et toute l’originalité du créateur sera lessivée en 15 jours. Un PC classique offrira moins de facilité, mais cela permettra à un créateur d’imaginer plein de choses tout en gardant la magie de son talent.

    Surtout, quand l’utilisateur aura désappris à utiliser un tableur, un logiciel de retouche, aura perdu les bases du code à force de vibe ou qu’un juriste ne saura plus argumenter logiquement son propos, il faudra payer l’équivalent de son portable en abonnement tous les mois pour parvenir à ce que l’on faisait avant sans. Et le tout dans un rythme intenable.

    Je vois bien qu’aujourd’hui on sacrifie la totalité des emplois juniors au profit des IA. Que des ingénieurs en herbe ne trouvent plus de boulot parce qu’un senior + IA les remplace pour moins cher. Mais tout le monde vit totalement sur le crédit d’investisseurs qui vont vouloir un retour sur investissement un jour ou l’autre. Et cela passera par des abonnements chers, très chers, d’autant plus chers qu’ils s’adresseront à des gens qui en seront totalement dépendants.

    Ceux qui resteront au sol auront ptet des soucis, mais si demain ceux qui se sont envolés doivent payer des milliers d’euros d’abonnement pour tenir le rythme ou si un gouvernement décide de couper l’accès à leurs outils, ceux qui se sont envolés vont se crasher rapidement. Sans même parler du fait qu’à force de virer à tour de bras des gens au profit d’IA, on risque de se retrouver avec un petit déficit de consommateurs. Donc plus d’argent pour remplir les coffres des entreprises en achetant leurs produits et services.

    Reply
  • 14 mai 2026 - 16 h 26 min

    CapCut est l’exemple des logiciels qui mâchent trop souvent le boulot par défaut…même si il permet de faire des choses étonnantes et puissantes pour peu qu’on prenne le temps de s’y plonger et de ne pas céder à tous les automatismes qu’il nous propose.

    Reply
  • 14 mai 2026 - 16 h 37 min

    @Le Breton: Cela va malheureusement plus loin que cela.

    On est passé des autoroutes de l’information, qui étaient une image pour mettre en avant la vitesse de cette information. Aux autoroutes géographiques de l’information.

    Avant les autoroutes en France, il y avait des départementales. On traversait des villages, c’était lent mais on voyait du paysage. On pouvait trouver un petit patelin sympa, manger un bout dans un troquet, découvrir une spécialité locale. Avec l’arrivée des autoroutes, ces commerces sont morts parce que, justement, plus personne ne les visitait.

    Et bien c’est ce que propose Gemlini. Dans les exemples de Gemini c’est toujours ça qui est mis en avant : Réserver un restaurant, des vacances ou faire ses emplettes. L’agent vous y aide en vous mâchant le travail. Que fait-il en réalité ? Il vous fait traverser une autoroute où les seules sorties proposées ne seront pas des petits restaus de quartier mais des offres partenaires. Les restaurants qui auront payé un abonnement vers les services de publicité Google. Les agences de voyages qui paient leur dîme et les magasins qui s’abonneront à leurs outils Gemini-compatibles.

    C’est exactement ce que recherche Google. Les automatismes de Capcut et autres sont une version visible de cet univers qui nous enferme dans un monde où la seule information qui va venir vers vous via Gemini sera une information qui aura payé pour y être. C’est déjà le cas avec le moteur de Google puisque la première page ne donne plus aucun résultat basé sur la pertinence mais uniquement sur une collaboration commerciale entre les marques et Google.

    La baguette magique de Google a un gros effet pervers sur l’usage complet de la machine. Que ce soit dans les outils proposés qui seront par essence réducteurs en capacités et originalité. Mais aussi sur tout le contenu qui la traversera.

    Reply
  • 14 mai 2026 - 18 h 13 min

    @Pierre Lecourt:
    Merci Pierre pour cet article avec lequel je suis bien d’accord
    et aussi pour tes précieux commentaires/réponses 👍🙂

    Reply
  • 14 mai 2026 - 21 h 45 min

    @Pierre Lecourt:
    La pression mise par les grosses boites à utiliser l’IA fait en effet penser qu’on est passé de la plus ou moins subtile incitation à former son successeur par qqun dont on voulait se débarrasser… à former l’IA qui prendra la place de bien plus de monde.
    Le pire c’est qu’on voit tomber des filtrages sur des sites comme stackoverflow ou github, qu’on bouffé ces IA pour apprendre à coder par l’exemple (mais pas toujours le meilleur). Pourtant, quand on y va c’est sur un sujet qui n’est pas ce qu’on fait tous les jours et voir les différentes propositions de gens qui connaissent bien le sujet et faire son choix en fonction de son besoin précis me semble toujours donner de bien meilleurs résultats qu’un prompt IA car quand on le fait, on n’a pas la connaissance du sujet qui vient avec la lecture de l’info à la source.
    Bref, on n’a pas encore dans les objectifs des usages chiffrés de l’IA mais ce filtrage interroge… par contre on a déjà des N+2 qui demandent parfois sur les chats internes des équipes que chacun en fasse au moins 1 dans la journée car c’est surveillé et qu’on leur demande des comptes si pas assez d’usage car les gens n’y voient pas d’intérêt ou craignent pour la suite.
    En réalité, ces outils sont bons dans qq cadres en prime rébarbatifs tels que de la factorisation de code ou du portage dans un autre contexte/OS. Mais par construction ce sont de super moines copistes et dès qu’il faut être vraiment inventif, les ennuis arrivent.
    Décharger du rébarbatif et gagner en productivité sur des tâches ou cela marche n’est pas utile qu’en entreprise et j’observe un coup de peps donné à certains projets libres en manque de contributeurs, au moins actuellement tant que la facture ne vient pas. Pas certain que ce retour à l’envoyeur (qui a fourni la matière à entraînement à travers les dépôts de sources) dure, hélas.

    Reply
  • 16 mai 2026 - 13 h 02 min

    @Pierre Lecourt:
    Tout à fait, c’est bien cela.
    Le mantra actuel c’est la réduction des coûts apparents (pour ne pas écrire un déplacement des richesses).
    On transfère la compétence interne vers des systèmes externes que l’on ne maitrise pas.
    La chute va être très brutale !
    Db

    Reply
  • 20 mai 2026 - 9 h 03 min

    Pour info, Google vient réduire l’utilisation de son IA à ses abonnés Gemini pro et ultra (100 et 200€ mensuel) aux US.
    Il y a un appel au boycott, a voir..
    En tout cas, c’est parti pour la rentabilité!

    Reply
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