Intel Arc A-Series : la gamme de puces graphiques mobiles en détails

Ca y est, Intel s’est enfin jeté à l’eau avec une gamme complète de circuits graphiques pour portables baptisée A-Series Mobile Graphics.

L’air de rien, cette fin de mois de mars annonce un évènement important sur le marché informatique. Avec le lancement de cette gamme Intel A-Series Mobile Graphics, la marque devient le troisième larron d’un jeu qui se joue à deux depuis trop longtemps. Face à AMD et Nvidia, Intel a des arguments à faire valoir. Et sa position particulière sur le secteur pourrait lui permettre de parvenir à leur faire un peu d’ombre.

La gamme A-Series Mobile Graphics part de loin et ne vise évidemment pas les mêmes sommets que ses concurrents. C’est un premier jet, une intention de la part d’Intel. Et cela pour plusieurs raisons. D’abord c’est culotté. Si Intel est le seul acteur qui a osé venir s’approcher des plates bandes de Nvidia et d’AMD, c’est peut être parce que c’est l’unique marque qui pouvait se le permettre. Lancer un circuit graphique indépendant pour des PC sous Windows en 2022… c’est un défi, un Everest à surmonter. Cette première gamme est peut être ce qu’il faut considérer comme l’établissement d’un camp de base. Un lieu que l’on établit avant de poursuivre son ascension.

Intel a probablement mis beaucoup d’argent sur la table, conscient que cette étape était indispensable pour croitre sur le segment. La marque sait pertinemment qu’aucun retour sur investissement ne sera immédiat. L’objectif est donc inscrit dans le futur et il est ambitieux. Il s’agit de rattraper l’offre des deux ténors qui continuent de grimper loin devant. Ca ne se fera pas en un jour ni même en un an mais l’important, aujourd’hui, est clairement de se positionner.

Prévus pour le mois d’avril, les circuits graphiques A-Series Mobile peuvent compter sur un atout majeur qui est la marque Intel. C’est un point important à prendre en compte dans l’équation. Intel est connu du grand public, c’est une marque forte et capable de piloter des gammes entières de machines auprès des constructeurs. C’est également un fabriquant de processeurs et les synergies entre les différentes puces peuvent être importantes dans cette offre. Tant d’un point de vue technique que dans un développement commercial. 

Trois gammes d’Arc et deux puces physiquement différentes

La gamme A-Series Mobile est composée à la manière des processeurs Core pour améliorer leur lisibilité et offrir une cohérence de gamme. On retrouve ainsi les Arc 3, Arc 5 et Arc 7 dans un crescendo de performances. Les différents modèles seront proposés dans deux variations de puces. La première embarquera 96 Xe Vector Engines et la seconde beaucoup plus avec pas moins de 512 XVE. Si vous vous demandez ce qu’est un XVE c’est simplement la nouvelle appellation d’Intel pour ses EU, ou Unités d’Execution. Des moteurs graphiques intégrés dans ses processeurs. Un nouveau nom qui s’accompagne de grosses évolutions techniques rendues possibles par une transposition des puces vers des solutions externes.

Le premier circuit attendu est le ACM-G11, le plus petit des deux, qui accueillera très rapidement le Arc 3. Les deux autres puces s’embarqueront à bord du design le plus imposant sous le doux nom de ACM-G10 et devraient arriver un peu plus tard en Arc 5 et Arc 7.

Sans vouloir m’appesantir sur les détails techniques, le ACM-G11 est une version basique du ACM-G10. Comme d’habitude sur ce marché tout est multiplié en terme de composants afin d’augmenter les performances globales des solutions. Le design de base est donc quadruplé dans la version la plus évoluée sur bien des postes. Le nombre de coeurs Xe est ainsi quatre fois plus important tout comme la mémoire cache et les coeurs destinés aux calculs de Raytracing. D’autres postes ne suivent pas la même évolution. C’est le cas de l’interface PCIe qui passe de X8 à X16. Les puces Arc 5 et 7 fonctionnent sur 256 bits tandis que le Arc 3 propose 96 bits.

De son côté, la partie décompression vidéo materielle est identique sur l’ensemble des puces : un double moteur Xe Media Engines et quatre moteurs d’affichage. Intel a donc composé sa gamme de manière très classique en déclinant les solutions à partir de la même architecture. Pour étager ses gammes, Intel a joué sur les réglages de chaque modèle. Cela crée en tout 5 déclinaisons pour le moment avec deux Arc 3, un Arc 5 et deux Arc 7. Un lancement au catalogue somme toute assez sobre.

Les variations concernent tous les postes avec des fréquences qui évoluent de 1150 à 1650 Mhz entre le premier Arc 3 et le dernier Arc 7. vous l’aurez sans doute remarqué, le Arc 5 est largement déclassé niveau fréquence avec 900 Mhz seulement mais compense avec plus de mémoire GDDR6 et de Xe Cores / RT Units ainsi qu’une bande passante plus large. La mémoire GDDR6 passe de 4 à 16 Go et la consommation oscille de 25 à… 150 watts. On devine ici que les puces ne s’adresseront pas vraiment au même public. Les Arc 3 seront intégrés dans des solutions ultramobiles, les Arc 5 viseront un milieu de gamme classique et les modèles Arc 7 chercheront plutôt à prendre place dans des portables plus imposants, avec une bonne batterie.

Intel proposera une solution de RayTracing qui correspond clairement aux blocs de Coeurs Xe. Toutes les versions A-Series Mobile proposent une unité de calcul spécialisée. On n’a pour le moment pas de grosses informations sur les capacités de ces solutions et Intel n’a clairement pas mis l’accent dessus lors de sa présentation. Il faut dire que la marque est loin derrière ses concurrents sur ces postes. Son Arc 7 A770M, le plus rapide de la gamme, propose 32 unités de Raytracing quand les concurrents comme Nvidia et AMD en proposent 80 ou plus… Ce n’est, gardons-le en tête, qu’un début pour la marque sur  ce segment.

Un autre poste est plus prometteur et correspond peut être plus à la première cible visée par ce nouveau grimpeur, l’accélération de tâches liées à l’Intelligence Artificielle. Les Matrix Core sont pensés pour des usages d’IA. L’accélération de calculs variés que la marque met en scène avec une pile de services ressemblant beaucoup à la formule Broadcast de Nvidia en est  la meilleure illustration. Cette offre baptisée Creator Studio offrira un panel de fonctions dédiées au streaming : on pourra par exemple flouter un arrière plan enregistré avec sa webcam en temps réel ou carrément en proposer un autre à la manière d’un « fond vert ». Une solution de reconnaissance faciale pour zoomer sur votre visage pendant vos déplacements devant l’objectif et autres fonctionnalités devenues plus « grand public » pendant les confinements sont ainsi mises en valeur. Intel cherche également à mobiliser un peu sur le jeu avec son moteur XeSS qui permet d’augmenter, via IA, la définition d’affichage d’un jeu. La démonstration en vidéo ci-dessus montre comment Intel affiche le même jeu en UltraHD depuis un rendu 1080P.

Cette première gamme A-Series Mobile ne va pas chercher à séduire en premier lieu les joueurs. Des capacités de calcul en 2D et 3D dédiés au jeu seront bien présentes au sein des puces et des résultats intéressants seront proposés mais cela ne va pas bouleverser le marché actuel couvert par AMD et Nvidia. L’ambition de la marque n’est pas encore là, il s’agit surtout de proposer une machine orientée vers le grand public et non pas se focaliser sur le marché « gaming ».

Ceux qui espéraient avoir ici un nouveau trublion dans l’arène du GPU haut de gamme sont les mêmes que ceux qui espèrent faire un repas étoilé en poussant la porte d’un restaurant d’autoroute. Ce n’est pas le sujet. Ici,  Intel promet de la jouabilité plus que de la vitesse et de la beauté. La marque assume sa jeunesse et se compare à… lui même. La barre est mise par rapport à son offre Intel Xe. Celle intégrée à ses processeurs Core Alder Lake-P. Et ce que cherche à faire Intel ici, c’est de dépasser cette offre en promettant une bonne jouabilité. Rien de plus mais rien de moins

Le fondeur est même relativement modeste. Pour se comparer à son Intel Xe, la marque utilise un Arc 3 A370M. Une puce de son entrée de gamme donc. L’idée proposée par Intel, c’est de faire mieux que le circuit intégré au processeur en promettant un niveau de performances au dessus de 60 images par seconde en jeu FullHD. Des titres récents sont ainsi listés dans cette optique avec, à chaque fois, une note au dessus de ce chiffre. Un repère censé assurer une bonne fluidité globale. Cela ne sera pas ce que recherche un joueur mais correspondra parfaitement à un PC familial ou à une machine plus sérieuse sur laquelle on voudrait tout de même pouvoir lancer un titre de temps en temps.

L’offre Intel A-Series Mobile actuelle

Deux puces sont donc disponibles dès maintenant, les Arc 3 A350M et Arc 3 A370M seront proposés dans des portables immédiatement début avril. Les modèles sous Arc 5 A550M proposeront une alternative avec plus de cœurs et de fonctions associés mais des fréquences plus basses. Enfin les Arc 7 A730M et Arc 7 A770M constitueront le haut de gamme de cette première vague. Ces trois derniers processeurs ne seront pas disponibles avant l’été.

Toutes ces puces offriront des capacités de traitement multimédia complètes avec des fonctions « câblées » de décompression vidéo. La prise en charge matérielle du Codec AV1 à la fois en compression et en décompression et la possibilité de prendre en charge un flux vidéo 8K à 60 images secondes en HDR 12bit sont assurées… Les formats avancés comme le VP9, le H.265 et le H.264 seront, bien entendu, présents dans le portefeuille d’action des 5 puces.

Intel fait de ces fonctions un cheval de bataille en comptant bien intéresser un maximum de partenaires pour les prendre en charge. Le recours au AV1 est ainsi tout indiqué, la puce s’appuie sur un Codec ouvert pour trouver des relais chez d’autres grands noms de l’industrie et du Web. Il est fort possible que ce nouveau codec devienne un nouveau standard un jour ou l’autre et la marque apporte ici une solution efficace. Cette capacité de décodage se conjugue avec une prise en charge matérielle avancée. Les puces Arc pourront piloter du HDMI 2.0b et du DisplayPort 1.4. Mais elles sont également annoncées comme compatibles avec le « futur » DisplayPort  2.0. Une prise en compte un peu hâtive puisque la norme n’a pas encore été implantée aujourd’hui mais un atout pour des solutions futures.

Ces fonctions sont mises en oeuvre via Arc Control, le nouveau chef d’orchestre des pilotes de la marque. Une suite logicielle qui permettra de régler les différents postes de chaque pilote avec une prise en charge complète de ses fonctions. De la mise à jour en passant par les divers réglages d’affichage. Une offre assez semblable aux pilotes actuels des solutions Intel Xe. A noter qu’Intel se chargera de cette gestion de pilotes, une bonne nouvelle même si cela devrait se traduire par un téléchargement lourd en mégaoctets. La marque ne livrera pas de pilotes spécifiques pour chaque portable ni même de versions différentes pour ses cartes graphiques. Un seul et même pilote quel que soit la solution Arc. Là où c’est intéressant, c’est que l’on peut compter sur Intel pour mettre à jour son offre quand de nombreux constructeurs de portables ne prennent pas vraiment la peine de les maintenir.

Premier jet, premiers essais, l’offre d’Intel a des points forts et des faiblesses. Personne de sensé n’imaginait la marque venir battre Nvidia et AMD sur un terrain aussi compliqué. Mais Intel n’a pas pour autant dit son dernier mot. Il est possible qu’avec des offres combinées comprenant processeur, circuit graphique et module Wifi par exemple, la marque propose des solutions au rapport performances / prix tout à fait intéressantes. Des solutions qui auront dans tous les cas un impact sur la concurrence en terme de prix et de capacités techniques.

 

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7 commentaires sur ce sujet.
  • 31 mars 2022 - 14 h 06 min
  • 31 mars 2022 - 14 h 25 min

    @Daniel: Il y a toujours eu de loin en loin des acteurs de ce type… Mais en fait personne avec une offre sur le segment des deux géants. Merci de l’info, c’est intéressant.

    Répondre
  • 31 mars 2022 - 14 h 28 min

    BEAUCOUP de chinois dans tous ce charabia non destiné aux novices comme moi .
    INTÉRESSANT par contre de voir INTEL s’intéresser a autre chose qu’un GPU intégré au CPU .
    Je sais pas ce que cela va donner sur le marché ,un fais est certain sur le plan pratique un ordinateur ne peu plus compter que sur une puce graphique embarquée.

    Il va de soit que de plus en plus le PC évoluera vers cette machine mixte TRAVAIL/MULTIMÉDIA .
    Le poste travail ou vidéo ne nécessite peut etre pas un GPU important mais pour les jeux ou faire tourner des jeux d’autres plateformes ,un circuit Graphique plus performant est vite nécessaire .

    Il existe donc un marché pour des cartes graphiques moins chère pour qui n’a pas besoin d’une GFORCE 30** .

    Répondre
  • 31 mars 2022 - 15 h 14 min

    Hello, la stratégie d’Apple (i.e. arriver avec un produit quasi fini, le M1, plus prometteur que la concurrence, même si ce n’est pas exactement comparable) n’est-elle pas non plus une bonne idée ?

    Je veux dire, si Intel arrivait avec un produit un plus performant que la concurrence (qui pourrait ne pas avoir élevé son niveau au max), la presse pourrait faire une très bonne campagne de pub gratuite pour Intel, tandis que venir petit à petit, ne risque-t-il pas de coller une étiquette d’inachevé difficile à se débarrasser sur le long terme ?

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  • 31 mars 2022 - 16 h 00 min

    @prog-amateur: Sur le papier c’est facile, en pratique c’est un poil plus compliqué quand même. Intel parviendra a proposer cela un jour ou l’autre si il poursuit ses efforts et un investissement très très lourd. Mais investir énormément d’argent pour pouvoir proposer un produit dans 5 ans c’est un pari très risqué.

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  • 1 avril 2022 - 0 h 04 min

    Je trouve ça très encourageant (si Intel travaille bien ses pilotes pour éviter d’éventuelles incompatibilités avec certains softs) :

    « Garantie » de suivi dans le temps du pilote quel que soit le constructeur.
    Support matériel complet pour le multimédia quelle que soit la carte.
    Possibilité de jouer un peu si on est pas trop exigeant.
    IA suffisante pour une suite quasi équivalente à Broadcast et un peu d’upscaling (sans compter les autres softs qui peuvent tirer parti de l’IA).

    A part le public bruyant mais pas si nombreux des joueurs_PC_master_race, il y a de quoi répondre aux besoins de beaucoup de monde et éveiller l’intérêt.
    (et il ne s’agit que des cartes pour laptops)

    * le cas d’Apple est un peu à part avec une quasi-maitrise d’un écosystème hardware/software pour le M1 quand Intel doit se montrer à l’épreuve des balles dans un écosystème plus « chaotique ».

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  • 1 avril 2022 - 14 h 34 min

    Merci par la news, Pierre.
    Merci à Intel de plonger dans le bain, un peu de concurrence ne fait jamais de mal… ;-)

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