400 000 Rasperry Pi par mois, ce n’est toujours pas suffisant

400 000, c’est le nombre de cartes Raspberry Pi qui sont produites chaque mois par les entreprises partenaires de la fondation.

Cela peut paraitre beaucoup, 400 000 unités mensuelles, mais c’est en réalité tout juste suffisant pour une partie du marché actuel. Si on regarde la carte avec les yeux d’un amateur éclairé qui découvrait les tous premiers modèles en 2011, c’est gigantesque. Pour rappel à cette époque ce sont 50 cartes en version Alpha qui sont produites. L’objet est alors considéré totalement  comme une niche. Un gadget d’ingénieurs, de passionné programmeur-électronicien. Une espèce rare que l’on ne rencontre que derrière les murs de campus d’université.

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11 ans plus tard 400 000 cartes par mois ne suffisent plus à alimenter la demande. Il faut dire que les Raspberry Pi ont totalement changé le paysage. De petit gadget d’électronique amusant, elles sont passées à une autre dimension d’usage. Les ingénieurs en herbe qui découvraient les Raspberry Pi au début des années 2010. Ceux qui ont fait leurs armes dessus en programmant, en s’amusant durant leurs loisirs ou en portant des projets plus vastes pour leurs études. Ces gens là ont fini par être embauchés. Parfois loin du monde des Pi. Mais parfois dans des structures parfaitement en phase avec la philosophie de ces cartes.

Et c’est tout le souci actuellement. Si Eben Upton indique que les 400 000 cartes produites chaque mois sont principalement orientées vers les industriels partenaires de la fondation, ce n’est pas pour rien. Les solutions sont passées d’un paysage amateur à une part importante du développement de nombreuses PME. Ouvertes, abordables, abordables, programmables et acceptant des distributions logicielles adaptables à différents besoins, les cartes Raspberry Pi sont devenu un véritable moteur économique.

Un système de recharge de véhicule électrique piloté par un Pi Compute Module

Pour que cela soit possible, pour que des sociétés choisissent de faire confiance à des cartes Raspberry Pi plutôt qu’à des développements sur mesures suivant leurs besoins comme auparavant, il a fallu que la fondation donne des garanties. Jusqu’à l’arrivée des cartes, beaucoup de sociétés concevaient et faisaient fabriquer leurs électroniques et leurs micro-contrôleurs par des tiers. Des sociétés chez qui elles commandaient quelques centaines ou quelques milliers de cartes à leurs couleurs qu’elles intégraient ensuite à leur production pendant des mois, des trimestres ou des années suivant leur taille. Vous fabriquiez un pupitre de commande pour une machine quelconque, vous commandiez 500 cartes qui constituaient votre stock. Et vogue la galère. Si vous arriviez à court de cartes, vous pouviez recommander la même auprès de votre fournisseur. Cela pouvait également permettre de l’améliorer soit en changeant des éléments identifiés comme problématiques soit en optimisant des composants par des solutions nouvelles moins gourmandes, moins génératrices de chaleur ou plus rapides.

Le gros avantage de cette solution était la pérennité de l’engagement. C’était votre design avec les composants que vous avez choisis qui étaient en jeu. Un concurrent ou une autre société du même secteur pouvaient commander des panneaux quasi identiques mais avec leurs solutions. Leurs microcontrôleurs, leurs composants et leur fournisseur. Cela diluait la demande à des milliers de combinaisons et on pouvait toujours trouver une solution pour remplacer un composant par un autre si un était en rupture. Le gros problème était lié à l’avance financière nécessaire pour obtenir ses propres cartes. Investir dans ces composants était compliqué. Cela passait encore quand des entreprises locales étaient capables de les fabriquer mais avec leur raréfaction, il a fallu commander de plus en plus loin et donc anticiper largement ses besoins. 

Une machine pour vérifier ses gains pilotée par un Raspberry Pi en Ohio

Quand les Raspberry Pi sont apparues avec un matériel intégré capable de répondre, grâce à d’excellentes capacités de programmation et à des extensions variées, à l’essentiel des besoins de ce type d’entreprises, beaucoup de PME se sont penchées vers cette solution. La fondation a bien senti le vent venir et a tenté de répondre du mieux possible à leurs attentes. 

Et cela a commencé par assurer aux entreprises partenaires la disponibilité garantie des produits. Pour abandonner le vieux schémas de production et basculer vers les cartes Raspberry Pi , il fallait être sûr de pouvoir en profiter. Ne pas bloquer sa production par manque de cartes. Cette garantie est donc viabilisée au travers d’un contrat qui pousse la très grande majorité de la production vers les besoins professionnels et non pas le  grand public.

En début d’année, Eben Upton indiquait que malgré une production de « un demi million de cartes par mois » il restait encore 2 millions de cartes à livrer contractuellement. Soit 4 mois de production. Si aujourd’hui le même Eben Upton indique ne pouvoir livrer que 400 000 cartes mensuellement, ce trou de 4 mois de production n’est pas prêt de se régler.

Une consigne automatique pilotée par un Pi à Paris

Et le problème est intimement lié aux évolutions du marché. Ces sociétés qui ont abandonné leurs développements sur mesures pour se concentrer sur des solutions Raspberry Pi et toutes les autres qui sont purement et simplement nées de l’apparition des cartes sur le marché, font peser une tension énorme sur les composants embarqués par la fondation.

Si il est possible de changer un connecteur ou un autre composant par un équivalent d’une autre marque, certains éléments ne peuvent pas être modifiés. La puce Broadcom, par exemple, ou les éléments réseau Ethernet et Wi-Fi ne peuvent pas être remplacés. Cela poserait trop de soucis de compatibilité d’avoir des modèles différents sur le marché. La demande de ce type de composants autrefois diluée par les choix de chaque entreprise est ici répercutée sur quelques éléments seulement. Si ceux-ci subissent eux-mêmes des pénuries liées à des difficultés de production… Toute la chaine est impactée.

Un affichage dynamique piloté par un Pi dans un Ikea

La fondation livre donc en priorité ses partenaires pros, au tarif officiel, de toutes les cartes dont ils ont besoin. Ne laissant que des miettes pour les revendeurs et les grossistes qui s’adressent aux particuliers. Ces derniers se retrouvent souvent à devoir racheter des stocks à d’autres revendeurs et leurs propres cartes sont rapidement achetées par des particuliers qui les mettent à leur tour en vente à des tarifs… astronomiques.

Un nouveau business est même apparu ces derniers mois, certains partenaires sous contrat avec la fondation semblent avoir compris qu’il était finalement plus rentable de revendre leurs Pi au prix fort plutôt que de vendre des produits manufacturés autour. Acheter une carte à 45$ et la revendre 150$ laisse une marge sympathique sans avoir trop d’efforts à faire. Cette pratique est évidemment contraire aux contrats passés et la Fondation va mettre en place une solution pour lutter contre. Probablement parvenir à identifier chaque carte et à qui elle a été vendue, de telle sorte que si certaines se retrouvent en vente sur le marché alors qu’elles devraient être dans des machines, le contrat avec le professionnel indélicat pourrait être rompu.

Une caisse automatique en plein Kernel Panic en Inde

Autre élément toujours énervant, des revendeurs qui ne proposent pas de cartes nues mais uniquement des kits. Certains revendeurs ne veulent plus vendre sans ajouter un ensemble de composants plus ou moins utiles : cartes MicroSDXC, alimentation, boitier et autres extensions ou solutions de refroidissement. Si je comprends bien que sans les Raspberry Pi leur stock prend la poussière, ce qui leur pose des soucis. Les montants à injecter dans leurs kits pour obtenir la précieuse carte devient gigantesque.

Les Raspberry Pi sont clairement victimes de leur succès et il faudra encore pas mal de temps avant qu’elles ne puissent répondre à leur mission de base. Proposer aux particuliers une solution informatique de développement facilement accessible.

Source : JeffGerling Les illustration sont tirées du subreddit « A Wild Pi Appears« 

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8 commentaires sur ce sujet.
  • 6 octobre 2022 - 23 h 14 min

    Je rêve d’une Pi Zero 2 au tarif officiel pour un petit projet perso … :/

    Excellent article qui met en lumière le Business modèle de la fondation. Je trouve ça dommage de ne pas prioriser les lycées, universités et autres systèmes éducatifs comme c’était le cas auparavent. Mais je suppose que ces contrats leurs permettent de se projeter à plus long terme et de pouvoir continuer leur développement.

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  • 7 octobre 2022 - 10 h 50 min

    Je me souviens d’avoir été un peu surpris il y a 4 ans de constater que Doctolib utilise des Pi installés chez les médecins. Je ne sais pas si ils servent à gérer les rdv, ou ont une autre fonction, mais un magnifique Pi 3 dans un boîtier en plastique transparent avec une inscription DOCTOLIB trônait sur le bureau de la secrétaire médicale. Et en réfléchissant je me suis dit que c’était logique. Une solution efficace, peu chère (à l’époque du moins), nécessitant peu de ressource, prenant peu de place, facile à remplacer et avec la simplicité de pouvoir changer tout le logiciel en changeant une carte µSD. Ou à l’inverse, changer le Hard sans changer me soft : on envoi le nouveau boîtier pour remplacer celui défectueux, on y met l’ancienne carte SD et c’est reparti.

    Répondre
  • 7 octobre 2022 - 13 h 22 min

    PERSO ce qui me surprend c’est que cette absence de R-PI est soit dut a une production limité par manque de composants soit une limitation voulue de la fabrication .

    LE PIRE c’est que cela laisse allez a la spéculation dut a l’absence et au fait que la concurrence est a la fois plus puissante sur la partie technique mais absente sur la partie logiciels .

    Pour avoir payé 104 euros mon PI-400 et le prix officiel mon PI ZÉRO de la version 2 ,je pense qu’il y a encore des vendeurs qui assurent .

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  • 7 octobre 2022 - 21 h 54 min

    au boulot, un nouveau ban de test de matériel de télécom a été installé => 8 anciens Dell avec des i5 8500, alors qu’en principe, dans « un but de sobriété énergétique et de fiabilité du matériel » ce sont des Pi 4 qui auraient du être installés.
    En principe, parce qu’actuellement un Dell de ce type coûte moins cher qu’un Pi 4 complet, et est très facile et rapide à trouver.
    Résultat, mon ban était le ban de test de la solution PI et j’ai 20 Pi 4 et 2 Dell sous ma table, mais les 5 bans suivants sont avec des Dell …

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  • 8 octobre 2022 - 7 h 06 min

    Les industriels doivent quand même privilégier les CM pour leurs applications. C’est quand même ballot d’avoir mis les mêmes composants dessus au delà du SoC: Ethernet, c’était dedans et dans ce qui est au delà, un transceiver ou un transfo d’isolement et connecteur n’a aucun impact SW. Pour le wifi/bt, il me semble sur USB, là encore c’est pas les choix qui manquent de trucs avec le un support kernel existant.
    Au delà de Broadcom, qui a quand même une relation privilégiée avec Raspberry, il aurait quand même été prudent de varier les sources. C’est quand même le BA-BA pour des cartes industrielles bien plus chères!

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  • 8 octobre 2022 - 23 h 00 min

    Ok, étonnant pour moi, je croyais que ça ne marcher plus trop.

    Du coups, en faite les cartes micro sd c’est super fiable ? Et durable ?

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  • hle
    9 octobre 2022 - 17 h 38 min

    A mon boulot aussi on utilise des rasberry PI. Mais en petit quantité, donc on a les même problème d’appro que les particulier.

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  • 15 octobre 2022 - 13 h 52 min

    @pinkapple:
    « Du coups, en fait les cartes micro sd c’est super fiable ? Et durable ? »
    oui c’est fiable, en particulier les cartes Industrial.

    Par exemple dans certaines box ADSL / fibre SFR, il y a des cartes SD 8Go Sandisk Industrial.

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