Steam Deck : l’avenir rafraichissant proposé par Valve

Dans une interview assez longue, deux des responsables de l’équipe Steam Deck chez Valve déroulent le futur de la console.

La console de Valve va souffler très bientôt sa première bougie et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette année 2022 lui a plutôt bien réussi. Avec une commercialisation compliquée, une disponibilité sur réservation finalement peu encourageante, un format inhabituel, un système d’exploitation neuf et des partis pris originaux. La console a réussi le tour de force de s’imposer autant du côté des joueurs que des éditeurs.

Dans cette interview proposée à TheVerge, Lawrence Yang et Pierre-Loup Griffais reviennent sur de nombreux éléments concernant la console. Certains sont très intéressants car ils montrent une philosophie aux antipodes de nos habitudes.

Steam Deck

 

Steam Deck : un objet pensé dans une durée différente

Premier élément particulièrement intéressant, le Steam Deck a beau être un PC, il a été pensé comme une solution plus proche de la console que de l’habituelle machine de jeu sous Windows. Et cela se ressent de multiples manières. La première est évidente, elle est liée à son système d’exploitation qui est propre à la machine et non pas hérité d’une entreprise tierce. Si Valve autorise les propriétaires de la console toutes les excentricités logicielles qu’ils souhaitent, depuis l’installation de Windows à celle d’une distribution Linux de leur choix, leur véritable préoccupation est Steam OS.

La console tourne avec un ratio de mises à jour et de corrections de bugs impressionnant, plus de 90 mises à jour ont eu lieu depuis sa sortie. Un écart tellement immense par rapport aux fournisseurs de PC classiques qu’il en est presque étrange. La situation s’explique par l’ouverture faite autour du produit. Jamais Valve n’a interdit d’utiliser la console dans telle ou telle situation, avec un certain type de matériel ou logiciel. La solution a donc embrassé d’un coup l’entièreté du monde PC et ses dangereuses combinaisons de compatibilités. De telle sorte que des situations inattendues se sont évidemment produites ayant comme résultat d’inévitables bugs. 

Les résoudre ne fait en général pas partie des préoccupations des fabricants de PC. Quand Lenovo ou HP lancent un produit, qu’il rencontre une incompatibilité avec un autre, cela n’est pas leur affaire. Si l’incompatibilité est problématique, ils vont au mieux l’annoncer au travers d’une mise à jour de leur documentation. Mais la parade générale consiste à proposer une liste de produits compatibles. Des composants de mémoire vive ou de stockage par exemple, et de les inscrire dans un document technique lisible dès l’achat.

Pourquoi ce grand écart entre les deux visions du même problème ? C’est à mon avis l’élément le plus intéressant de cette interview. Car il semble que Valve ait décidé de prendre un chemin de traverse par rapport à ce que proposent les fabricants en général.

Chez les constructeurs de PC, on sort des machines qui suivent un rythme court, de plus en plus court. Les fabricants collent à l’actualité matérielle proposée par leurs fournisseurs. Si AMD et Intel sortent un nouveau processeur, ils suivront la cadence et mettront à jour leurs gammes en annonçant de nouvelles machines. Si Nvidia ou AMD lancent de nouvelles puces graphiques, ils feront de même. Chaque évolution matérielle est sujet à l’annonce de nouveautés qui vont chasser les précédents modèles du devant de la scène. Et cela se comprend, leur moteur économique est dans la vente de ces produits. Leur marketing reflète cette approche avec une volonté permanente de ne pas regarder de quoi la machine de l’année précédente est encore capable mais uniquement les nouvelles capacités de la dernière sortie.

A l’inverse, chez les fabricants de consoles, on est dans le temps long. Les machines sortent avec un matériel stable et robuste construit pour durer au maximum. L’idée n’étant pas de vendre du matériel mais bien des jeux. Il est parfaitement pertinent pour un Sony ou un Nintendo de proposer la plus vaste base de machines totalement identiques dans la durée. Plus le parc est largement installé plus il est rentable pour un studio d’investir dans la création d’un jeu. Cela ne veut pas dire que les consoles sont totalement figées dans le temps, la Nintendo Switch version OLED est un bon exemple des évolutions possible sur ce type de machine. On peut procéder à des mises à jour, certaines seront nécessaires suite à la découverte d’un problème technique ou autre, mais le coeur de l’engin ne bougera évidemment pas.

La troisième voie de Valve

Ce que propose la console Steam Deck est une alternative située entre ces deux éléments. L’idée est de faire évoluer le matériel embarqué en permanence. Non pas de lancer un produit de rupture qui ringardiserait d’office le précédent mais bien de procéder par petites mises à jour permanentes. Le premier poste qui devrait évoluer semble être l’affichage de la solution actuelle. Face à la Switch OLED justement, la console de Valve est tout de même en retrait. L’écart de tarif entre une solution IPS classique et un écran OLED peut être important mais il est vraisemblablement possible de glisser cette différence dans un système d’options. 

Cette vision qui consisterait à procéder en une amélioration par petites touches, pour profiter des évolutions proposées par le marché  est assez intéressante. Valve ne considère par la console comme un modèle qui doit nécessairement se faire remplacer par un autre. La marque ne veut pas décevoir le client qui lui a fait confiance en rendant sa console précédente moins attractive. 

Ce que semble vouloir faire Valve, c’est oublier la machine en tant que telle et se concentrer sur le catalogue de ses usages. La regarder non pas comme un objet produisant un certain pic de performances mais bien comme un outil. Il est évident qu’un jour ou l’autre le processeur embarqué sera également mis sur la sellette et qu’une mise à jour de ce type créera un écart important entre la précédente génération et la nouvelle. Mais en ayant cette philosophie comme moteur, Valve ne cherchant pas à pousser au remplacement permanent de son matériel pour s’intéresser au contraire aux possibilités de jeu, la marque ne créera qu’un remplacement logique de sa console. Un remplacement plus proche de celui d’une perceuse que d’un PC. On ne change pas sa perceuse parce que le moteur de la nouvelle en magasin va 10% plus vite ou parce que sa batterie offre 20 minutes d’usage en plus. On attend que sa perceuse tombe en panne avant de la remplacer.

Quand l’outil tombera vraiment en panne, qu’il ne sera plus possible de le réparer. Quand la console finira par vraiment lâcher ou quand son « amortissement » sera bien rentabilisé, il sera possible de changer de Steam Deck et de profiter d’un modèle plus efficace. Cela ne passera pas forcément par un meilleur processeur mais peut être pas une plus belle image, une meilleure batterie ou des contrôle optimisés. L’important n’est pas l’outil lui même mais bien son usage : offrir la possibilité de jouer à des jeux PC en mobilité. Valve a déjà fait un pas de côté, forcé qu’il était de ne pas suivre le mouvement imposé par le matériel haut de gamme du monde du jeu PC.

Impossible de promettre les derniers Triple A tous détails à fond. Irréaliste d’imaginer jouer à l’entièreté du catalogue de Steam sur ce type de format. Les acheteurs du Steam Deck sont déjà dans le compromis par défaut. En choisissant un système d’exploitation indépendant et en optant pour un processeur sur mesures, l’éditeur a déjà commencé à proposer une troisième voie. La poursuivre semble des plus logiques mais reste à l’inverse des habitudes du marché informatique actuel. 

Valve aurait pu proposer un engin plus rapide et pourrait probablement le faire très rapidement. Mais à quel prix ? Non seulement le tarif de la console s’envolerait – probablement aussi haut que celui d’une console Aya ou OneXplayer, soit plus près des 1000€ que des 500. Mais également avec une autonomie en berne et une nuisance d’usage en hausse. Autant sur la chaleur émise par la machine que par le bruit de sa ventilation.

J’aime beaucoup cette idée d’un produit en devenir permanent. Un produit qui reste ouvert et réparable avec un système d’exploitation construit sur mesures également. Un Steam OS qui va commencer à vivre sa vie de manière de plus en plus indépendante. Non seulement Valve compte bien pousser d’autres constructeurs à s’emparer de Steam OS pour le proposer dans des produits concurrents à sa propre console mais des particuliers vont pouvoir également embarquer le système dans des solutions maison. Des MiniPC comme TV-Box sous Steam OS à glisser sous un téléviseur. Des portables de jeu qui pourront également tirer partie de cet écosystème pour retrouver une seconde jeunesse.

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12 commentaires sur ce sujet.
  • PY
    23 décembre 2022 - 15 h 18 min

    Très bon article !!

    J’ai acheté un Steam Deck cet été. J’avais fait une précommande un an auparavant et j’ai fortement hésité quand j’ai enfin reçu le mail m’indiquant que je pouvais passer une commande.
    J’ai sauté le pas en me disant qu’au pire, je trouverai bien un repreneur.
    J’ai décidé de la garder car j’en suis très content même si elle a des défauts.

    Je pense qu’après avoir tâtonné avec les Steam machine et les débuts de SteamOS, Valve est sur la bonne voie.
    Ce qui m’intéresse, c’est ce que je peux faire de la console. Je l’emmène un peu partout et je me fais des courtes sessions de jeu quand j’ai des trous dans mon agenda. Ça m’a permis de jouer plus qu’avant.
    J’ai même racheté des jeux en promo que je possède déjà sur d’autres plateformes afin d’avoir l’assurance de jouer sans bidouilles.

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  • 23 décembre 2022 - 20 h 30 min

    Je m’étais fais la réflexion sur le foisonnement de gammes et références en tout genre chez la majorité des constructeurs: Asus, Dell, Lenovo, …
    Par exemple chez Lenovo: Ideapad 3/5, Ideapad pro 3/5, Yoga Slim, Thinkpad,..
    Chez Dell Inspiron 3000, 5000, 7000, XPS, Vostro, … sans compter Alienware

    Ce qui contraste grandement avec la simplicité affiché chez Apple: Macbook Air, Pro et c’est tout: au total 3 ou 4 machines portables différentes avec un millésime associé: 2020, 2022.
    Ce qui a aussi le mérite de simplifier la revente et d’éviter de s’embrouiller avec tout un tas de références.

    A mon sens les constructeurs feraient bien de s’en inspirer et faire des choix, de se focaliser sur quelques modèles phares, plutôt que de proposer tout un tas de modèles et de s’éparpiller en proposant des designs parfois loufoques (comme des transformables tablette/portable)…

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  • AS
    23 décembre 2022 - 20 h 37 min

    De mon point de c’est une revolution dans les usages recreatif 2010/2020 en 720p (ultra/haut), 1080p (moyen/bas) et 4K (affichage multi-ecrans jusqu’a 3)
    Vous passez d’une utilisation console portable ou de salon, tablette de loisir, ordinateur de bureau, en une fraction de seconde, c est fluide, c est pratique, c’est économique, de plus vous pouvez installer n’importe quelle(s) distribution(s).

    De mon point de vue les deux choses qui sont a ameliorer par Steam c’est :
    -La mise en dock ou hub car toutes la connectique passe par le fragile USB-C et celui ci est malheureusement scellé à la carte principal, ce qui fait sa force est aussi son plus gros point faible a l’usage. la Norme USB mériterait une variante supplémentaire pour cela.
    -Les deux joysticks sont trop pleins de zone morte pour apprecier convenablement les jeux de precision ou le déplacement d’un curseur, si cela peut etre corrigé en mode salon avec une manette PS5 cela retire tout le charme en mode console.

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  • 24 décembre 2022 - 14 h 24 min

    Après la Switch a cette particularité d’avoir du matos qui n’est plus tout jeune qui mais n’est pas exploité à son maximum non plus avec ses fréquences du processeur et du coeur graphique castrées, une mise à jour des kits de développement et de la Switch pourrait y remédier.

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  • 24 décembre 2022 - 16 h 59 min

    @Etienne: ce sont de vieilles stratégies marketing inspirées de années 90 qui perdurent, histoire de noyer le client (le « consumer ») sous des tonnes de références, histoire qu’il puisse avoir envie d’acheter plusieurs produits au lieu d’un seul… Evidemment, ça marche s’il y a plusieurs goûts avec des sucettes à 1€, ça passe moins bien avec des produits techs à 1000€ !

    C’est devenu contre-productif quand le concept a été poussé jusqu’à l’écoeurement : car le consommateur, aussi bête puisse-t-on penser qu’il est, a une forte capacité à se retirer des marchés qui lui filent la nausée.

    Et c’est surtout devenu obsolète dans le marché automobile, quand certains constructeurs à succès (Tesla entre autres, mais aussi et surtout les chinois) proposent peu de modèles, et le choix entre 2 ou 3 options/finitions seulement. Ils ne se prennent pas la tête à facturer un allume cigare, un lampe de coffre ou des boites de rangement ! Ca simplifie le process de fabrication du constructeur (combinatoire de configuration simple, grosse marges) et ça facilite le consommateur dans ses choix (on a un budget, on coche les configs et basta) => au final, ça arrache le client, les achats se font vite, et les constructeurs aux « vieilles » méthodes, qui ne savent pas s’adapter, se font bouffer sans trop comprendre ce qui leur arrive « mais pourquoi le client ne préfère pas avoir le choix de toutes les options dont il a besoin ? » … on sent le blocage sur certaines mentalités figées.

    Comme le dit Pierre, la force de Valve -et de l’équipe SteamDeck- est de voir sur le long terme : pas pour l’altruisme mais bien pour le fric, mais un fric sur le long terme, et pas la propagande apprise de nos jours en école de commerce qui consiste à plumer vite fait le client, quitte à tuer rapidement le marché.

    Oups, je m’égare ^^

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  • AS
    24 décembre 2022 - 19 h 44 min

    @StarDreamer

    le tour de force de la Steam Deck c’est justement sa polyvalence dans les modes de jeu pour satisfaire les gameplays en 720P/1080p, de ce fait cette console devient l’atout commerciale qui permet a Steam et a toutes l industries par la meme occasion de remettre au goût du jour les catalogues de jeu moderne de tout les editeurs de 1995 à 2019 toutes consoles confondues, sans oublier les rétroportages des années 60 à 90, au grand plaisir des joueurs et des passionnés ainsi que les éditeurs de jeux et les plateformes de ventes.

    Aya ou OneXplayer avec des solutions plus couteuses et energivores, proposent des modeles plus puissantes pour ceux qui veulent jouer leur jeux de 2009 a 2019 en 1080p (Ultra/haut) et 4K (moyen/bas), en mode console de salon (manette/accesoires) et de bureau (clavier/souris), mais aussi par une puissance satisfaisante pour les applications de creations, envisageable mais trop limité sur Steam Deck.

    Bref Steam/Aya/OneXplayer et d’autres ont initiés un nouveau cycle dans cette industrie des dernieres décennies.

    il vous faudrait plusieurs vies humaines pour venir a bout de tout les jeux des trois dernieres décennies, et beaucoup de personne ne pourront de toutes facon pas accéder aux jeux de la décennie actuelle a cause des exigeances matérielles, financières, et géographique.

    si vous prenez en compte les besoins et le cout des configs actuelles en 2k/4k/5k, fibre/cable/5G, mobiliers, accesoires, temps de fonctionnement, jeu derniere gen…
    on se rends compte que du fric et vivre au bon endroit est nécessaire et meme primordiale comme jamais dans l’histoire du jeux videos moderne.

    La Steam Deck est un bon moyen pour beaucoup de joueur d’attendre son tour, et de patienter en profitant des excellents titres a prix d’or des 30 dernières années en consommant 25Wh au lieu de 700Wh avec se satisfaire d’une connexion 25mbits plutot que 350mbit.

    La Steam Deck console du peuple ou du fric ?

    Répondre
  • 25 décembre 2022 - 2 h 58 min

    @Pierre: bref Valve fait du Nvidia (Shield) et adopte la mm stratégie de suivi des produits :)

    Répondre
  • 25 décembre 2022 - 11 h 24 min

    Cela faisait quelques années que je n’étais pas venu sur minimachines.
    Cet article m’a rappelé la qualité de vos articles. Merci beaucoup !

    Répondre
  • A.S
    26 décembre 2022 - 0 h 06 min

    @Raph
    Ayant eu une Shield Tablet Lte (écran fissuré et batterie HS) et un Shield Controller, j’aurai apprécié que Nvidia propose des pieces de rechange de son concept Shield embedded comme Valve le propose dans son partenariat avec Ifixit pour le Steam Deck.

    Nvidia n’avait pour objectif à l’époque que le deployment et la vente d’un maximum de coeur Cuda et de CG nouvelle generation en promouvant le cloud gaming et les applications attenantes.

    Les Shield etaient des concepts ARM novateur et premium sous android décliné en console, tablette, et boitier, ils permettaient de jouer a une poignet de jeux optimisés pour le Tegra et depuis des cloud intra et extranet, ils ont disparu du jour au lendemain au profit de nintendo.

    Seul la Shield TV est resté pour la coherance de l’argument geforce Now des CG et des services cloud Nvidia.

    Valve et Nvidia me paraissent très antagoniste à tout point de vue, je suis donc surpris de ton commentaire.

    Répondre
  • 26 décembre 2022 - 10 h 42 min

    @A.S: je pense que @Raph parlait du suivi du Shield uniquement : pas du reste de la gamme.

    Mais tu fais bien de rappeler qu’effectivement Nvidia s’est un peu planté sur le reste et a préféré jeter l’éponge.

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  • A.S
    27 décembre 2022 - 18 h 27 min

    @Kikimoo
    Oui c’était vraiment une démonstration de force de Nvidia a l’epoque et heureusement que Nintendo cherchait un nouveau cycle apres la Wii, car Nvidia avait le plus grand mal a attirer les développeurs pour les Shield qui tournait sur une distrib ouverte et personne ne voulait jouer a des jeux PC sur des ecrans de 5 ou 7 pouces.
    il a fallut la renommée de Nintendo, une distrib commerciale, et beaucoup d’ingéniosité pour que le Tegra devienne populaire.

    Répondre
  • 28 décembre 2022 - 0 h 45 min

    J’ai craqué ce Noël sur un Steam Deck et pourrait faire un retour plus tard sur les vrais usages pour moi.

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