On ne connait pas le montant du rachat de Phoenix Technologies par Lenovo mais le changement est stratégique pour le constructeur. La marque Phoenix est l’un des rares développeurs de BIOS/UEFI du marché avec AMI et Insyde. Ce groupe restreint détient les clés du dialogue initial des PC avec les systèmes d’exploitation. Le BIOS étant, en quelque sorte, la « cartographie » du matériel embarqué dans votre PC qui se dévoile au démarrage.

Phoenix Technologies, c’est un vieil acteur du monde PC. La marque existe depuis la fin des années 70 et a développé de nombreuses innovations indispensables aujourd’hui. Avec des dizaines de brevets en poche, des marques fortes et des développements majeurs comme SecureBoot qui pilote la sécuité des solutions UEFI, mais aussi des fonctionnalités de pilotage de serveur (ServerBMC) ou la sécurité du code même des BIOS/UEFI (FirmCare). C’est également un acteur majeur dans le développement et la gestion et la certification de l’UEFI.
Enfin, ces dernières années, la société a mis son savoir faire au service d’industriels du monde de l’IA. Développant les BIOS de solutions embarquées dans des datacenters autour de puces à faible coût énergétique pour l’IA tout en gardant un pied dans le monde industriel en proposant des adaptations de ses technologies à des solutions embarquées.

Lenovo, premier client de la marque ?
Pour Lenovo, acheter Phoenix Technologies est un moyen de concentrer un peu plus son savoir-faire. La marque ne coupera probablement pas les ponts avec ses autres clients mais en rachetant les brevets et les hommes, le constructeur s’offre les moyens de développements sur mesure tout en évitant de devoir passer à la caisse pour chaque machine vendue.
Phoenix Technologies gagne de l’argent sur chaque BIOS installé, une somme dérisoire mais multipliée par des millions d’unités chaque année pour le numéro un mondial de cette industrie. Chaque trimestre, des dizaines de millions de PC Lenovo ne paieront plus leur dîme pour simplement pouvoir démarrer. C’est également un moyen intéressant pour développer des outils pour le futur. Et la marque en a le potentiel.
Luca Rossi, président de la section « Intelligent Devices » de Lenovo indique que cette internalisation va permettre au constructeur de proposer un meilleur contrôle sur son matériel. Proposer une sécurité accrue et affiner les capacités de ses machines. La marque Phoenix Technologies est partenaire de Lenovo depuis plus de vingt années. Les deux entreprises se connaissent bien et on imagine que le scénario de ce rapprochement dans la même structure a été pesé sous tous ses aspects.
Outre la possibilité de proposer des BIOS adaptés aux enjeux de l’IA locale, on imagine des développements permettant d’allouer un maximum de mémoire vive pour les circuits graphiques par exemple, au delà des actuelles propositions des développeurs.

Phoenix Technologies est le premier… et le dernier ?
Difficile de faire de même pour les concurrents dorénavant. Phoenix Technologies a été le premier de ces développeurs sur lesquels comptent les industriels du monde informatique à se faire racheter, mais il est quasi impossible qu’un autre suive la même voie. On imagine assez mal qu’un développeur de BIOS comme AMI ou Insyde puisse tomber désormais dans l’escarcelle de Dell ou HP. Et c’est un élément majeur de ce rachat.
C’est un excellent moyen pour le fabricant et le gouvernement Chinois de récupérer une entité qui lui est absolument indispensable. Entité qui pourrait faire partie d’une salve de restrictions techniques ou commerciales imposée par son grand rival de l’autre côté du Pacifique. On a vu en octobre dernier que le gouvernement Chinois poussait sa propre solution de gestion en remplacement de l’UEFI avec la technologie UBIOS. En empochant Phoenix Technologies, Lenovo dispose d’une alternative complète à ce premier mouvement. On imagine facilement que l’administration Américaine pourrait faire pression sur ce type de point névralgique, en mettant des restrictions sur les exportations de BIOS et les partenariats, pour paralyser Lenovo et toute l’économie informatique Chinoise. C’est désormais chose impossible.
On aurait eu du mal à imaginer qu’après 20 ans de partenariat, Lenovo rachète AMI. La marque, dont le nom est littéralement American Megatrends, restera donc américaine. Et restera absolument neutre. Et puis, l’image du phoenix correspond sans doute beaucoup mieux à l’imaginaire et à la culture chinoise. L’idée de cet oiseau qui renait de ses cendres est, littéralement, née en Asie.
Source : Lenovo
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Les possibles pressions US demeureront tant que les 2 fondeurs du monde x86 seront américains: Il faut en effet savoir que les membres de la triade AMI/Insyde/Phoenix ne sont pas vraiment maîtres en leur maison!
En réalité, ils sont dépendants du fondeur qui leur fournit ses RC (reference code chargés des inits plateforme bas niveau, dont la DDR) et autres microcodes (sans lesquels rien ne démarre)… et de Intel qui fournit la base EDKII, certes sous licence BSD, mais qui depuis l’UEFI inclut un driver-model qui permet de fournir des drivers DXE sous forme binaire et non source. Là on saurait mieux s’en passer, mais au prix de fonctionnalités dégradées.
Un BIOS actuel, c’est un patchwork RC+uCode+EDKII+code de l’éditeur de bios (glue, organisation de la configuration/menus, environnement de développement/build) qui ne peut fonctionner sans le concours du fondeur.
Donc Lenovo a surtout acheté le moyen de ne plus payer pour chaque image de BIOS installée (espérons qu’on en finira avec l’absence d’une double image, pour cette raison de coût à l’image, responsable des briquages de machines quand une MAJ BIOS se passe mal) et la possibilité de se démarquer côté fonctionnalités/optimiser la cohérence matérielle/logicielle, ce qui est déjà intéressant.
Par contre, cela n’assure pas une indépendance. Intel/AMD peuvent les bloquer du jour au lendemain sur les évolutions et nouveautés si Trump s’agace après un mauvais parcours de golf (ou de golfe, en ce moment).
@yann: Si tu regardes le marché Chinois, Lenovo développe des machines Kaitian avec Loognson. Je me doute que les brevets récupérés par Lenovo vont pouvoir servir à optimiser cela et proposer à la marque une relative indépendance locale avec AMD et Intel.
Oui pour Trump, son parcours actuel en Iran ressemble à un enlisement dans un Bunker…
ça n’aura pas trainé:
https://www.techpowerup.com/348772/lattice-semiconductor-to-buy-ami-for-ususd-1-65-billion
@softreaper:
Autant Lenovo, cela se comprends… autant Lattice, c’est pas trop leur rayon. Je les vois mal coller du x86 dans un FPGA!
[…] Hier je vous parlais des BIOS Phoenix Technologies et de leur rachat par Lenovo en concluant que ce serait probablement difficile pour un concurrent du constructeur de racheter un des deux grands acteurs restants A savoir AMI ou Insyde. Difficile d’imaginer un Dell ou un HP faire la même opération car cela deviendrait compliqué ensuite de faire jouer la concurrence. […]