Le marché PC très affecté par les pénuries pour au moins encore un an

Les pénuries de composants devraient continuer à affecter le marché PC pour encore au moins 12 mois. Les prix s’en suivront à la hausse et certains produits pourraient s’avérer très compliqués à trouver.

Les pénuries de composants vont continuer d’impacter tout le secteur informatique pour l’année 2022. Et certains produits devraient être difficile à trouver ou… être vendus à des tarifs de plus en plus élevés. Une situation complexe qui ne fait qu’empirer et devrait faire beaucoup de tort au secteur.

Minimachines-10-2021

A l’ITPartners tout le monde faisait de grands sourires, le salon, qui réunit des professionnels du monde informatique, a permis de revoir un peu de monde. La session 2020 a été purement et simplement annulée pour cause de pandémie. Un an sans voir personne, les différents acteurs étaient ravis de pouvoir discuter à nouveau avec leurs contacts. Autrement que par téléphone ou en visio conférence. Mais si tout le monde était ravi d’avoir à nouveau des échanges plus humains, les craintes qui planent sur le secteur ont rapidement laissé apparaitre quelques grimaces sous les masques…

L’année 2020-20201 n’a pas forcément été catastrophique pour le marché informatique. Du moins pas pour les vendeurs. Certains épisodes ont été euphoriques comme au tout début du confinement où même les imprimantes qui prenaient la poussière en attendant les soldes ont fini par trouver acquéreur. Les ventes de certains produits se sont envolées comme les portables classiques comme les Chromebooks. Certains ont profité d’avoir un peu de temps libre pour se lancer dans la mise à jour de leur PC ou ont remplacé une veille tour par une nouvelle… 

Depuis le prix des composant a fluctué, surtout vers le haut. Avec des épisodes mémorables comme le débarquement des puces RTX 30×0 de Nvidia. Cette génération de cartes graphiques qui cherchait à marquer les esprits en jouant sur un tarif qui se voulait être plus abordable que la génération précédente, s’est littéralement envolée. Une demande énorme et une production en deçà de ce qui était planifié ont créé un effet de levier important sur les prix. Certaines cartes graphiques haut de gamme se sont alors retrouvées au tarif d’une configuration complète vendue six mois auparavant.

Si la situation est en théorie positive pour les revendeurs, ils gagnent forcément plus d’argent à vendre un produit à 1000€ qu’un produit à 300€, elle ne l’est plus forcément quand on éloigne la loupe des seules cartes graphiques. De nombreux acheteurs ont remis à plus tard leur équipement, ce qui a paralysés les ventes d’autres produits. Le seul moyen de vendre une configuration complète étant de sacrifier toute sa marge sur la partie graphique. Bienheureux ce revendeur qui me confie sur le salon avoir sécurisé des centaines de cartes graphiques Nvidia RTX avant la hausse. Prévenu par ses grossistes de l’envolée des tarifs, il a pu vider sa trésorerie pour stocker en masse. Sans ces cartes, il confie qu’il ne sait pas si il serait toujours en activité aujourd’hui, elles lui ont permis de gommer les différences de tarifs d’avec ses concurrents et de maintenir ses ventes. Certains revendeurs ont mis en place des systèmes de paiement étalés à leurs frais qui absorbent une partie de leur marge mais qui est devenue indispensable pour vendre quoi que ce soit. 

3060 Ti

D’autres n’ont pas eu cette chance et ne savent pas vraiment comment terminer leur année. Les ventes se sont écroulées, notamment pour les petits revendeurs de « quartier » qui subsistent dans des villes moyennes. Loin des enseignes plus nationales. Ceux-là n’ont pas vu la couleur d’une RTX depuis plusieurs trimestres. Impossible à acheter chez les grossistes, trop cher, trop « délirant » par rapport à leur public. Même le plus enthousiaste. Ils subsistent en vendant comme toujours du service et assurent le montage de pièces glanées ailleurs. L’un d’entre eux me raconte, par email, que paradoxalement la situation s’améliore pour lui plus récemment. Les ordinateurs doivent « durer » désormais. Et beaucoup de particuliers comme de professionnels ne se voient plus changer aussi facilement leur matériel. Le surcoût lié aux pénuries de composants fait que les machines réapparaissent en ateliers pour des nettoyages, remises à niveau et autres opérations de maintenance. « Même sur de petites configs ». Certains PC réapparaissent en ateliers alors qu’ils avaient pris l’habitude de partir à la déchetterie « un peu trop rapidement ». Le remplacement facile des machines a disparu. 

Chez les particuliers même constat, on pense à nouveau à rajouter « un peu de mémoire », à basculer son système sur un SSD, au lieu de racheter une configuration complète. Les machines sont remises à niveau et certains découvrent également les joies de l’aménagement graphique dans les jeux. Baisser les détails, changer de définition… Les gens s’adaptent face à des tarifs impossibles à suivre.

Asus Rog Flow X13

Sur l’ITPartners, la majorité des professionnels est assez inquiète. Certains composants sont impossibles à trouver aujourd’hui et les constructeurs se grattent la tête face à des situations inenvisageables jusqu’alors. Construire un ordinateur portable complet c’est comme construire un puzzle, sauf que les pièces qui composent la machine proviennent de boites toutes différentes. Quand une pièce manque, l’ensemble est impossible à terminer. Quand une machine à plus de 1000€ se retrouve bloquée parce qu’un simple composant à 1$ est totalement indisponible, la situation vire au cauchemar pour les fabricants. Personne ne peut garder 500, 1000 ou 2000 cartes mères de portables dans un coin en attendant un simple composant sans aucune visibilité sur sa réelle disponibilité. Du coup, c’est la paralysie et un changement de cap pour certains produits. Certains constructeurs lèvent le pied sur leur production, d’autres commencent à choisir des composants plus souples, ceux qui assurent une compatibilité broche à broche avec d’autres modèles par exemple. Histoire de pouvoir remplacer une pièce en rupture par sa petite ou sa grande sœur disponible.

L’espoir d’une accalmie sur certains secteurs, notamment les cartes graphiques et les SSD servant aux cryptomonnaies, ne s’est pas concrétisée. Les autorités Chinoises ont certes fait les gros yeux mais sans réelles conséquences sur le cours de ces monnaies virtuelles. Leurs valeurs sont restées très hautes et la rentabilité est toujours là. Le secteur continue d’absorber en masse ces composants.

Plusieurs sociétés ont tiré sur le signal d’alarme, indiquant que le secteur informatique restera marqué par les pénuries de composants au moins jusqu’au second trimestre 2022. Et l’informatique n’est clairement pas le seul secteur en crise. Ce qui amène à d’autres bouleversements importants sur le transport et les tarifs des transporteurs.

L’ex Rédac Chef de Canard PC Hardware, DocTB alias Samuel Demeulemeester, a ainsi évoqué l’avenir du secteur et particulièrement l’impact du prix du fret sur les mois à venir dans un thread sur Twitter. L’afflux de commandes des débuts du confinement a vidé une bonne partie des stocks et si cette première vague a été remplacée, elle l’a été au compte goutte. Désormais les prix du transport ont explosé, ce qui pousse encore un peu plus les tarifs vers le haut.

Suivant les types de composants, différents transporteurs sont envisagés. Certains produits petits, légers et très couteux, voyagent par avion. C’est notamment le cas des composants classiques comme les processeurs, la mémoire vive ou les cartes graphiques. D’autant que ces composants ont des prix très volatils et qu’il peuvent fluctuer fortement entre le décollage et l’atterrissage. Il n’est pas question pour eux de les laisser des semaines dans des containers.

Mais pour d’autres produits, lourds et encombrants, la méthode de transport traditionnelle est le porte container. Un mode de transport qui va mettre 40 jours à rallier les côtes Européennes en transportant des centaines de pièces. Problème, le prix de ce transport a explosé. Avant la pandémie de COVID, le transport et la location d’un container en partance de Chine jusqu’à un port Français coûtait environ 2500€. Aujourd’hui le tarif a grimpé à 10 000€. Cette augmentation implique une hausse du prix de tous les produits transportés. Et c’est encore plus problématique lorsque l’on n’arrive pas à remplir convenablement, faute de produits, son container. Un courtier en fret m’indiquait, quant à lui, que son chiffre d’affaire avait explosé à cause des pénuries de composants. De plus en plus de gens passant par ses services pour partager le coût d’un container à moitié vide. Quitte à ralentir de quelques jours son départ. Une chose qui n’existait pas forcément avant la pandémie où la problématique était surtout d’avoir du stock en permanence plutôt que d’économiser quelques euros de port sur chaque pièce.

 

Cette hausse s’explique par plusieurs facteurs, notamment un énorme déséquilibre de stockage des containers qui continuent de s’accumuler aux US et en Europe. Aucun transporteur n’ayant envie de payer un « retour à vide » d’un cargo. Il est plus rentable de fabriquer un nouveau container en Asie et de le faire circuler vers les US ou l’Europe pour 10000€ que d’en embarquer un déjà en service et de le rapatrier sans fret. Le manque de matériel à transporter face à des coûts fixes expliquent sans doute également une partie de cette hausse. Enfin, on évoque les surcoûts liés au COVID et à la complexification des procédures douanières… D’autres, comme le PDG du groupe Leclerc, voient là une possible entente sur les tarifs des principaux transporteurs maritimes mondiaux.

Les services de transports ferroviaires ont bien entendu continué à assurer une partie du transport de ces produits mais leurs tarifs ont également évolué à la hausse. Dernier domino de cette chaine, devant la hausse des tarifs des transporteurs « lents », les importateurs se sont naturellement tournés vers l’avion.  Quand le prix d’un container en mer explose, on relativise le tarif d’un transport dans les airs. Cela n’a évidemment pas duré et les prix du fret aérien se sont ajustés en conséquence pour « coller » au marché.  Plus de demande de transport, toujours autant d’offre, le scénario d’une hausse des tarifs était prévisible.

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Dernières mauvaises nouvelles, le sorts des entreprises et industries chinoises. Entre le manque de main d’œuvre après avoir renvoyé chez eux leurs salariés au début de la pandémie et les problème énergétiques du pays… le retour à un scénario de production identique à celui d’avant le Covid est encore illusoire. La Chine fait face à de gros problèmes de production électrique avec des rationnements importants. Les différentes industries locales se retrouvent dans l’impossibilité de produire quoi que ce soit et donc d’assurer leurs carnet de commandes. Un effet boule de neige de ces soucis de production devrait avoir des conséquences très rapide avec encore plus de pénuries de composants, de retards à la livraison ou simplement l’annulation de certains contrats. 

Quand un fabricant de pièces détachées de Shenzhen ne peut plus faire tourner sa production que la moitié du temps habituel faute d’énergie, le problème devient vite un véritable casse tête. Si un constructeur n’arrive pas à sécuriser l’ensemble des pièces nécessaires à la construction de son matériel, il passe tout simplement à autre chose. Et quand il y arrive… il impacte sur son prix de vente l’ensemble du coût de revient de son usine et des salaires qu’il doit payer. Si votre usine ne travaille qu’un jour sur deux, une pièce vendue 10 centimes passe logiquement à 20 centimes pour payer charges et main d’œuvre.

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Dernier élément problématique, le silicium est passé très rapidement de 2000 à 9000€ la tonne. Ce matériau rare, majoritairement extrait en Chine, a vu fluctuer son cours de manière jamais vue à la hausse. 4.5 millions de tonnes de Silicium viennent de Chine sur les 7 millions produites chaque année. La pénurie énergétique ayant, là encore, impacté cette matière première indispensable dans le monde informatique.

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Vous l’aurez compris, le futur n’est pas rose et la disponibilité que l’on connaissait avant la pandémie n’est pas prête de revenir à la normale. Pas plus que les tarifs que l’on connaissait alors. Les plus optimistes parlent d’une situation juste « compliquée mais proche de début 2020 » au niveau des pénuries de composants pour juste après le pic des fêtes de fin d’année soit au tout début 2022. D’autres parlent d’une année 2022 toute aussi noire que 2021. Une bonne partie de mes interlocuteurs coupent la poire en deux en indiquant un retour à une situation presque normale  juste avant les vacances 2022.

L’impact de ces prévisions est énorme, il va influer sur le calendrier des sorties de produits et pousser les constructeurs à des choix extrêmes. On risque de voir des concepts de machines débarquer sans aucune réelle volonté de commercialisation. Le CES 2022 risque d’être le  théâtre de présentations de produits qui ne verront finalement jamais le jour. Et, à l’inverse, les constructeurs travailleront sur des solutions très peu originales destinées à être mise en vente. Des solutions simples mais pouvant être facilement modifiées pour suivre les catalogues de composants réellement disponibles. 


Rivière
13 commentaires sur ce sujet.
  • 5 octobre 2021 - 15 h 34 min

    Il ne faut en prime pas penser que le problème ne touche que des composants complexes (CPU/GPU) difficiles à remplacer, le stockage (flash, DDR) ou il est en général possible d’être multi-source: Des composants d’alimentation sont aussi touchés et en général, les implantations n’ont rien de standard et des problèmes de ce côté c’est re-design de PCB… On le vit actuellement sur des cartes d’infra télécoms.

    L’auto est aussi très touchée: M’étant fait voler la mienne cet été, j’ai hélas dû en racheter une autre. Déjà en neuf quand on ne veut pas de SUV, d’hybride ou de moteur (trop) downsizé cela limite à l’occasion et évite les pb actuels de délais de livraison qui montent en neuf…

    Mais cela va être temporaire: J’ai acheté à une société de leasing qui revends une partie de ses véhicules elle-même en fin de contrat (ceux qui sont propres, les autres sont revendues à des marchands tiers voir partent aux enchères) et là aussi, cela se gâte très vite depuis la fin de l’été: Ils terminent de leur propre aveu une période assez faste avec des véhicules moins kilométrés que les contrats ne le prévoyaient (effet confinement/activité réduite, au mieux, voir fins de contrats anticipées lié à des dépôts de bilans/licenciements dans les boites qui n’ont pas tenu le coup), une fois sur le marché de l’occase.

    Mais actuellement, les délais pour les nouveaux véhicules qu’ils achètent en masse pour leurs clients sont de plusieurs mois à 1 an: Tous les clients sont donc en train de faire des avenants pour prolonger leurs contrats actuels, avec un tarissement rapide du marché occase suivant le neuf de quelques mois. Idem côté particuliers: Après avoir eu beaucoup de reprise de véhicules devenus temporairement sans objet (mais qui décotent et doivent continuer à être assurés) avec le télétravail, disponibilité/hausse de tarifs en neuf grippent là aussi le marché occase à l’heure ou il faut retourner au boulot en présentiel!

    Même effet en vue pour les vendeurs de PC reconditionnés?

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  • 5 octobre 2021 - 16 h 23 min

    Article fascinant, merci pour cette analyse !

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  • 5 octobre 2021 - 19 h 04 min

    Est-ce à dire qu’on peut tabler sur une augmentation du prix des SSD, et qu’il ne faut pas s’attendre à des réductions de prix pour le black friday (j’ai des emplettes de SSD à faire, à court terme)

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  • Lou
    5 octobre 2021 - 19 h 52 min

    Merci pour cet article très intéressant !

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  • 5 octobre 2021 - 22 h 33 min

    Hello, un grand merci pour ce super article qui rattrape pas mal d’événements que j’ai loupé (trop de stress les news en ce moment, je me suis « déconnecté », ça fait du bien de temps en temps).

    Est-ce là la crise post-Covid dont les spécialistes parlaient ? Le coup des soucis électriques en Chine, ça risque d’être assez costaud vu qu’on en est devenu commercialement dépendant.

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  • 6 octobre 2021 - 7 h 58 min

    Il ne faut pas oublier que les soucis électriques, en Europe aussi on va les avoir.
    Si coup de froid plus important que prévu, on pourra tabler sur quelques Blackout chez nous aussi (et on verra si les compteur Linky vont sélectivement couper les campagnes pour laisser l’éclairage en ville …).

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  • 6 octobre 2021 - 8 h 15 min

    Merci pour cette analyse. On n’a pas le fessier sorti des ronces. Les renouvellements de matériel côté pro vont prendre un sévère coup aussi. Je pressens certaines entreprises prendre des risques à pousser sur le matos 1 ou 2 ans de plus ou reporter des projets d’infra…

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  • 6 octobre 2021 - 10 h 18 min

    […] ACTU Le marché PC très affecté par les pénuries pour au… […]

  • 7 octobre 2021 - 7 h 03 min
  • 7 octobre 2021 - 21 h 27 min

    @Iodir:

    T’as beau avoir 10 bagnoles au garage et des tas de pilotes, si t’as pas d’essence à fout’ dedans…

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  • 12 octobre 2021 - 13 h 22 min

    @yann:

    Je souscris. Je me tâte en ce moment pour le changement d’une machine +10ans entre prendre une machine pas tout à fait dernier cri (ex: Intel gen 10) avec PCiE4 / DDR4 (encore dispo en neuf ou sur l’occasion et au prix encore à peu près acceptable) et attendre en mode autruche 1 à 2 ans que cela se tasse. Parce que je me dis que si cela ne se tasse pas, c’est que c’est un crise bien plus grave et qu’un PC ne me servirait plus à rien.

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  • 15 octobre 2021 - 16 h 11 min

    […] ACTU Le marché PC très affecté par les pénuries pour au… […]

  • 21 octobre 2021 - 18 h 40 min

    […] Le marché PC très affecté par les pénuries pour au… […]

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