Le Chromebook Gaming danse sur les cendres encore chaudes de Stadia

Google lance le Chromebook Gaming, un mouvement prévisible mais encore difficile à cerner. Surtout après l’aventure Stadia.

Chromebook Gaming, Chromebook et gaming ? Le principe même de cette appellation n’est pas très clair. Si il existe des solutions pour jouer sur Chromebook, et depuis pas mal de temps maintenant, elles n’ont rien de propre à la plateforme.

Je ne sais pas si les personnes bossant pour Google chez Stadia sentaient les coups de scie qui s’attaquaient à leur branche. Il y a quelques jours encore Stadia existait et Google promettait à tous son plus glorieux avenir. Avec un tout petit peu de recul on comprend que cela n’avait depuis longtemps plus aucun sens.

Un Chromebook Gaming signé Google mais sans Stadia

Acer avec le Chromebook 516 GE, Lenovo avec son IdeaPad Gaming Chromebook et Asus avec le Chromebook Vibe CX55 Flip, ce sont les trois premières machines a sortir sous ce concept de Chromebook Gaming. Trois engins annoncés en ce début octobre 2022. Le 10 octobre pour être précis, quelques jours seulement après l’annonce de la fin de Stadia.

Construire un PC portable, un Chromebook comme tout autre machine de ce type, demande du temps. Il faut anticiper ses composants, les sélectionner, dessiner son électronique, sécuriser les pièces internes, designer la coque, la faire fabriquer et réserver les lieux d’assemblage de l’engin final. Il faut préparer sa communication, communiquer auprès des antennes locales pour préparer sa promo. Construire un PC c’est une grosse affaire de planification, cela ne se décide pas en quelques jours ni même quelques semaines. On parle de trimestres d’anticipation.

Aussi, pendant que Google négociait de la main droite la construction de ces Chromebook Gaming avec – au moins – trois marques différentes. Google agitait la main gauche en faisant vivre Stadia tout en assurant son plein et entier engagement dans le système de jeu dans les nuages de la marque.

Or tout le principe de ce Chromebook Gaming est de fonctionner grâce à des partenariats chez les concurrents de Stadia. Bien sûr on imagine que Google voulait lancer ses nouvelles machines avec un abonnement vers Stadia. Histoire de proposer un truc vertueux, un support pour jouer d’un côté et une formule d’abonnement de l’autre. Mais au final ce sera avec une offre GeForce Now que le Chromebook Gaming sera lancé. Soit avec le principal concurrent de Google pour Stadia. Une belle manière de jeter l’éponge.

Autrement dit, Google plantait des clous dans le cercueil de Stadia depuis des mois comme le montre la page produit de la machine d’Acer qui met face à face le GeForce Now de Nvidia et le concurrent qu’était Stadia.

Acer, Lenovo et Asus vont proposer des Chromebooks Gaming

Trois constructeurs, pour le moment, vont lancer un Chromebook Gaming. Avec des gammes de prix assez larges puisque les engins peuvent grimper à un tarif assez haut. Ce qui me pose d’emblée un problème puisque je ne vois qu’un seul atout pour ces machines, leur simplicité d’entretien.

Si les Chromebooks permettent de confier un PC à un tiers sans qu’il n’ait a se préoccuper de son système d’exploitation, ce dernier étant surtout rattaché à des applications stables et sans la possibilité d’installer de programme au comportement bizarre. Ils sont parfait pour coller aux besoins des néophytes. Un utilisateur pourra être totalement ignorant du fonctionnement d’un ordinateur et ne savoir que cliquer sur des icônes et pourra tout de même lancer un navigateur, voir une vidéo ou, désormais, lancer un jeu PC dans de très bonnes conditions.

Cette approche très grand public est le point fort de cette offre. Elle permet d’ouvrir à tous l’informatique grâce à ChromeOS sans risquer de « casser » son système d’exploitation avec une mauvaise pratique. Mais c’est vraiment son seul intérêt et peut être également son principal défaut.

D’un point de vue utilisation, que la machine qui lance le protocole de Streaming soit un Chromebook ou un autre PC n’a aucune importance. Avec un service comme GeForce Now, service qui exploite un ordinateur dans les nuages pour calculer votre jeu à la place de votre PC, le fait d’utiliser un de ces Chromebook Gaming n’apporte rien de particulier à l’utilisateur. Cela pourrait être aussi bien un engin sous Linux, sous MacOS, sous Windows ou sous Android. Peu importe. C’est le service de jeu dans les nuages qui fait le boulot de calcul et renvoie vers vous une vidéo de vos actions en temps réel. Si votre machine locale sait afficher cette vidéo alors elle est prête a le faire fonctionner. Google met également en avant une compatibilité avec Steam au travers d’une solution encore en phase de développement Alpha mais le point fort de l’offre c’est bien GeForce Now.

Dès lors on ne voit pas très bien pourquoi on choisirait un de ces engin plutôt qu’un autre ? Quelle est leur plus value ? Leur intérêt ? Certes il y a le côté « grand débutant » de l’offre… Mais c’est également un gros défaut. Le jeu vidéo a été et reste un excellent moyen de progresser en informatique. Certains jeux très exigeants demandent de plonger dans les entrailles de son système, de chercher a le comprendre a et l’optimiser. Cet aspect est totalement gommé par cette offre. Avec un Chromebook on démarre en tant que débutant et Google vous prend tellement tout le temps par la main qu’on restera toujours un débutant.

Si il est possible d’envisager d’autres schémas de fonctionnement que celui du jeu dans les nuages grâce à l’offre Steam. L’offre proposée par les systèmes présentés plus bas montre un rapport performance/prix qui n’est pas à l’avantage de cette nouvelle gamme de Chromebooks. Il sera possible d’installer en dur des jeux Linux ainsi que quelques productions Android compatibles avec les Chromebooks tactiles. Mais cela reste maigre.

Pourtant les constructeurs ont joué le jeu

Trois constructeurs ont répondus présents en participant à cette nouvelle aventure. Acer, Lenovo et Asus. D’autres attendent peut être de voir comment régit le marché avant de ce lancer.

Acer lance un engin assez haut de gamme dans cette série de Chromebooks Gaming avec une solution 16 pouces baptisée Acer Chromebook 516 GE. Un bel écran de type IPS qui affiche en 2560 x 1600 pixels avec une dalle 100% sRGB en 16:10 proposant un rafraichissement 120 Hz1. La partie gaming est surtout visible dans le… clavier. Sans circuit graphique dédié l’idée est bien de jouer dans les nuages. On a donc juste un clavier à rétro éclairage RGB et fonctionnement anti ghosting. Pour piloter la machine on retrouve un Core Intel de 12e génération avec pour l’entrée de gamme un Core i5-1240P associé à 8 Go de mémoire vive LPDDR4x et 256 Go de stockage NVMe PCIe Gen 3 annoncé à 649.99$. Une seconde version, en Core i7-1260P avec 16 Go de mémoire vive et toujours le même stockage est annoncée en France à 999€.

Un prix qui devrait échauder pas mal de clients potentiels vu ce qu’il est possible d’obtenir sur le marché sous Windows ou sans système pour ce tarif. Le nombre de machines « traditionnelles » que l’on a vu passer sous la barre des 1000€ ces derniers mois est impressionnant. Des engins équipés d’une puce AMD ou Intel récente, d’un circuit graphique mobile type Nvidia GTX ou RTX, de mémoire vive en 8 ou 16 Go évolutive et d’un stockage largement plus imposant. Difficile de voir exactement l’intérêt de l’offre Chromebook Gaming pour un joueur. Il peut trouver plus performant ailleurs.

La connectique du Acer Chromebook 516 GE est très correcte. On retrouve deux ports USB 3.2 Type-C, un USB 3.2 Gen 1 type-A, une sortie HDMI 2.1, un jack audio 3.5 mm combo et un port Ethernet2 2.5 Gb. Le PC proposera également du Wifi6E et du Bluetooth 5.2. Le retour d’un port Ethernet sur ce type de portable s’explique bien entendu par la nécessaire solidité de la connexion au réseau pour jouer dans de bonnes conditions.

 Le châssis proposera un équipement très correct avec une webcam FullHD, deux micro avec correction du bruit ambiant, quatre Haut Parleurs gérant le DTS Audio et une batterie de 65 Wh offrant entre 9 et 10 heures d’autonomie d’après Acer. 

Vient ensuite le Lenovo IdeaPad Gaming Chromebook. Un autre engin de 16 pouces en 2560 x 1600 pixels grâce à une dalle IPS avec un rafraichissement de 120 Hz et une luminosité de 350 Nits. La gamme de puce intégrée est un peu différente des modèles d’Acer avec le recours à des puces Intel Core i3-1215U et i5-1235U. Des puces moins véloces mais plus économes en énergie ce qui devraient apporter plus d’autonomie à ces engins. Surtout avec une batterie de 71 Wh.

 

Là encore c’est un fonctionnement un peu dur a comprendre. On ne pourra pas jouer avec un Chromebook Gaming sans un accès à internet via un Wi-Fi solide ou un Ethernet. Ce qui rend de facto l’autonomie moins importante dans l’équation. Le recours à des processeurs Intel « U » parait donc quelque peu surprenante. Lenovo a choisi d’installer 8 Go de mémoire LPDDR4-4266 dans les machines. Soudée, cette mémoire ne proposera aucune évolution. Le stockage sera confié à des solutions différentes. Les modèles entrée de gamme auront droit à 128 Go de eMMC tandis que les solutions en 256 oui 512 Go compteront sur un SSD M.2 2242 NVMe PCIe.

 

L’idée pour Lenovo est probablement de ratisser assez large avec ces engins. L’entrée de gamme coutera 599$, ce qui ne sera pas forcément une bonne affaire en Core i5-1215U 8/128Go mais qui pourrait être séduisant sur le papier. Ecran de belle définition, possibilité de jouer dans les nuages, fonctionnalités additionnelles sympathiques comme un clavier rétro éclairé 4 zones RGB, quatre HP 2W, du Wi-Fi6, du Bluetooth 5.0 trois ports USB 3.2 Type-C avec prise en charge du DisplayPort et du Power Delivery, deux USB 3.2 Type-A, un lmecteur MicroSDXC et un jack audio combo. Pas de port Ethernet sur ce modèle.

 

Enfin Asus lance le Chromebook Vibe CX55 Flip, un engin somme toute assez proche des deux autres même si ce modèle propose une charnière permettant de le positionner en tablette avec un basculement sur 360°.  Le constructeur propose plus de choix de processeurs, toujours 100% Intel, avec trois puces différentes. Les Core i3-1115G4, Core i5-1135G7 et le Core i7-1165G7. Des puces plus haut de gamme associées à 8 ou 16 Go de mémoire vive LPDDR4X soudée et des stockage NVMe PCIe 3.0 allant de 128 à 512 Go.

Ce devrait être le Chromebook Gaming le plus cher de cette première fournée avec un prix annoncé de 699$ HT pour le modèle Core i5 avec 8 Go de mémoire et 256 Go de stockage. C’est aussi le seul avec un écran tactile exploitable en – grosse – tablette qui permettra de jouer aux jeux Android. Mais un écran qui ne proposera qu’un 1920 x 1080 plus classique, une belle fréquence de 144 Hz et une luminosité assez faible de… 250 nits. Loin de moi l’idée de me dire que cette machine n’a pas été optimisée mais pour avoir eu pas mal de PC portable proposant un format tablette. L’idée d’un écran tactile capacitif associé à une luminosité aussi faible n’est pas vraiment brillante. Enfin si, la dalle est souvent très brillante justement. Et les 250 nits peinent a donner le change.

Pour le reste on retrouve une webcam 720P, une paire de Haut Parleurs classiques, un clavier rétro éclairé RGB et des touches ZQSD colorées pour faire plus « Gaming ». La connectique propose deux USB 3.2 Gen 2 Type-C, un Type-A, un lecteur de cartes MicroSDXC, un jack audio combo et un port HDMI 2.0. La connexion au réseau se fera avec un module Wi-Fi6 proposant du Bluetooth 5.0. L’alimentation est un boitier externe 45 Watts rechargeant la batterie 57 Wh en USB Type-C.

Sur le site d’Acer on parle encore de Stadia au côté de Nvidia.

Le drôle de pari du Chromebook Gaming ?

Je me demande bien qui va se lancer sur ces engins. Ils sont annoncés avec un abonnement premium GeForce Now de 3 mois offert et pourront donc être exploités de manière efficace pendant cette période. Ensuite il faudra payer un abonnement GeForce Now mensuel pour en profiter. Ce n’est pas forcément un mauvais pari et de nombreux utilisateurs sont ravis de l’offre de Nvidia. Ce qui me pose vraiment plus de problème c’est le manque d’intérêt des machines en elle même.

Grande diagonale, encombrement important, fonctionnement classique et prix assez élevés. Où est la nouveauté ? Il s’agit ni plus ni moins que de machines de gamme moyenne portées sous ChromeOS et dur lesquels on a ajouté les « signes extérieur de gaming ». Claviers RGB et écran 120 ou 144 Hz. Leurs moteurs n’ont rien d’extraordinaire pour un joueur, pas plus que leur équipement. Pire il n’y a pas vraiment de cohérence entre les modèles. On aurait pu croire que les 4 enceintes était une demande de Google pour ces machines mais au final il n’en est rien. Pas plus que la définition de l’écran ou un certain niveau de performances pour profiter de SteamOS sous Chrome.

Alors ? Pas une bonne affaire ces machines ? Il faudra voir le prix demandés par les marques d’ici quelques mois pour se faire une idée mais à bien regarder les tarifs, même dans une optique de Cloud Gaming, je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’une bonne affaire. On aura finalement exactement le même service avec un Chromebook calssique pour le jeu et beaucoup beaucoup plus de possibilités avec un PC standard sous Windows ou sous Linux.

Manquer d’ambition ne pardonne pas beaucoup sur ce marché, c’est pourtant exactement le sentiment que laisse cette sortie. Comme si ce projet avait été pensé autrement et soit finalement recalibré au dernier moment. Est-ce que ces Chromebooks Gaming n’auraient pas simplement dû être des Chromebooks Stadia ?

Faites découvrir le site en le partageant

Notes :

  1. Le max pris en charge par le service GeForce Now
  2. Comme quoi, finalement c’et bien possible de trouver la place d’en glisser un…

Soutenez Minimachines avec un don mensuel : C'est la solution la plus souple et la plus intéressante pour moi. Vous pouvez participer via un abonnement mensuel en cliquant sur un lien ci dessous.
2,5€ par mois 5€ par mois 10€ par mois Le montant de votre choix

Gérez votre abonnement

6 commentaires sur ce sujet.
  • 12 octobre 2022 - 21 h 06 min

    Mwais, jolies machines mais qui peut croire assez en l’avenir que Google ficèle pour ses propres produits. On les a vu développer tant de choses, les promouvoir puis les abandonner.

    Répondre
  • 12 octobre 2022 - 22 h 06 min

    ouais, avec Stadia, Google affiche une stratégie au grand jour d’abandon rapide (kill) de produits jugés non rentables, https://killedbygoogle.com/. La liste est longue, cpt, avec l’effet délétère de l’abandon rapide de Stadia affectera à mon goût à long terme la perception du grand public vis à vis de la capacité de la marque à proposer des produits qui durent dans le temps, ce qui entame donc sa répudiation (ce que j’appelle l’effet Sega).

    Répondre
  • 13 octobre 2022 - 3 h 26 min

    @Raph: « l’effet Sega » c’est quoi ? :)

    « Avec un Chromebook on démarre en tant que débutant et Google vous prend tellement tout le temps par la main qu’on restera toujours un débutant »
    c’est aussi ce que fait Apple à sa façon, le gamming pour s’intéresser aux composants se fait surtout si on s’y passionne et je crois pas que ce soit les systèmes qui les rendent casual. soit ils s’y intéressent personnellement, soit ils demandent conseil. aujourd’hui le choix du système ne pénalise plus vraiment l’usage, ça va être surtout une question de préférence, tout comme pour la taille du pc portable ;)

    si google optimise l’utiisation de jeux pc sur chromeOS tant mieux j’espère que les avancées profiteront à tout l’univers GNU

    Répondre
  • 13 octobre 2022 - 12 h 44 min

    voilabcomment un service de commerciaux pond un « nouveau » produit suite à une étude de marché hyper pertinente…
    sérieux un chromebook pour jouer…. a largueur ils auraient sorti une chormebox j aurais compris…mais la marge de bénéfice est trop faible a cause des consoles alors ils font genre on pren un pc à 400e. on lui rajoute du TGV et un écran (+40€ max) et on le revend bien plus cher avec l etiquette gaming….les marketeux en action….

    et sinon vous nous pondez la suite du netbook…un 11 pouce équilibré en connectique autonomie et un petit n5000 pu soyons fou…un ryzen6xxxx bref pas assez de marge le gaming xa rapporte plus.

    Répondre
  • 13 octobre 2022 - 14 h 57 min

    pardon je parlais de n6000 pas de n5000

    Répondre
  • 15 octobre 2022 - 19 h 23 min

    Belles Machines comme ACER sait les faire .
    Petits Rires moqueurs face aux réelles performances et face aux prix aussi .
    je regarde ETAT-PRIME et le spécialiste des CHROMEBOOK sur YOUTUBE .

    Ma bête impression ,question Ecran cela semble pas trop mal ,pour la puissance c’est un peu osé de dire que c’est des ordinateurs de GAMING .

    Perso ,a moins que je sois très nul ,je n’ai jamais réussi a jouer a GENSHING IMPACT sur mon Chromebook ACER avec un Intel i3 de 8 ème Génération alors que ma petite tablette LENOVO le joue sans gros problème avec un modeste Mediateck ARM .

    Reste donc a l’acheteur joueur a faire le tri entre Chromebook Gaming et portable Gaming sous WINDOWS .
    A 1000 euros mon LÉGION de LENOVO et le GAMING CHROMEBOOK ACER ,je pense que mon choix serait encore mon LÉGION .

    Répondre
  • LAISSER UN COMMENTAIRE

    *

    *