Diskio Pi : La tablette libre relance son financement participatif

La tablette Diskio Pi est un projet que je suis depuis longtemps. La promesse d’une solution libre, portée par des cartes de développement et mené par un français passionné ne pouvait que retenir mon attention. Cette nouvelle campagne de financement mérite un coup de projecteur.

Diskio Pi a déjà tenté une aventure sur Kickstarter qui s’est soldée par un échec. Ce n’est pas grave, échouer c’est beaucoup apprendre et Guillaume Debray qui pilote ce projet a sûrement beaucoup appris puisqu’il revient avec un projet plus abouti aujourd’hui. Son projet de tablette “libre” n’a jamais été aussi proche du but.

L’idée de Diskio Pi c’est de propulser une tablette grâce à une carte de développement classique type Raspberry Pi. Fournir les éléments nécessaires à sa fabrication pour que des gens puissent monter leur tablette 13.3″ eux même. Avantages notables : Une accessibilité complète aux composants ce qui permettra de la réparer mais aussi de la faire éventuellement évoluer. Des logiciels libres sont également mis en oeuvre et le maximum de documentation sera libéré pour les utilisateurs.

Inconvénients ? Le format sera forcément moins compact qu’une solution industrielle non réparable classique. Les logiciels seront peut être moins faciles d’accès et moins automatiquement gratifiants… 

En 2015, Guillaume a l’idée de Diskio Pi en installant Android sur une carte de développement Orange Pi. Les Raspberry Pi ont ouvert la voie mais aucun support Android n’est disponible. L’idée de pousser Android sur la carte apparaît comme une évidence et après un petit travail d’adaptation pour piloter le tactile, l’idée est là : Pourquoi ne pas fabriquer une tablette libre ? Il s’entoure de deux personnes, Benjamin et Nicolas, qui vont l’aider dans cette tâche.

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Les premiers prototypes du projet…

Vient alors la fièvre du prototypage, assembler les différents éléments nécessaires à la réalisation d’une tablette : Un écran bien sur et un modèle de 13.3″ est retenu mais aussi la carte qui va contrôler cet écran et son rétro éclairage et sur laquelle on va brancher une carte proposant un SoC et de la mémoire. Il faut ensuite ajouter les éléments secondaires comme la batterie, le gestionnaire de celle-ci, la connectique et tout le reste… Cela finit par faire un assez monstrueux lot de câbles et de composants. Sur une “vraie” tablette industrielle, les composants épars sont soudés sur une carte unique et les câbles sont remplacés par des circuits… Le tout est “glissé” au chausse pied dans une coque à moitié recyclée et à moitié imprimée.

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Diskio Pi Prototype 0.2

Ce travail préparatoire va permettre de déterminer l’ensemble des besoins nécessaires avant la fabrication de la carte de base qui jouera le rôle de passeur de plat entre les différents éléments. Sur la photo ci dessus, on découvre un prototype qui commence à s’assagir avec des premiers composants sur mesures pour gérer les flux vidéo et USB, un agencement plus optimisé et un châssis imprimé en 3D par un pro.

Pour passer l’étape supérieure, il faut améliorer encore l’intégration en ayant recours à la création de cartes plus généralistes pouvant gérer plus de composants. Il s’agit de faire le relais entre la carte de développement choisie et les autres composants : Gérer les voltages, la charge des batteries, reprendre la connectique… Pour assurer le développement de la carte, il fallait investir et la stratégie employée est un élément intéressant à suivre.

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Lors de sa première campagne de financement sur Kickstarter, le projet cherchait à se financer à hauteur de 400 000€. Un budget qui aurait permis d’assumer la totalité des éléments nécessaires au développement de la carte. Malheureusement un budget difficile à atteindre pour un projet de ce genre. La sauce n’a pas pris et le financement a été annulé. Pas découragée, l’équipe de Diskio Pi a choisi de travailler autrement. Une bonne partie du développement a été effectué de manière bénévole et les frais de bases ont été avancés.

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La carte fille Diskio Pi qui a été développée pour le projet et qui gère alimentation, entrée HDMI, connectique USB mais aussi la gestion du ventilateur interne…

Quand il a fallu développer ces autres composants, un autre financement a été demandé. Mais au lieu de demander des sous en échange d’un produit, ce qui augmente le financement global du coût des composants et de la fabrication d’autant de Diskio Pi et mène forcément à des investissements massifs, l’équipe a choisi de financer le développement seul des composants nécessaires. On est passé d’un financement de 400 000€ à 700€ ! Au final 41 contributeurs ont apporté pas moins de 1860€ au projet. De quoi lancer la création de cartes et imprimer les premières coques dans leurs versions finales.

Ce qui est intéressant ici c’est que les internautes n’ont pas cherché à financer un produit fini mais bel et bien la réussite d’un projet global. En demandant moins, Diskio Pi a réussi à finaliser sa quête qui lui a permis de proposer aujourd’hui un nouveau produit avec un objectif beaucoup plus facile a atteindre. En 2015 la Diskio Pi coûtait 350€ pièce car il y avait encore un énorme travail à finaliser. Aujourd’hui la carte solution ne coûte plus que 189€… Je pense que c’est une excellente leçon à retenir pour d’éventuels projets à venir. Faire un financement en deux étapes en séparant la recherche et le développement et la création des pièces peut être une excellente solution1.

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Qu’avons nous au final avec Diskio-Pi : Une solution à monter soi même qui sera livrée en kit et dans laquelle il faudra ajouter une carte de développement de son choix.

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Plusieurs cartes sont compatibles : Les Raspberry Pi bien sûr mais également les Odroid et même la UP Board sous processeur X86… Les capacités globales de chaque machine dépendront, bien sûr, de la carte de base mais les éléments communs sont les suivants :

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Un écran 13.3″ IP en FullHD tactile sera connecté à la carte choisie, un capteur photo Raspberry Pi est disponible et le tout sera enfermé dans un châssis où vous pourrez choisir la capacité de votre batterie. Le tout sera enfermé dans un châssis muni de charnières pour un accès aisé et l’ensemble sera compatible avec les solutions VESA.

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La solution propose même un élément détachable de son châssis pour adapter l’ensemble à de nouveaux formats de cartes. Si dans le futur une solution compatible apparaît avec un nouveau format, il sera possible d’imprimer la pièce pour faire évoluer sa machine.

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Au final, plusieurs solutions logicielles seront compatibles : LibreElec, Raspbian et Ubuntu mais aussi Android pour les cartes Odroid et quasiment n’importe quoi sur la carte Up Board qui embarque un Intel Atom x5-Z8350… De nombreuses récompenses sont annoncées suivant les paliers à atteindre. A l’heure où je pianote ce billet, les fonds récoltés grimpent à 12000€ sur les 52000€ demandés. Il reste 30 jours pour que le projet aboutisse. 

Pour en savoir (beaucoup) plus, vous pouvez aller sur Linuxfr.org. Pour suivre ce financement, vous pouvez aller sur Kickstarter.

Maj : Studio Renegade me signale avoir interviewé Guillaume il y a quelques jours :

 

Notes :

  1. Particulièrement pour les projets libres, les libristes ont le sens communautaire et s’investissent dans des projets dans lesquels ils se reconnaissent.
21 commentaires sur ce sujet.
  • 13 novembre 2018 - 16 h 43 min

    Salut Pierre, petite coquille dans ton sous titre, je pense que tu veux dire “ne pouvait pas ne pas retenir …”

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  • 13 novembre 2018 - 16 h 50 min

    Voila exactement le genre de projet qui me plait, même si je verrais plus ce genre intégration dans un format netbook 9 ou 10 pouces…
    C’est aussi comme ça que je vois une minimachine évolutive, abordable et “ecolo”, plutôt que de pouvoir faire un upgrade RAM/SSD, directement un changement de carte mère avec tout un système cohérent et selon ses goûts.
    Pour cette “nouvelle” stratégie de financement, elle est tellement plus pertinente, étape par étape…moins de pression et plus de visibilité pour les investisseurs, bravo a l’équipe de diskio pi!

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  • 13 novembre 2018 - 17 h 21 min

    @Toureiffel2001: et une fois de plus bravo pour tes articles de qualité

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  • 13 novembre 2018 - 17 h 24 min

    Je suis en train de regarder la vidéo de Studio Renegade (je connaissais pas, c’est des gars à l’ancienne ça me rappelle les années lycée/PC/3DFX/etc. j’aime bien). Bref, l’idée est TOP. J’aurais aimé une plus grande finesse, mais ça doit se faire avec l’impression et du bricolage.

    Bref, super idée d’une tablette libre, voire un netbook libre 9/10 pouces, en intégrant un clavier au dessus des PCB et en déportant l’écran ?

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  • 13 novembre 2018 - 17 h 31 min

    Bonne Idée en effet qui pourrait se voir exploiter dans d’autres domaines .
    A quand quelques circuits pour réaliser sa console de jeux ?
    J’imagine par exemple ,ce kit qui permettrait de recycler un écran de tablette pour en faire un écran de console de table .
    Un kit qui permettrai d’utiliser aussi bien un Raspberry qu’une carte Orange ,sauf qu’il faudrait peut être qu’un jour les fabricants se mettent d’accord sur un connecteur commun et compatible avec toutes les cartes.

    Il est loin le temps ou un PC sans marque pouvait utilisé des cartes pour IBM PC .

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  • 13 novembre 2018 - 18 h 28 min

    Projet intéressant dans l’approche et le déroulement.

    Le terme de tablette me semble un peu “limite” même si les fonctionnalités sont toutes présentes (tactile, batterie etc.). Le terme de “all-in-one” me paraît plus adapté vu la morphologie de l’appareil et la connectique particulièrement vaste qu’il propose (petit bémol à la limitation USB-2 probablement héritée de la RPi).

    L’intégration est très intéressante et la réflexion a vraiment été menée intelligemment (pied permettant différentes position, carte “L” permettant de personnaliser l’ensemble etc.

    Vraiment un beau projet.

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  • 13 novembre 2018 - 19 h 30 min

    Si ce kit avait permis de créer sa propre tablette graphique (pour dessiner) avec écran tactile intégrée, çaurait été banco pour moi. Là, je ne saurais quoi en faire malheureusement

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  • 13 novembre 2018 - 19 h 39 min

    ou est l’intérêt, une tablette acec linux ça marche déja !!

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  • 13 novembre 2018 - 20 h 07 min

    Une future RETROPIE en vue! (pour l’émulation)

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  • 13 novembre 2018 - 21 h 58 min

    @strom: tu n’as peut être pas tout lu.
    L’intérêt de cette tablette est de pouvoir faire évoluer son “moteur” au fil des années. Upgrader avec une future raspberry Pi 4 et + ( si le form-factor ne change pas). Voir faire évoluer les composants internes indépendamment de la carte principale.
    Il faut y voir aussi le côté anti-obsolescence programmee. Moins de déchets en cas d’upgrade (et puis on a toujours besoin d’une rpi pour d’autres projets).

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  • 14 novembre 2018 - 7 h 53 min

    Un autre usage que gamer , potentiellement un tout en un domotique avec Jeedom ou Domoticz sur un Raspberry Pi et un dongle usb Zwave
    Le tout piloter en tactile

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  • 14 novembre 2018 - 13 h 35 min

    Pourquoi ne pas choisir un vrai Linux plutôt qu’Android comme OS ? Avec la prise en charge des écrans tactiles, ça ne doit pas poser de problème insoluble… Et ce sera dans la logique “libre” de la tablette.

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  • 14 novembre 2018 - 13 h 43 min

    @Arch-ibald: En lisant jusqu’au bout:
    “Au final plusieurs solutions logicielles seront compatibles : LibreElec, Raspbian et Ubuntu mais aussi Android …”
    Avec une rpi ou un odroid tu mets ce que tu veux.

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  • 14 novembre 2018 - 15 h 00 min

    Oui mais il ne doit y avoir que Android qui gère le tactile entièrement?

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  • 14 novembre 2018 - 16 h 41 min

    @eeegr:
    Non justement, Raspbian gère le tactile et si je ne dit pas de bêtise ubuntu pour rpi aussi.
    Il existe de plus un soft pour linux permettant de simuler le clic droit/gauche.

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  • 14 novembre 2018 - 21 h 53 min

    @eeegr : bha non, sinon on n’aurait pas l’écran tactile officiel de la Rasp !

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  • 14 novembre 2018 - 21 h 56 min

    Le seul truc intéressant dans ce machin c’est leur carte spécifique qui intègre “tout” : sans ça, si on veut faire pareil, ça prend plus de place d’assembler tous les composants.

    Faudrait qu’ils la vende solo, que l’on puisse s’imprimer le reste en différentes tailles et acheter la taille d’écran que l’on veut.

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  • 15 novembre 2018 - 14 h 17 min

    @eeegr Il y a aussi des distributions comme LineageOS (non officiel, voir https://konstakang.com/devices/rpi3/) qui sont très bien gérées par le tactile. Kodi également (via LibreElec).
    @JamesBraun Le soucis c’est le firmware de la carte écran, qui n’est pas compatible avec toutes les résolutions. Par exemple un écran 16/10 n’aura pas le même firmware qu’un écran 16/9, et une résolution native de 1366×768 native est différent d’une résolution de 1920×1080.
    On ne peut donc pas proposer une carte unique pour tous les écrans. (sans compter l’interface, ici c’est eDP 30 pins mais cela peut être eDP 40 pins, ou bien LVDS pour du TN).

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  • mat
    15 novembre 2018 - 14 h 19 min

    @JamesBraun: Sur leur site, ils parlent de tout vendre en pièce détachée par la suite puisque le concept est de pouvoir réparer la tablette. Bon forcément s’ils peuvent lancer le projet…

    ils seront la semaine prochaine à la Make Fair de Paris.
    https://paris.makerfaire.com/maker/entry/777/

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  • 15 novembre 2018 - 15 h 10 min

    @mat: Moi aussi :O

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  • 15 novembre 2018 - 21 h 37 min

    @Bzels: Oui tout a fait, je n’aurais pas dit mieux. Un écran mural de supervision de mon jeedom pour ma part, ce sera sa principale destination. Faisable par tablette oui mais on est très vite limité en possibilités d’évolutions. Là on pourra faire évoluer le SBC si jamais l’OS vient a devenir trop gourmand en ressources du fait de ses montées en versions.

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