Gros Bill est – comme prévu – en grande difficulté financière

Cela aura duré plus longtemps que prévu, après avoir liquidé Pixmania à vitesse grand V, Mutares a sabordé Gros bill. Lentement mais surement, les mauvaises nouvelles s’accumulent depuis des mois. Aujourd’hui, la marque demande une procédure de sauvegarde pour “survivre”…

Mise à jour 1/08/2017 : Suite à une rencontre avec la nouvelle direction de la marque, les nouvelles sont meilleures qu’espéré. Un nouvel article montre la volonté du groupe de changer l’orientation de la marque et retrouver une optique de spécialiste. Tout le détail est disponible sur ce nouveau billet concernant le magasin Grosbill.

Billet original : Vous vous souvenez de l’affaire Pixmania ? En Janvier 2016, je concluais un billet en prévenant les gens de l’enseigne que bientôt ce serait leur tour. Le groupe allemand Mutares, spécialisé dans les “reprises” difficiles, avait fait main basse sur Pixmania, décortiqué le magasin et profité de ses fonds au maximum avant de céder l’enseigne à un autre pour en faire une place de marché. Vers la fin, alors que Pixmania n’avait techniquement plus rien en stock et et ne pouvait plus rien acheter, une partie de l’équipe dirigeante avait été “démobilisée” vers Gros bill.

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Repris à Auchan, avec probablement un renflouement des caisses de la part de ce dernier de plusieurs dizaines de millions,1 le magasin est donc parti entre les mains de Mutares qui va en faire  quoi ? Comme pour Pixmania : Rien. Si ce n’est le faire disparaître petit à petit.

Le site a bien mené quelques opérations de communication, notamment au travers du sport électronique, il possède également un blog2 mais il a disparu des écrans radars des acheteurs. Politique tarifaire pas exceptionnelle, politique d’importation ne menant à aucune exclusivité ou nouveauté intéressante, pas de stratégie de visibilité en ligne et des points de ventes qui ne bougent pas quand la concurrence s’est organisée de manière plus qu’efficace ces dernières années. Parmi les “vieux de la vieille” du ecommerce Français, LDLC a continué sa croissance, racheté Materiel.net et les deux entités cohabitent en mutualisant leurs atouts. En face RueDuCommerce et TopAchat profitent à plein de l’efficacité du groupe Carrefour qui leur donne des moyens en respectant leurs spécificités. RueDuCommerce s’est clairement Carrefourisé3 tandis que TopAchat garde son âme d’électron libre. Pendant ce temps là, Gros bill est resté au point mort.

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Gros Bill va donc demander une procédure de sauvegarde pour permettre au groupe de survivre encore plusieurs années. En clair, de se restructurer pour ne pas être en cessation de paiement. La volonté affichée de Mutares est de retrouver un équilibre financier. En pratique, je ne suis pas sur que cela ne soit pas un peu plus complexe. Depuis des mois, mes alertes clignotent façon tremblement de terre pour Gros Bill : Plus de ligne de crédit chez tel ou tel grossiste, soucis de paiement, problèmes avec telle ou telle marque…

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Extrait d’un audit financier de Pixmania réalisé par un cabinet d’expert indépendant

Quand une entreprise de commerce ne peut plus acheter parce que certains lui ont fermé les portes, retrouver un équilibre financier n’a aucun sens. La seule solution serait de renflouer le groupe avec l’injection de plusieurs millions d’euros. Mais ce n’est pas tout à fait le business de Mutares. Pour Pixmania, Mutares n’a investi aucun fond, pas de raisons de changer pour Gros Bill .

Gros Bill est déficitaire. La faute au marché qui est difficile. Pourtant les concurrents français ne se portent pas si mal. Les chiffres de LDLC sont en croissance continue, Materiel.net et TopAchat sont également dans le vert. Gros Bill souffre, Gros Bill cherche à se vendre depuis des lustres mais la vérité c’est que la marque n’a pas eu l’opportunité de bénéficier d’une stratégie viable depuis des mois d’activité.

Un porte parole de l’enseigne déclare à l’AFP que le groupe compte se restructurer pour retrouver un coeur de cible plus clair, les passionnés de High Tech : C’est à dire celui là même que vise en grande partie ses principaux concurrents sur le marché Français. Concurrents qui ont compris qu’il était possible de se positionner sur ces secteurs “geek” ou “Gaming” ou “pro” tout en visant à chaque fois les passionnés sans que cela n’empêche de faire aussi du business de fond et de vendre aussi bien des cartouches d’encre que des matériels à usage des collectivités.

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Quand Mutares reprend Gros Bill alors qu’elle possède toujours Pixmania, elle fait réaliser par le magasin des activités qui auraient pu profiter à Pixmania et l’aider financièrement.
Extrait d’un audit financier de Pixmania réalisé par un cabinet d’expert indépendant

Mutares a repris Pixmania et a bénéficié d’un chèque de 69 millions d’euros de Dixons, son ancien propriétaire. Ces 69 millions ont “fondu” dans les coffres de Pixmania via des opérations variées allant des paiements logiques de salaires et de frais au versement d’énormes dividendes aux nouveaux propriétaires et à des opérations de conseils facturés par Mutares et ses salariés et dirigeants à Pixmania.

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Evolution des dividendes versés  par Pixmania, en 2014 la société est reprise par Mutares…
Extrait d’un audit financier de Pixmania réalisé par un cabinet d’expert indépendant

Un consultant de Mutares qui vient quelques jours sur place et qui repart avec un gros chèque de plusieurs milliers d’euros, l’opération répétée a coûté très cher à Pixmania. Un bon moyen de se payer sur la bête. Mais si Pixmania n’avait pas de boutique physique et pouvait donc être saigné sans alerter trop de personnel, la nouvelle enseigne dispose d’un réseau de points de ventes et de personnel qu’il est plus délicat à rayer  de la carte sans faire de bruit.

C’est pourtant cela que cache cette mise en “procédure de sauvegarde” et cette “restructuration.” Après avoir fait en sorte que la boîte ne puisse plus s’en sortir financièrement, Mutares va probablement vendre le réseau de boutiques  à la découpe4 et licencier son personnel au fur et à mesure en prétextant la crise…

 

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Les jours facturés par les membres de Mutares aux frais de Pixmania.

Extrait d’un audit financier de Pixmania réalisé par un cabinet d’expert indépendant

Comme pour Pixmania, la communication de Mutares est ambiguë. Leur discours est simple : “Mutares apporte un fort soutien opérationnel” à des entreprises en difficulté. A chaque fois, les salariés comprennent cela dans le sens qui leur donne le plus d’espoir, que Mutares va leur apporter un soutien financier. Aucun euro n’a été versé part Mutares sur le compte de Pixmania pendant toute son activité mais, au contraire, un “soutien opérationnel” a été facturé au prix fort par Mutares à Pixmania au travers de missions de ses “experts”. Un consulting qui a participé à la descente aux enfers du groupe sans rien lui amener en retour.

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En a t-il été de même pour Gros Bill ? Etant donné le manque de visibilité d’une quelconque action technique et médiatique depuis la reprise, je doute qu’une quelconque expertise ait porté ses fruits. Par contre, je suis prêt à parier ma chemise que Mutares a facturé des heures d’expertise… Je suppose qu’il s’agit d’un simple copié-collé stratégique pour Mutares. Le groupe qui a pu sucer la moelle financière du nouveau venu et se retrouve désormais avec ses os : Les salariés, les locaux et les stocks pleins de vide…

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A votre avis, ils sont devenus quoi les salariés de Pixmania à qui Mutares promettait de retrouver une “trajectoire durable” ? Ont t-ils bénéficié d’un plan social décent ? Non. Et ils vont devenir quoi les salariés de Gros Bill ?  Probablement la même chose, de futurs chômeurs licenciés avec le minimum possible et l’ensemble des frais prélevés dans les caisses de l’état. La marque n’aura pas d’argent pour les payer et la maison mère aucune raison légale de payer quoi que ce soit.

Il y a quelques jours, on apprenait que l’un des co-fondateurs de Gros Bill en 1998 reprenait le collier et prenait la place de Président, succédant ainsi à celui mis en place par Mutares il y a 2 ans.  Luc Boccon-Gibod veut faire ç nouveau un magasin orienté High-tech et Gaming. Je ne le connais pas – j’ai croisé d’autres membres de l’équipe initiale de la marque en tant que concurrents à l’époque – mais je lui souhaite de tout coeur de réussir. Cela se passera probablement par une activité fortement liée au web et non plus à des magasins physiques et cela signifie tout de même pas mal de casse d’emplois. Mais c’est la meilleure chose qui puisse advenir à cette enseigne : Redevenir un spécialiste High-Tech.

 

Notes :

  1. le chiffre exact m’est toujours inconnu
  2. qui ne permet pas de retourner au site d’origine via le moindre lien…
  3. Je ne vois là rien de péjoratif
  4. La tentative de vente du lot à un groupe en pleine croissance sur le même secteur n’ayant pas abouti
54 commentaires sur ce sujet.
  • RKB
    4 juillet 2017 - 18 h 45 min

    @pipou24:

    le 13 juillet 1789,Louis XVI (qui n’était pas le pire des monarques,loin de là…) écrivait: “rien à signaler ” et le lendemain, ça faisait:”boum”….alors quand ça exlose, surtout en France, ça ne prévient pas!

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  • 19 juillet 2017 - 13 h 14 min

    Le magasin de Lyon viens de fermer dans le silence le plus complet. Il a juste disparu des écrans sans la moindre com. Une vulgaire feuille A4 sur la porte pour annoncer la fermeture définitive

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  • 19 juillet 2017 - 14 h 35 min

    @Hellboy: J’aurais d’autres news a partager la semaine prochaine sur Grosbill. Des bonnes nouvelles et des moins bonnes.

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  • 7 août 2017 - 8 h 46 min

    Je suis chef d’entreprise et Mr suis rendu au magasin de Boulogne Billancourt en mai/juin ma première question à été en rentrant dans la boutique “vous fermez ?” Car les vendeurs étaient tous rassembler derrière un ordinateur et le magasin même si ce n’est pas un dépôt était quasiment vide, j’ai de suite deviner que la fin était programmée, pourtant un vendeur m’a retorque que non ils ne n’allaient pas fermé. Le lendemain la boutique était close, rideau métallique fermé sans aucun mot ou annonce quelconque…mais cela ne manquera pas au quartier, le processus d’achat sur un ordinateur en boutique était dépassé et le personnel comme souvent en France: désintéressé et imcompetent, dommage.
    SD.

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