Tablette pour enfant : Un mauvais investissement
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Tablette pour enfant : Un mauvais investissement

Chaque année c’est la même histoire, les fabricants de tablettes comme les éditeurs de loisirs et jeux pour enfants nous ressortent leur propre petite machine à destination des tout petits. Et chaque année c’est la même flopée de produits qui se disputent la palme de la nullité. Aucun enfant ne mérite aujourd’hui les produits que les marchands essayent de vendre à leurs parents.

Parents ! Souvenez vous lorsque vous êtes devenu grands, du regard même pas attendri que vous avez porté sur vos jouets « technologiques » en plastique. Ceux que vous avez jeté en vidant votre chambre. Les faux ordinateurs avec leurs écrans LCD de 2 lignes de haut, les faux téléphones qui bip-bipaient tout juste une mélodie navrante. Souvenez vous de votre ahurissement d’alors face à ces objets pourtant payés cher qui ne vous ont jamais fait jouer plus d’une dizaine d’heures dans toute votre enfance…

Souvenez vous-en précisément le jour ou le doigt sur le bouton commander, vous brûlez de cliquer alors que dans votre panier s’est glissé une « tablette pour enfant ». Un de ces ersatz de « jouet d’adulte » qui leur est proposé en ce moment. Car le niveau est équivalent, entre le simili ordinateur tout juste bon a mal synthétiser la voix des animaux de la ferme de votre enfance et la tablette pour gosse. La proposition 2012 pour les plus petits est tellement navrante qu’elle ne satisfera pas même le plus tenace et curieux des bambins.

Tour d’horizon du lamentable panel de la tablette pour enfant.

On compte plus de de 10 modèles et plus de 6 marques sur ce segment de la tablette pour enfant. Pas une seule n’a un produit juste potable aujourd’hui dans ce marché de la tablette pour enfant. Comprenez par là qu’aucun dirigeant des sociétés qui produise ces tablette n’offrirait un de ces gadget à leur propre enfant, pas sans lui proposer également une tablette plus évoluée. Pour bien comprendre ce qui peut séduire un enfant de 2 ans en 2012 il faut bien comprendre non pas ce que vous pensez savoir bon pour eux mais plutôt le monde dans lequel ils vivent aujourd’hui.

En 2012, tout enfant de 2 ans a déjà mis les doigts sur une vraie tablette ou un vrai smartphone. Il a déjà testé l’iPhone d’un ami ou d’un membre de la famille sur lequel une application a été installée pour lui. Il a peut être simplement réussi a faire défiler des images mais le « mal » est déjà fait. Si vous êtes les heureux parents d’un enfant qui n’a jamais vu d’écran tactile moderne, félicitations, mais cela n’empêchera pas votre bambin d’avoir croisé une console portable de type Nintendo DS ou autre. Le problème est alors le même, votre enfant a vu ce que donnaient des engins modernes avec une interface efficace et surtout une réactivité instantanée. C’est ce qu’il voudra et tout ce que vous pourrez lui proposer d’autre, de moins efficace ou moins rapide, ne lui donnera pas satisfaction.

Regardez maintenant la merveilleuse offre que propose le marché « pour enfants » en 2012 : VTech, Lexibook, LeapFrog, Archos  ou Oregon proposent des modèles de tablettes différents pour les plus petits. Toutes ont un design différent, mais toutes ont un énorme point commun : elles sont absolument nulles d’un point de vue technique.

Le haut de gamme propose un écran tactile 7″ capacitif d’une définition de 800 x 480 ce qui est tout simplement navrant, le bas de gamme est en 5″ en 480 x 272 voire du 3.5″ à la même définition et du résistif ! Il faut parfois 4 ou 5 secondes entre un clic sur l’écran et une réaction de l’engin. A croire que parce qu’ils sont petits, ils n’ont pas besoin de beaucoup de pixels ou des reflexes de limace, c’est tout le contraire. Toutes ces tablettes tournent sur des puces de type Cortex-A8 cadencées à 1 ou 1.2 GHz. Des engins au moteur de 2009 donc avec une mémoire vive allant de 256 Mo à 1 Go au maximum. Le stockage est minimaliste, 40% ne proposent pas de Wifi, une batterie catastrophique, un stockage indigent et parfois aucune possibilité d’extension avec un lecteur de cartes.

Autrement dit vous achetez un objet qui est déjà dépassé technologiquement, peu réactif, d’une autonomie réelle de 4 heures et qui ne pourra pas évoluer dans plus de la moitié des cas. Je sais que les plus petits aiment la répétition mais voir 10 ou 15 fois le même dessin animé n’est pas pareil que de jouer 10 ou 15 fois à la même application ludo-éducative. Surtout quand on voit le monde tourner autour de nous et que sur « la tablette de papa » il y a beaucoup plus de choses rigolotes a essayer.

Je ne suis pas devin mais je peux vous promettre que dans 90% des cas cette tablette ne servira pas plus d’une demie douzaine de fois et finira sur une étagère où les 150€ qu’elle vous aura coûté finiront par vous rendre malade.

L’excuse du jouet

Et pourtant cela se vend. Oui, pour plein de bonnes et mauvaise raisons. Cela se vend surtout pour les deux principales et habituelles. D’abord c’est l’enfant qui réclame une tablette parce que dans son entourage il y a déjà une tablette. Mais ce que votre cher petit entend par « une tablette » ce n’est pas un sous-produit censé lui être destiné et pondu par des ingénieurs à la recherche de la plus grosse marge possible mais bel et bien la même que celle qu’il a déjà vu et essayé. Dans la tête d’un enfant il n’y a pas 10 000 modèles de tablettes qui se font concurrence, il n’y en a qu’une seule sorte, celle qui marche bien et qu’il a déjà essayé. Si vous lui dites « Tu veux que le papa Noël t’amène  une tablette ? » Il ne verra pas le modèle en plastique moulé avec tout petit écran sans nouvelles applications vendu pour les enfants de son âge, il verra une large tablette « de grand » en capacitif. Si ses yeux brillent et qu’un sourire éclate pendant qu’il vous dit oui, il ne voit pas du tout la même chose que vous au final.

Les fabricants se servent de l’excuse du jouet pour proposer des engins inutiles et hors de prix. Le fait de surmouler une coque en plastique ABS « Anti-choc » autour d’un écran qu’aucun fabricant de cadre photo numérique n’emploie plus depuis 2005 n’est pas bonne. Vendre 150€ un matériel qui doit coûter tout au plus 30$ a fabriquer n’est pas acceptable mais semble être exusé par l’effort logiciel supposé et surtout l’emballage ludo-éducatif que savent si bien manier les fabricants.

Le matériel intégré est tellement dépassé que même le très entrée de gamme Chinois n’arrive plus à vendre des tablettes identiques à 49$. On trouve mieux pour le même prix dans le premier magasin venu. Si vous en faites part à un fabricant ou à un vendeur en magasin spécialisé, le discours est absolument identique : La tablette pour enfant a été conçue pour eux, elle est « anti-choc et incassable ».

Outre le fait qu’on sent très vite à les entendre que cet argumentaire a été appris par coeur comme l’argument massue pour faire pencher la balance, cette excuse est parfaitement hypocrite. Ce n’est pas ce qui explique en tout cas le tarif de l’engin. Un moule pour une tablette coûte environ 1300$ a faire fabriquer. Je parle d’un moule en acier spécifique, qui produira 120 000 pièces avant de donner des signes d’usure et qu’il faudra peut être alors un peu usiner à nouveau pour éviter des bavures de plastique avant de repartir pour 60 ou 100 000 autres pièces. Cela  nous donne un coût ramené à la pièce de 0.01$ au bas mot. L’injection d’ABS en plus grande quantité par rapport à une tablette classique est également ridicule, cela doit coûter peut être 0.0.1$ de plus également. Les modèles ayant des injonctions de silicone mélangés au plastique représentent un surcoût de 1$ au grand maximum par rapport à une tablette 100% plastique. Comment expliquer que ce traitement particulier passe le prix de 30$ de matériel à 150 € ?

Le fait de proposer un design spécifique « anti-choc » du châssis de la tablette n’est en rien une excuse pour afficher un tel tarif. Surtout lorsque l’on sait que 90% des tablettes pour enfant n’ont pas une protection efficace de leur écran capacitif. Une tablette tactile n’a pas de pièces mécaniques et ne craint pas les petits chocs outre mesure, seul l’écran est sensible à la casse. Une coque épaisse et moulée d’un bloc est une bonne chose mais choisir une dalle solide serait vraiment utile dans cette optique, hors c’est délibérément mis de côté.

La robustesse matérielle au détriment de l’offre logicielle

On achète donc une tablette pour enfant avec comme première préoccupation sa solidité. On répète en cela les choses apprises avec les autres jouets qu’on leur confie. Il faut que l’objet soit solide sinon il la cassera tout de suite et vu le prix qu’elle coûte  ce serait dommage. Mais voilà, il n’y a aucun risque qu’un enfant casse une mauvaise tablette puisqu’il ne jouera pas avec.

En mettant l’accent sur la robustesse de leur produits, les fabricants éludent le vrai débat : l’offre logicielle, les applications livrées avec l’engin. Je passe directement sur les modèles livrés avec 10 applications en tout et pour tout dont l’enfant fera la tour en 60 minutes chrono avant de rayer l’objet de son horizon ludique. Ce genre de tablette ne vaut même pas le coup d’être confiée  un enfant en bas âge.

Le reste de l’offre n’est pas beaucoup plus efficace : Entre les tablettes qui proposent des applications téléchargeables à plus de 10€ et celles qui vendent des cartouches à 22€ contenant une copie d’un jeu flash gratuit sur le net, mon coeur ne balance pas vraiment. Sous le couvert de protéger les yeux enfantins d’un réseau dangereux, la plupart des fabricants ne fournissent pas un accès à Internet à leurs machines, il sera sera donc totalement impossible de télécharger de nouvelles applications. Les rares qui proposent un accès Wifi pointeront vers un market spécialisé ou de rares jeux ou applications ludo-éducatives se battent en duel à des prix indécents.

C’est l’application qui fait la différence et j’ai pu le sentir clairement en utilisant mes enfants comme cobayes. La tablette qu’ils emploient importe peu, c’est le contenu qui prime. Alors qu’ils avaient l’habitude de jouer sur un iPad, j’ai fait une mauvaise blague à mes 2 enfants de 3 et 8 ans. j’ai effacé le contenu de la tablette en ne laissant qu’une poignée d’applications qu’ils aiment bien mais qu’ils connaissent par coeur. Sur une tablette Android, j’ai installé des nouveautés qu’ils ne connaissaient pas. L’iPad est totalement déserté au profit de la tablette Android. Peut importe l’engin, du moment qu’il est réactif et que son contenu évolue. Si vous achetez une tablette qui ne peut pas charger de nouveautés, vous achetez une tablette condamnée d’avance. Et ne vous laissez pas abuser par un discours du type « jeux flash » pour les rares tablettes qui savent surfer. Les processeurs embarqués sont incapables de les faire tourner !

Baby Sitter 2.0 et pression médiatique

Alors pourquoi vouloir une tablette à tout prix ? C’est simple, l’objet est à la mode, sur toutes les lèvres et surtout sur tous les catalogues de jouets. Quand on vend un objet 150€ alors qu’il ne coûte que 30$ a fabriquer on a les moyens pour proposer une belle panoplie marketing. Les enfants sont donc soumis à une belle pression, ils veulent leur tablette de grand, leur joujou a eux et pas celui que papa ou maman monopolise tout le temps. Les parents eux se sentent « obligés » de céder puisque tout le monde va offrir ça à Noël. La per de décevoir ou d’être pas assez « à la page » joue beaucoup dans le processus.

Les parents veulent aussi avoir la paix et donc se sentent prêt à craquer pour un engin qui jouera le rôle de Baby Sitter électronique. Avec une tablette dans les mains je pourrais enfin avoir une minute à moi. Sauf que ce pari est perdu d’avance avec les engins mis sur le marché pour les enfants aujourd’hui. L’offre est mauvaise et toujours en deçà de ce que proposent les vraies tablettes. Résultat, le petit demandera encore et toujours la tablette familiale ou qu’on s’occupe de lui pendant que vos 150€ dormiront au fond de sa chambre.

Au pire, la tablette pourrait lui plaire parce qu’elle permet de surfer en ligne, et là le grand mystère des pare feux et autres système de surveillance de navigation entre en jeu. Soit votre enfant sera frustré parce qu’il ne pourra pas aller où il veut. Soit il saura déjouer la protection souvent très poreuse installée par la fabricant au détour d’un clic hasardeux et se retrouvera dans le grand bain d’Internet sans aucune bouée ni gilet de sauvetage. Certaines tablettes nécessitent de se connecter au réseau pour s’inscrire à un site spécifique avant d’être pourvue d’un système de contrôle parental. Autrement dit, quasiment personne ne fera la démarche avant la première prise en main par l’enfant.

Confier une tablette permettant d’aller sur Youtube ou Facebook à un enfant n’est pas forcément une bonne idée, certes l’écran de ces machines est mauvais, certes le processeur est très lent, mais contre une fenêtre sur le monde aussi large que celle-là, les enfant sont tout à fait apte à être d’une patience infinie.

Une meilleure approche ?

Quoi faire alors pour satisfaire un petit monstre qui vous réclame une tablette ? La même chose que pour un ordinateur portable, un vélo ou un engin qui sert vraiment autrement qu’a jouer à se raconter des histoires ou en imitation. Si les poupées ou les peluches peuvent fonctionner même en étant laides et toutes abîmées  si un simple petit Playmobil ou une petite voiture peuvent servir de support à des épopées entières, les engins que sont les tablettes doivent suivre la demande de l’enfant.

Au contraire du jouet classique ou c’est l’enfant qui invente l’univers de jeu au fur et à mesure, la tablette doit proposer du contenu auquel l’enfant adhérera, sur lequel il évoluera. La meilleure approche est donc de lui confier un engin de grand, pas forcément plus cher. De bonnes tablettes débutent même en dessous du prix de ces jouets à 129€, ou juste un peu plus cher pour du haut de gamme à 199€.

Mais la tablette peut casser et elle dispose d’un accès complet au net !? Oui, elle peut casser mais c’est à vous d’expliquer au petit que si la tablette tombe elle va casser et qu’il pourra dire alors adieu à ses jeux préférés. Oui elle peut accéder à Internet mais c’est vous qui contrôlez le mot de passe du réseau pour bloquer les accès intempestifs, vous qui pouvez choisir de faire une bureau spécifique pour votre enfant, vous qui devez passer du temps avec lui pour le guider et transformer un jeu en apprentissage.

La tablette n’est pas une baby-sitter. Si vous pouvez très bien laisser votre bambin avec un jeu d’animaux de la ferme pendant 10 minutes seul sur un canapé pendant que vous faites à manger, il ne doit pas pour autant pouvoir emmener la tablette pendant 3 heures dans sa chambre sans surveillance.

Les tablettes sont des outils formidables pour l’éveil de vos enfants mais l’achat de celle-ci est hors de prix si on la considère comme un investissement pour une personne unique. C’est 3 fois plus cher qu’un abonnement annuel pour un mensuel de lecture qui sera lui absolument sans risque pour votre chère tête blonde.

Google Nexus 7

Qu’est ce qu’il faut acheter ?

Une tablette pour toute la famille reste un meilleur investissement pour les plus petits. Passer du temps avec son enfant pour lui montrer les bases d’un jeu sur un engin affichant une belle image et proposant une réactivité immédiate est bien plus gratifiant pour lui que de lui donner une tablette peu ergonomique avec laquelle il devra se débrouiller tout seul. Oubliez les tablettes pour enfant, il n’y en a pas une pour rattraper l’autre matériellement et logiciellement.

Depuis des années nos chères têtes bondes se voient offrir des engins inutilisables pour les plus malchanceux d’entre eux. Les plus heureux ont un iPad. Apple a bien vite compris que toute cette offre « spécialisée » n’était pas au niveau et une partie de sa communication mets en scène des tous petits qui utilisent naturellement la tablette. L’offre d’Apple est très variée et certaines sociétés se sont spécialisées dans le développement d’applications pour iPad à destination des tous petits. On trouve de tout et à tous les prix à ce niveau.

Mais il n’y a pas que l’iPad qui, si il reste excellent, est toujours assez cher.  L’offre logicielle Android s’est considérablement étoffée et les produits sont beaucoup plus accessibles qu’auparavant. Les dernières versions  du système permettent en outre une gestion des profils d’utilisateurs, ainsi sur ma Nexus 7 j’ai créé un profil adapté à mes enfants qui ne les laisse pas accéder à l’ensemble des applications pourtant présentes dans la tablette. Une manière d’être sûr de ne pas les laisser aller là où il ne doivent pas fouiner.

Achetez donc une tablette pour enfant en ayant en tête un usage familial, elles auront un meilleur rapport qualité prix et servira à tous en proposant des applications variées et sans cesses renouvelées. Cela ne vous coûtera pas forcément plus cher, voir moins puisque plusieurs utilisateurs pourront se servir de l’engin et que l’objet ne  sera pas mis au rebut en quelques dizaines d’heures.

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Et encore une fois, si tout cela est trop cher pour vous ou si vous voulez vraiment un engin calibré pour les petits, choisissez une console de type DS ou un abonnement à un journal gratuit. Vous n’êtes pas obligé de répondre à la pression médiatique pro-tablette du moment, il se peut que mettre des sous de côté pour acheter un nouvel ordinateur familial soit finalement plus pertinent. En attendant un simple magazine tous les mois dans la boite aux lettres peut être un bien meilleur vecteur éducatif qu’une tablette bêtifiante et vendue à un tarif délirant au vu de ce qu’elle embarque.