Intel va s’offrir Movidius, un spécialiste de la vision informatique

Chez Intel on fabrique des puces, beaucoup de puces. Le fondeur va même se mettre à en graver pour d’autres. Mais la marque a d’autres objectifs en tête, et ce qui passait il y a quelques temps pour une marotte est en train de devenir un véritable empire. Un écosystème autour de la mesure et de la vision informatique, des drones et des objets connectés. L’annonce d’un rachat de Movidius rajoute une pierre à cette construction de l’avenir de la marque.

Intel n’arrête pas les puces, l’activité est rentable et constitue le coeur de son business. Mais il faut bien avouer que de mois en mois, les mouvements de la marque commencent à échafauder un plan autour d’une structure totalement différente de l’univers de l’ordinateur personnel classique. Le rachat de Movidius en est un exemple fort.

Minimachines

Ainsi l’annonce d’Intel du rachat de Movidius, une société spécialisée dans la vision informatique, va de pair avec les récents développements autour des technologies RealSense de la marque.

Intel RealSense est déjà une technologie qui permet à un ordinateur de jeter un oeil sur notre monde, la technologie sait percevoir l’image mais également l’espace. La profondeur, la distance qui sépare l’oeil numérique de celui-ci et même faire des calculs assez complexes comme déterminer les dimensions d’un objet ou son volume. Un atout de taille pour la marque qui compte développer de nombreux usages autour de ce principe.

Avec un traitement de ces données, il est possible de faire énormément de choses utiles. Prendre une photo puis en changer la mise au point à posteriori par exemple, séparer les éléments éloignés des éléments proches sont les avantages exposés par Intel au grand public. Mais dans l’industrie, on imagine assez vite l’intérêt ce que donne une caméra capable d’évaluer le volume de colis entrant dans un entrepôt. D’un drone capable de voir en 3D, de repérer un espace libre ou de mesurer des distances. Une camera de vidéo surveillance qui ne réagira qu’en cas de passage d’objets d’un certain volume, réaction quand une vitesse est atteinte, si une trajectoire dévie… Les usages sont incalculables dans l’industrie et les bénéfices potentiels énormes.

Oui le CEO de Movidius est Français

Mais pour  que  ces usages aient du sens, il faut traiter ces informations et en terme informatique, cela revient à analyser les images qui sont perçues par les cameras embarquées. Intel sait le faire mais utilise pour cela des technologies assez gourmandes. Soit en embarquant des puces maison, ce qui n’est pas forcément possible dans des drones légers, soit en utilisant le cloud pour effectuer les calculs à distance.

C’est là qu’intervient Movidius, la marque a conçu, développé et protégé des solutions logicielles et matérielles pour donner aux machines la possibilité de voir mais surtout de comprendre le monde qui les entoure. La solution de Movidius a été la construction des VPU pour Vision Processor Units, qui sont au regard informatique ce que sont les CPU au calcul informatique ou les GPU le traitement de données graphiques à afficher.

Le quadricoptere Phantom 4 de DJI embarque une solution Movidius pour reconnaître son environnement

 

Sa gamme de solutions VPU Myriad permet de traiter les données issues de cameras et de les analyser en temps réel, il s’agit bel et bien de processeurs mais sans aucun rapport avec ceux du monde traditionnel d’Intel. Ils sont conçus et calibrés pour une tâche précise qu’ils effectuent de manière hyper spécialisée ce qui leur permet d’être très économes en terme de dépense énergétique. Un calcul en temps réel d’images qui demanderait des dizaines de watts à un processeur généraliste x86 peut ainsi s’effectuer avec moins d’un watt via une solution spécialisée comme Myriad. On comprend ainsi tout l’intérêt d’Intel pour la marque : Intel avait l’oeil avec Realsense mais il lui manquait le regard. Chose qu’il obtient avec Movidius.

Nervana c’est ça, une solution capable de reconnaître en temps réel ce que la machine voit. Nervana peut aussi se corriger et apprendre de ses erreurs.

Cela n’empêchera pas Intel de proposer ses puces maison. Ce regard n’est qu’un outil qui permet de traiter les données, il faut encore les analyser et les comparer. Intel n’est pas en reste de ce côté puisque la marque vient de s’offrir un spécialiste du Machine Learning avec Nervana Systems lancée par un ancien de Qualcomm. But de la manœuvre, créer une symbiose entre les capacités des algorithmes de la start-up et la force de calcul des puces d’Intel. Nervana conçoit lui aussi des puces spécialisées et va donc s’appuyer sur le savoir faire d’Intel. Avec ce duo, il sera possible d’analyser des masses de données impressionnantes en un temps record.

Nervana sait aussi reconnaître un discours, une musique ou un bruit, et à le traduire en temps réel en données

Toutes ces acquisitions ont d’évidents débouchés dans le futur. Un exemple simple de ce que pourrait donner un trio Realsense-Movidius-Nervana combiné dans une entité Intel ? Un cerveau suffisant pour piloter une voiture autonome capable de voir son environnement, d’apprendre à avoir le bon réflexe, d’éviter les pièges de la route mais aussi de prévoir les éventuels scénarios de conduite avant qu’un événement ait lieu.

Avec la fin de la Loi de Moore, Intel a arrêté de voir la course à la performance pure de ses solutions x86. Si les travaux d’optimisation et d’évolution des processeurs classiques continuent, la marque s’intéresse désormais également aux machines hyper spécialisées et se prépare à livrer des solutions  clés-en-main. C’est exactement l’inverse de ce qu’Intel a tenté de faire avec sa percée dans le monde des smartphones. Tentative qui s’est soldée par un terrible échec. Au lieu de faire entrer ses puces x86 au chausse pied dans des machines n’ayant pas besoin d’elles. La marque crée de toutes pièces de nouveaux marchés sur lesquels elle va débarquer avec des solutions abouties.

Intel est toujours le même au coeur de nos PC mais la marque est également en train de changer, en profondeur.

Un commentaire.
  • 7 septembre 2016 - 17 h 59 min

    Belle analyse de la stratégie d’Intel. Travaillant dans l’automobile, j’ai pensé exactement à la même chose que toi avant de lire le paragraphe sur le traitement de l’environnement de conduite. On peut aussi imaginer une traduction en temps réel, ou encore des choses moins drôles (militaire).

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