Hemingwrite, la décroissance technologique comme argument de vente

Hemingwrite est un drôle de projet en financement participatif, d’ores et déjà financé au delà des espérances de ses créateurs, il s’agit d’une sorte de machine a écrire moderne. Proposant une interface anti technologique pour une meilleure productivité.

L’argumentaire d’Hemingwrite est assez fascinant, il part du principe que l’utilisateur d’objets technologiques est faible. Qu’il ne peut pas lutter contre son appétit d’information, de sa curiosité. Il le condamne à être l’esclave des objets qui l’entourent plutôt que leur maître et propose donc un remède anti-technologique.

Hemingwrite c’est une machine à écrire moderne, un clavier surmonté d’un écran et d’un peu de carrosserie pour le reste. Hemingwrite propose à son utilisateur ce que le stylo et la feuille blanche font depuis toujours, avec quelques petits détails en plus.

L’idée est assez simple, garder de l’outil informatique que l’essentiel à la prise de note sur un clavier mécanique et la sauvegarde des documents pianotés. Enlever tout le reste, tout l’à côté gênant qui vient perturber celui qui pianote : Pas de tweets, de page Facebook, d’email ou d’agenda. Pas de machine qui vous guide pour la journée, pas de tentation d’aller lire ce qu’il se passe sur la toile, de voir ce que font vos “amis” ou de regarder la dernière vidéo à la mode. Un clavier, un petit écran. C’est tout.

 

Avec moins de distraction, l’utilisateur est plus concentré sur sa tâche d’écriture. Moins perturbé par son environnement immédiat et son cerveau de prédateur moins accaparé par toutes les images qui bougent autour de la fenêtre où il tape son texte.

Toute l’attention se canalise sur un petit écran de 6 pouces à encre numérique qui affiche uniquement ce qui est tapé sur le clavier en dessous. Pas n’importe quel clavier puisqu’il s’agit d’un clavier mécanique Cherry MX. Associé à ce dispositif, un Wifi, une batterie, du plastique, de l’aluminium et une poignée. Rien. De. Plus.

Hemingwrite

Le Wifi n’st pas inutile, il sert a sauvegarder en temps réel vos notes dans les nuages, sous Google Drive, DropBox et Evernote pour le moment, afin que chaque frappe s’imprime non pas sur une page blanche mais sur la mémoire d’un serveur quelque part. Le choix de l’encre numérique est plutôt bon, la dépense énergétique d’un vrai écran n’est ici ni justifiée – pas besoin de couleur- ni nécessaire. La batterie annoncée serait donc capable de fournir du courant pendant 4 à 6 semaine à la machine sans recharge.

 

Les créateurs de l’Hemingwrite ne rentrent pas dans les détails techniques, ce n’est pas leur propos, ils ne font qu’indiquer un stockage suffisant pour 1 million de documents texte. Le démarrage du système ‘exploitation, limité à la prise de notes, est instantané, une touche servira à envoyer ce que vous avez pianoté  via un email pré-configuré ou dans la sauvegarde Cloud de votre choix. Facilement transportable grâce à sa poignée, avec un look entre le faux steam punk et le retro-hipster qui fera fureur au Starbucks du coin, la Hemingwrite a quelque chose de très séduisant. Mais son poids de 1.8 Kg, son prix de 369$ en financement participatif et ses limitations tehniques – bien que volontaires – en font également un objet un peu curieux.

 Hemingwrite

Evidemment, aucun portable actuel n’offre un tel niveau de confort : Ecran à encre numérique, autonomie qui se compte en semaines et clavier mécanique MX… C’est une combinaison parfaite pour pianoter n’importe quoi. Le problème est que le moindre Chromebook ou ultraportable à 200€ fournira in fine le même service.

Hemingwrite

Il y a également l’idée de se dire que l’on ne sera pas dérangé par la machine en tant que telle et que le fait de ne pas être accessible via messagerie ou réseaux sociaux évitera d’être perturbé par son univers habituel. C’est à mon sens un service que l’on peut obtenir en faisant une combinaison de touches désactivant le Wifi sur un engn classique et c’est, de toutes façons, une fausse bonne idée.

Hemingwrite

En général, ce n’est pas l’ordinateur le problème face à une page blanche et réduire un ordinateur à une page blanche, qu’elle soit numérique ou issue d’un arbre ne changera pas le problème. Si les réseaux sociaux ou autres sont suffisamment forts pour vous perturber dans un travail d’écriture, c’est surtout parce que vous êtes trop faible pour  y résister.  Le fait de ne pas afficher ces informations, de ne pas vous prévenir de vos nouveaux mails ou autres ne changera jamais rien, si vous n’avez pas envie d’écrire ou le syndrome de la page blanche survient, une simple mouche, un bruit dehors, un rayon de lumière ou n’importe quoi joueront le même rôle qu’un tweet ou un email. Le problème étant qu’il y a fort peu de chance que le fait de posséder une Hemingwrite vous fasse jeter vos smartphones et autres portables classiques.

Prévue pour Septembre 2015, la Hemingwrite est une belle, et originale, minimachine. Mais c’est avant tout un gadget à réserver aux plus fortunés. Elle ne résout rien, reste lourde et trop épaisse pour vous accompagner partout et ne fait que proposer une fausse solution à un vrai problème d’inspiration que seul l’utilisateur peut résoudre.

21 commentaires sur ce sujet.
  • xo7
    12 décembre 2014 - 16 h 22 min

    Une liseuse une app un clavier pourquoi pas, mais ce truc non cela me rappelle la machine a écrire transformable en clavier mais en beaucoup moins fun. J,ai encore une machine a écrire electronique avec écran LCD et rubans d’impression et connectique rs232 AZERTY 4a5 cm d’épaisseur pour les nostalgiques des mises en page ratees ! Car rien ne vaut un PC pour les mises en page !! Je ne parle même pas des recherches auxiliaires en ligne ou sur documents pour les étudiants lors de la rédaction d’un mémoire !
    Pour les plus nostalgiques on trouve plus autonome, plus léger et plus souple : crayon / cahier !

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  • 12 décembre 2014 - 17 h 05 min

    c’est une amélioration de la machine à écrire électronique… mais quelqu’un se sert-il encore de ces engins ?

    Le postulat anti-dispersion est juste; que n’écrirais-je ce message sinon ;)

    D’un point de vue pure techno, en effet ça ne semble rien apporter; si ce n’est un “supplément d’âme” qu’ont toutes les machines dédiées.

    Ah si, éviter de se fatiguer les yeux toute la journée sur des logiciels bureautiques grâce à un écran à encre électronique, ça serait pas mal;.. sur un grand écran.

    Finalement, je troquerais bien un de mes deux écrans pour un modèle à encre électronique, plus grand que les 13.3 pouces actuels, si le marché se développe.

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  • 12 décembre 2014 - 17 h 07 min

    C’est l’outil idéal pour un auteur qui s’isole quelque part en campagne pour écrire.

    Parce qu’il aide réellement à la productivité, cette outil est incroyablement bien fait pour cette niche d’utilisateurs particulière.

    Dommage pas en azerty !

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  • 12 décembre 2014 - 17 h 20 min

    @Dadoo: Quelque part en campagne avec un chromebook sans progammes installés ni fichiers multimédias, tu n’es pas spécialement perturbé. Par contre il suffit de quelques oies ou d’un joli nuage et tu perds le fil de tes pensées :D

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  • 12 décembre 2014 - 17 h 27 min

    Les procrastinateurs confirmés et fortunés penseront effectivement trouver là la solution à leur éternel problème.

    Ceci dit, l’écran est vraiment trop petit, ce n’est pas engageant, ça peut vite décourager d’écrire.
    Tu dis vrai Pierre, on a beau couper Internet pour travailler sereinement, il y a toujours un petit flipper ou billard quelque part sur le pc…

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  • 12 décembre 2014 - 17 h 42 min

    @Dliryc: Quand on se surprend soit même a construire un mini dolmen avec des petits cailloux alors qu’on devrait être en train d’écrire…. on se dit que toute la décroissance du monde ne pourra pas s’opposer à la procrastination la plus basique

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  • 12 décembre 2014 - 18 h 11 min

    En fait, un petit netbook/chromebook/ultrabook (comme vous voulez/pouvez) auquel on ferme la connection wifi (pas de distraction) et un editeur LaTeX et on a la même chose…sans acheter un objet supplémentaire.
    c’est la philosophie de LaTeX : on se concentre sur le contenu (texte), et on formate le texte à la fin et avec une bien meilleure qualité de résultat (WYSIWYG…) qu’avec WORD.
    On a tous perdu un temps fou à ajuster sa mise en page, modifier la police et sa taille, couleur….sur un phrase/paragraphe/page qui à la fin finie à la poubelle.

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  • 12 décembre 2014 - 18 h 35 min

    ” chromebook ” ? Non Pierre ! Jamais ce truc chez moi. Tu imagines un écrivain connu rédiger son futur best-seller sur une machine dédiée à l’espionnage de masse des utilisateurs ?

    Alors que cet objet dont je le conçois la poésie vous échappe, avec cet incroyable clavier cherry…

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  • 12 décembre 2014 - 18 h 52 min

    Je ne trouve pas ça idiot du tout, regardez les russes et les allemands ont bien ressorti les machines à écrire après les problèmes NSA.

    Du coup par contre, je trouve le Wifi idiot. Un port USB pour une sauvegarde sur clef non ?

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  • 12 décembre 2014 - 19 h 44 min

    Personnellement, j’adore le concept ainsi que le design…Ah si j’avais un peu plus de blé, j’irais bien planter les germes de mon imagination sur ce genre d’engin.

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  • Vlk
    12 décembre 2014 - 22 h 31 min

    Super accroche… Hemingw… ça fait rêver, avec un bon vieux clavier qwerty mécanique… si seulement la plume faisait l’auteur… Mais, bon, la décroissance, pour écrire du texte et rien que ça, c’est plutôt papier+crayon de bois . − (moi, je peux plus, ça me fait tout de suite mal au poignet d’écrire 3 lignes avec un stylo !).
    Par contre, en rapprochant ce billet avec la sortie du yotaphone2, et son double écran, je me prends à rêver d’une mini-machine hybride pc/tablette/liseuse, avec un écran bi-face led/e-link, doté d’une autonomie de 3 semaines… et puis tant qu’on y est avec un clavier matriciel bépo (chais pas si tout le monde suit, j’en suis à mon 3ème ti-punch, la semaine a été dure).
    Sinon, pour les adeptes de la lutte contre la procrastination, il y a d’autres « distraction free writing tools », comme Focuswriter (entre Latex et Libreoffice), qui fait un vrai bruit de machine à écrire à chaque touche pressée… mais, bon, si seulement la plume faisait l’auteur…

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  • 13 décembre 2014 - 3 h 21 min

    Je suis pour laisser aux couillons des opportunités de dépenser l’argent qu’ils ont en trop.
    Blague a part, j’imagine que le projet fait sens pour un pouillieme de pourcent de la population. Pour l’aspect “sans distractions”, rappelons quand meme qu’Android 5.0 permet de verrouiller le systeme sur une app, que Windows l’a toujours permis…

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  • Fck
    13 décembre 2014 - 10 h 39 min

    C’est juste un produit pour les Hipster, rien de plus.

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  • 13 décembre 2014 - 11 h 31 min

    Je me pose la question suivante:
    L’analogie avec Ernest Hemingway, l’écrivain, est évidente. Est-ce que les créateurs de cette machine ont reçu l’autorisation des ayants droits d’utiliser son nom?
    Dans tous les cas, ils n’ont pas choisi n’importe qui.. Modestes et humbles les gars.. :)

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  • 13 décembre 2014 - 15 h 38 min

    C’est une bonne idée, mais la taille de l’écran est ridicule.

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  • 13 décembre 2014 - 16 h 28 min

    Pour info Amstrad avait sorti un produit semblable “Amstrad NC100” il y a très très longtemps, j’en ai un et j’adore ce produit toujours autant ! A vrai dire les claviers de tous les portables comparés à un clavier mécanique cherry c’est du caca, faut être clair. je serai prêt à sacrifier l’esthétique pour un portable avec un vrai clavier cherry…

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  • 13 décembre 2014 - 16 h 43 min
  • 13 décembre 2014 - 16 h 44 min

    Et hélas abandonné !

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  • 13 décembre 2014 - 18 h 16 min

    @Dadoo: Dommage en effet. Merci du partage en tout cas ;=)

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  • 13 décembre 2014 - 18 h 55 min

    Je suis le seul à voir ce truc comme un accessoire d’hipster ?

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  • 14 décembre 2014 - 18 h 57 min
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