Baikal, le processeur ARM du gouvernement Russe

Baikal, le processeur ARM du gouvernement Russe

Baikal c’est le nom d’une puce ARM qui devrait faire son entrée sur le marché Russe afin de s’affranchir des solutions fabriquées par d’autres pays. A terme, l’idée est de proposer des processeurs fabriqués par et pour le gouvernement Russe afin d’équiper son administration et ses serveurs.

Baikal, le nom de code de cette puce, désignerait en fait 2 modèles distincts : Le Baikal M qui correspondrait à un usage classique dans un PC standard et le Baikal M/S conçu pour une intégration dans des serveurs. A terme ce sont des centaines de milliers de machines qui pourraient ainsi passer sous ARM Baikal.

But de l’opération Baikal ? Eviter les puces Américaines ?

Baikal utiliserait une licence ARM Cortex-A50, une licence d’une société Anglaise donc, loin de la liberté des puces fabriquées par le gouvernement Chinois avec ses MIPS Longsoon. Mais en rachetant cette licence, le gouvernement Russe peut façonner un processeur débarrassé de toute Backdoor matérielle permettant de venir y lire des données. Mieux, il peut implanter sa propre configuration de surveillance pour mieux équiper sa propre administration.

Cortex-A57-chip-diagram-LG

On sait peu de choses sur ces puces si ce n’est leur coeur Cortex-A50. Il devrait être gravé à une finesse de 28 nanomètres et fonctionner en architecture big.LITTLE avec 8 coeurs dont la fréquence maximale serait de 2 GHz. On peut imaginer 4 coeurs Cortex-A57 pour les performances et 4 coeurs Cortex-A53 pour l’économie d’énergie. Une solution assez classique de fonctionnement qui devrait être maîtrisée par de nombreux acteurs d’ici quelques années.

Le but du jeu n’est donc pas technologique, la Russie n’aura pas avec ses Baikal des processeurs plus performants qu’ailleurs. elle est à la fois Economique et idéologique : En fabricant ses propres puces à une grande échelle, il y a moyen d’économiser des sommes importantes à long terme mais c’est surtout une porte de sortie pour l’industrie Russe qui n’a pas travaillé sur l’industrie des processeur et ne propose aucune puce sur le marché. Avec Baikal et ses futurs dérivés, la Russie pourra s’enorgueillir d’un processeur à ses couleurs tout  en s’assurant de sa confidentialité.

arm-partner-silicon-design_thumb

Bientôt un petit drapeau Russe dans les partenaires d’ARM ?

Un nouveau coup de canif dans un marché de plus en plus concurrentiel

Baikal ne concernerait à priori pas notre marché mais pourrait avoir des conséquences a moyen terme. L’érosion du carnet de commande s’intensifie pour les fabricants de processeurs. Au phénomène de « petits producteurs » déjà évoqué ici et qui englobe l’apparition de puces fabriquées directement par les marques comme LG, Huawei, ou Samsung pour leurs propres produits. Phénomène qui empêchera à terme des producteurs comme Intel, Qualcomm ou Nvidia de les équiper. Voilà que s’ajoute cette « production idéologique » qui pourrait bien déboucher vers la création de machines pénétrant fortement l’administration Russe d’abord mais faire également tâche d’huile dans d’autres pays proches du gouvernement Russe.

Autant d’ordinateurs qui ne passeraient pas par le carnet de commande d’un fabricant de puces traditionnel et en particulier d’Intel qui trône quasiment sans partage sur le marché des machines de bureau.

Cela soulève une autre question qui pourrait avoir des conséquences directes sur le marché global des machines équipées de solutions ARM : Quel système d’exploitation embarquera le gouvernement Russe sur ses Baikal ? Il semble exclu de choisir un Windows RT, un ChromeOS ou un android. Inutile de se débarrasser d’une puce d’un pays tiers si c’est pour équiper son système d’un logiciel du même pays. Reste Linux qui pourrait trouver là un développement inattendu. Avec un système Linux sur mesure pour des productions spécifiques aux besoin du pays il pourrait naître en écho des dérivés intéressants et optimisés pour le grand public sur toute la planète.

T Platforms

Le T-Mini, un serveur « light » de T-Platforms

Intention diplomatique  ou projet réel ?

Il y a seulement quelques années un tel projet aurait été jugé irréaliste, difficile de concevoir un processeur de A à Z qui soit assez performant pour détrôner les stars du x86. Avec l’arrivée d’ARM et de ses licences, n’importe quel état pourrait suivre l’exemple de la Russie et emboîter le pas à Baikal. reste à voir le suivi de ce genre d’intention sur le long terme. Le travail de lobbying qui va surement apparaître de cette annonce. Tant de la part des fabricants de puces que de logiciels extérieurs au pays mais également de ceux qui sont susceptibles de fabriquer la machine nécessaire à l’administration locale. C’est le fabricant Russe T-Platforms qui est censé travailler sur la machine sous Baikal. L’alchimie de ce type de création ex-nihilo d’un ordinateur d’un nouveau genre, tant au point de vue materiel que logiciel, est un travail d’équilibriste qui doit se tenir sur de longues périodes.

Source : ElectonicsWeekly.com merci à Elise pour l’info.

 

16 commentaires sur ce sujet.
  • Guy
    24 juin 2014 - 16 h 00 min

    Les Russes ont compris que s’il voulait s’assurer de la sûreté et de la sécurité de leur SI gouvernemental, il leur fallait partir du composant de base. Une démarche comparable pour les autres chips (gpu,…), le bios, l’OS, les logiciels applicatifs, les composants actifs de son réseau devra suivre … En terme de projet gouvernemental, c’est vraiment du lourd.
    Mais je trouve que c’est une stratégie saine pour le long terme.
    Elle leur permet aussi de conserver une maîtrise de technologies qui étaient en train de leur échapper.
    J’espère que pour la suite ils s’appuieront un maximum sur des technologies libres (plutôt que sur du proprio comme c’est le cas avec le processeur) …
    C’est clairement pas un projet que l’on pourrait voir naître en France. Les collusions (politique/privé) sont trop fortes. Il nous serait impossible de maintenir le cap sur (au minimum) une dizaine d’année avec ce genre de projet.

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  • 24 juin 2014 - 16 h 18 min

    @Guy: sans vouloir trop jeter des fleurs à la France, je trouve qu’il ne fait pas non plus trop en jeter à la Russie… Les collusions politique/privé que tu dénonces dans l’hexagone existent également là bas et on peut y rajouter également des intérêts dans l’armée et la justice…

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  • 24 juin 2014 - 16 h 19 min

    Harasho tavaritchi Pierre! Ceci est pour l’administration de l’état. Le publique va s’acheter des machines où il y a des… JEUX!

    Il y a des nombreux qui travaillent pour ce projet de l’état russe, dont ROSA LABS avec ROSA Linux qui se veut la distribution pour remplacer Windows dans l’administration de l’état.

    J’aimerais bien un cluster ARM dans un boîtier comme celui de T-Platforms :)

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  • 24 juin 2014 - 16 h 39 min

    Comme quoi les retombées de ce NSAgate sont chaque mois un peu plus problématiques pour l’industrie US: Au fur et à mesure des éléments révélés, c’est le cloud US qui s’est pris une baffe chez les pros (conséquence: Il se recentre sur le particulier qui, con à mettre sa vie sur facebouc, ne semble pas trop préoccupé par la confidentialité!), puis le logiciel/OS commerciaux et désormais le matos…

    Maintenant, ARM, c’est une boite anglaise alliée US de toujours. A voir le niveau de licence qui pourrait être accordé à la Russie?

    S’ils ne veulent leur accorder que la capacité à faire leur SoC avec leur IP fournie sous forme de netlist pour le processeur, comme c’est sans doute le cas des Rockchip chinois (ils vont pas donner des sources VHDL/Verilog à des copieurs nés!).

    L’étape au dessus c’est déjà réservé à des partenaires plus fiables (comme les coréens de Samsung…), leur permettant aussi d’intégrer leurs modifs/optimisations, n’étant pas limités a la netlist d’un coeur standard.

    => Selon ce que ARM leur accordera (avec le mot à dire du gvt Rosbif), planquer des backdoor dans le silicium sera potentiellement aussi aisé qu’avec Intel! Voire même on pourra leur faire du spécifique!

    Il ne leur restera plus qu’a devenir des contributeurs sur OpenCore et à faire plutôt leur marché côté MIPS, qui semble plus mature que ARM.

    Ca rappellera les ordinateurs de l’ex-URSS niveau perfs :o)

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  • 24 juin 2014 - 16 h 53 min

    @Pierre Lecourt: Ceci dit il a raison, et niveau magouilles politico-militaires, on brasse peut-être uniquement des armes « nobles », mais elles tuent aussi bien et elles rapportent tout autant. Pour avoir participé à l’élaboration de quelques projets, ceux qui remportent les contrats sont toujours les mêmes, l’appel d’offre n’est là que d’un point de vue « légal ».
    J’enrage de voir ce qu’un peu de volonté politique permet de faire là-bas et ne le permet pas en France, c’est je pense ce qu’il veut dire.
    Et les moyens de communication sont, quels qu’ils soient et quelle que soit l’époque, du domaine de la sécurité, donc pour l’instant de l’état.
    Il est pitoyable de voir ce que l’Europe a pu faire avec Airbus, EADS ou ESA et ne sait plus refaire aujourd’hui dans un domaine si crucial.

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  • 24 juin 2014 - 16 h 56 min

    « Baikal c’est le nom d’une puce ARM »
    Pour moi ça reste le nom du marque de fusils!
    Sinon je pense que la production de puces ARM par la Russie n’est pas une si mauvaise idée, mais il est certain qu’un gouvernement aura de grosses difficultés à suivre l’évolution du marché et des performances.
    Il suffit de voir la difficulté à suivre les mises à jours d’OS pour s’en convaincre.

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  • 24 juin 2014 - 18 h 53 min

    Çà avance, çà avance.
    En espérant que cela donne un coup de boost à l’open source.

    En attendant, la Russie fait coup triple.
    Elle protège sont infrastructure informatique.
    Elle dit MERDE aux US, sont industrie, ses dollars.
    Elle va faire des économies monstres en terme de matériel, d’énergie. Tout en rationalisant ses besoins en terme de puissance brute.

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  • 24 juin 2014 - 20 h 31 min

    @ilyon: « Il est pitoyable de voir ce que l’Europe a pu faire avec Airbus, EADS ou ESA et ne sait plus refaire aujourd’hui dans un domaine si crucial.  »

    Ah mais ça c’était il y a bien longtemps; maintenant toute la Komission Europeene est complètement noyautée par nos « amis » Ricains. Quand on on voit que cette Komission va bientot interdire d’interdire les OGM ou bien le gaz de schiste. Ou bien qu’on va devoir se taper un traité de libre échange avec les US. Ou bien qu’Alstom est vendu à General Electric et pas à nos voisins Allemands de chez Siemens. L’Europe, quelle blague! Elle nous protège de quoi? De rien.

    Au moins les Russkov prennent leur destin en main et n’ont pas l’intention de se faire coloniser. D’où la hargne de nos « amis » ricains à leur égard.

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  • 24 juin 2014 - 22 h 55 min

    Il y a aussi un labo universitaire russe qui développe des microprocesseurs, SPARC & autres

    C’est un peu comparable on Loongson développé par une université Chinoise.

    @ilyon

    J’en ai marre de lire partout que l’Europe a créé Airbus, ou même Ariane. L’union européenne est une construction politique, on peut être pour ou contre sa politique, son organisation…

    Airbus est d’abord un projet industriel dans un domaine (l’aéronautique) où les états ont toujours étés très présents, mais aussi la collaboration entre des entreprises privées qui fabriquent des avions par morceaux, avec des licences de fabrications qui existent depuis près d’un siècle.
    Il y a certains bâtiments de l’usine de Toulouse qui ont plus de 70 ans… Alors, l’Europe a créé Airbus… laissez-moi rire!
    Ariane c’est un peu différent, c’est d’abord un projet français, relancé après l’échec d’un lanceur appelé « Europa » (j’invente rien !)

    Alors, quand un politique dit « Je veux créer l’Airbus de [… quelquechose …] », en général, c’est une connerie.

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  • 25 juin 2014 - 0 h 16 min
  • 25 juin 2014 - 7 h 03 min

    Bientôt le point Godwin….
    Une première sur Minimachines ?

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  • Xo7
    25 juin 2014 - 7 h 10 min

    La Russie n’a pas besoin d’avoir un marché, son propre parc informatique suffit. Le but étant d’équiper son administration ( et armée) d’équipements officiels de toute sorte du tel au mini PC en passant par des applications très personnelles a l’image de la pi… Le tout fonctionnant de -40 a plus 40. Simplicité et robustesse était la marque de fabrique des armes et des équipements techniques associés.

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  • 25 juin 2014 - 8 h 34 min

    @TREZA: Europe ne veut pas dire Oignon Européenne.

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  • 25 juin 2014 - 9 h 59 min

    @Maumau:

    Alsthom est à l’origine une filiale de GE, et même si je ne suis pas spécialement leurs supporter, il faut leur reconnaître -à GE-
    -une présence sur la durée: 1 siècle
    -une politique sociale inhabituellement classe pour une boîte US

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  • 25 juin 2014 - 12 h 18 min

    Je tiens à préciser que la France fabrique de nombreuses puces ARM, avec pour actionnaire majoritaire l’État Français au travers de la société STMicroelectronics qui fait des puces d’une très grande qualité, et notamment leurs microcontrôleurs qui équipes de nombreux produits Européens notamment dans l’industrie de la défense, automobile, bancaire, etc.

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  • 4 août 2014 - 12 h 25 min

    […] cependant à déterminer. Les premiers pas dans cette direction ont été faits, notamment avec la création du processus ARM « Baïkal », premier processus russe qui pourrait à moyen terme déboucher sur la création des ordinateurs […]

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