ARMduino : Quand Arduino et ARM s’associent…

La bataille juridique qui agite la communauté Arduino depuis des années est terminée. Le prix à payer sera peut être la naissance d’ARMduino : Un partenariat entre la Holding Arduino et la société ARM a été signé. Il pourrait changer la donne.

L’histoire d’Arduino, c’est une des meilleures telenovelistas de la high tech. Créée en 2005 comme un projet d’étudiant, la Arduino LLC a été lancée en 2009 par ses cinq fondateurs, à savoir Massimo Banzi, David Cuartielles, David Mellis, Tom Igoe et Gianluca Martino. Ils étaient les uniques propriétaires de la marque Arduino déposée pour éviter que tout le monde s’en serve pour faire n’importe quoi.

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La Team originelle

En 2014 cependant, Gianluca Martino qui avec sa société Italienne Smart Projects SRL1 était depuis toujours le principal fabricant des cartes a décidé de renommer sa société en Arduino SRL. Une décision qui n’a pas plus à la LLC Arduino et aux autres cofondateurs qui ne voulaient pas lier la marque à un seul fabricant. Deux procès ont donc été lancés, le premier aux US et le second en Italie. Des procès coûteux en argent mais également en terme d’image pour une société reposant beaucoup sur sa communauté comme Arduino. Martino a donc été éjecté par les quatre autres fondateurs de la Arduino LLC et a lancé ses cartes sous le nom de Genuino là où le nom d’Arduino était protégé. Soit partout dans le monde sauf en Italie.

Les deux procès ont été annulés suite à une entente secrète entre les parties. Une déclaration commune faite à la Maker Faire 2016 annonçait la réunification des deux structures en une seule et même entité, la Arduino Holding. Au passage la société lançait la « Arduino fondation » chargée du maintien et du développement de la partie Open Source de la solution. Peu de temps après cela, Martino était évincé « en douceur » de la Holding détenue alors par quatre des fondateurs sur les cinq originels.

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La Team Arduino

La semaine dernière, une nouvelle annonce lançait un certain trouble au sujet de ces cartes : Massimo Banzi annonçait en effet un partenariat avec ARM afin de, je le cite, de « regagner totalement le contrôle d’Arduino ». On ne sait rien des arrangements entre les différentes parties de ce drama qui dure depuis des années, tout s’est réglé loin des yeux d’une cour publique. La seule certitude, c’est que le départ de Gianluca Martino ne s’est pas fait sans un chèque. Il possédait après tout une des deux société de cette nouvelle Holding, soit d’un certain point de vue 50% du tout…

Le grand secret était surtout de savoir qui avait fait le chèque à Martino, et si les spéculations allaient bon train, on n’avait aucune certitude. Avec l’annonce de ce rapprochement d’ARM, Massimo Banzi lève en quelque sorte le voile sur l’origine de ces fonds. Pour parvenir à reprendre le contrôle de la holding et la repositionner sur ses objectifs originels, Massimo explique qu’il a bien fallu trouver un partenaire.

« Afin de faire de cette unification une réalité, nous avions besoin d’un partenaire qui pourrait nous fournir les ressources pour récupérer la propriété complète d’Arduino tout en conservant une indépendance correspondant à ses valeurs d’ouverture ». Vous l’aurez compris, c’est ARM qui a fait le chèque permettant de récupérer la totalité du contrôle de la Arduino holding aux quatre cofondateurs.

« Après notre rendez-vous avec ARM, j’étais ravi. J’ai partagé mon excitation avec notre nouveau PDG Fabio Violante et les co-fondateurs: Arduino pouvait redevenir 100% à nous avec l’aide d’un partenaire qui laisserait une autonomie complète à nos équipes ainsi qu’à notre communauté. »

ARM n’a pas commenté ni indiqué de montant de l’opération, Massimo nous laisse lire entre les lignes. Il est probable que toute cette affaire soit plombée par le sceau d’un secret empêchant tout le monde de dévoiler les montants en jeu. Mais, après tout, ce n’est pas le plus important.

Ce qui pose problème est autre. Car si la Arduino Holding pense que ARM a fait un chèque pour les beaux yeux de Massimo, elle se trompe forcément. Quel que soit le montant du chèque, tirer la holding de cette mauvaise passe aura des conséquences et la plus probable est la naissance d’ARMduino.

Le principal problème est que ARM n’est évidemment pas une société libre et ouverte à l’Open Source. Son coeur de métier n’est pas de fabriquer des puces mais de protéger et de vendre des secrets industriels à des sociétés tierces. C’est tout l’inverse de l’open source. La grande question est donc là, est-ce que suite à cette « aide » de la part d’ARM, les prochaines créations ARMduino vont-elles rester Open Source ? Est-ce que les futures solutions ne vont pas passer sous SoC ARM ? De quel levier dispose ARM aujourd’hui pour influer sur les choix matériels de la Holding ?

Massimo Banzi  dans sa déclaration répète son indépendance, il le répète tellement qu’on en vient à retrouver une sorte de méfiance :

« Nous restons indépendants, nous restons ouverts et nous continuerons à fournir la plateforme de développement à microcontrôleur la plus aimée et qui a changé la vie de tellement de gens autour de la planète. »

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La Arduino MKR GSM 1400, une des rares cartes sous SoC ARM aujourd’hui

 

Le temps nous donnera la réponse, mais il ne faudra pas être surpris de voir débarquer un jour des versions plus fermées des cartes Arduino sous ARM. Je ne crois pas  au prince charmant ARM venu aider Arduino de manière obscure en ne faisant qu’un maigre communiqué sur son site. Surtout avec des tonnes d’annonces d’un tournant de la plateforme vers le futur et l’Internet des Objets…

Notes :

  1. l’équivalent a peu de choses près de nos SARL à nous…
10 commentaires sur ce sujet.
  • 9 octobre 2017 - 19 h 11 min

    Merci Pierre pourcet article, je n’avais plus suivit ces feux de l’amour depuis 2016 haha.
    Est-ce que par hasard le fait que les cartes originelles coutant tout de meme jusqu’a 10x le prix des versions chinoises, n’ait pas plombé leurs ventes ? Et de ce fait ils seraient en quete d’un produit différent en travaillant avec ARM (histoire de reprendre un modele economiquement tres rentable comme le Raspberry Pi).

    Je ne compte plus le nombre d’arduino et raspberry que j’ai chez moi, de montages plus ou moins complexe et plus ou moins inutiles mais fun que j’ai fais pour moi, mes amis ou ma famille.

    Ils ont créé un chouette passe temps et ca c’est le principal !

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  • 9 octobre 2017 - 20 h 22 min

    @Un Beau Jour: Le fait que les cartes soient en Copyleft n’a pas d’impact je suppose. Quand on bricole beaucoup on achète effectivement des cartes « noname » mais les FABlab, les écoles, les particuliers qui tentent une expérimentation préfèrent acheter Arduino.

    C’est sur qu’entre les 20€ d’une Uno officielle et les 6.9€ de celle de la miniboutique, cela fait un bel écart mais au final quand tu en achètes qu’une ou que tu es une grosse structure, la différence est pas si importante.

    Par contre, une chose est sure, si les cartes passent sous ARM, il n’y aura plus de cartes Copyleft…

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  • 9 octobre 2017 - 21 h 20 min

    Je ne suis pas sûr que cela change beaucoup de choses. Il existe déjà de multiples cartes à base de ARM dans le monde d’Arduino. Que ce soit la zéro qui vient de la structure originelle ou celles à base de STM32 issues originellement des Maples. Pleins de designs sont open source. Le gros apport d’Arduino reste l’environnement de développement.

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  • 9 octobre 2017 - 22 h 37 min

    L’opération doit surtout être un moyen pour ARM d’augmenter les ventes de puces embarquant leurs coeurs (et donc toucher plus de royalties). Il y aura certainement une migration vers des cartes à base d’ARM.

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  • 10 octobre 2017 - 9 h 18 min

    @Un Beau Jour: Quand tu achètes une vraie carte Arduino, tu participes au développement. De plus, elles sont neutres en carbone, peut-être produites en Europe là où les copies chinoises ne font travailler personne chez nous et polluent probablement bien davantage.
    Perso j’ai des vraies pour les protos, et des clones pour les objets finis.
    Mais c’est vrai que leurs tarifs sont horribles :(.

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  • 10 octobre 2017 - 10 h 04 min

    Ben quelque part des cartes pas chère avec de l’ARM ça existe déjà, par exemple une Orange Pi Zero…

    Autant le capital de sympathie était fort au début de l’aventure, autant il s’est émoussé lors de l’association avec Intel (c’est le mal)…

    Est-ce qu’Arduino est capable de « fonctionner » encore longtemps ? Depuis la Chine un Arduino « Atmel » c’est moins de 2€, la concurrence est féroce et comment peut-on faire mieux dans le même budget (ce que fait Raspberry à chaque nouvelle carte) ?

    Les chinois l’ont compris : c’est de l’ESP8266, du wifi et BT et des entrées sorties comme un Arduino, pour 2€ !

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  • 10 octobre 2017 - 13 h 30 min

    je m’étais un moment beaucoup intéressé aux arduinos, le souci principal était le manque de mémoire. Car des que l’on commence a utiliser des shields compliqués du style réseau cela prend énormément sur la mémoire et au final il ne reste plus grand chose pour son propre code.
    Cela m’avait rappelé le DOS avec la mémoire étendue, paginée… Quand il fallait abandonner le chargement du clavier francais pour réussir a lancer un jeu avec du son…

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  • 10 octobre 2017 - 18 h 21 min

    Que veulent t’ils effectivement réaliser ?

    Si je regarde les diverses cartes sorties en ARM et compatible avec les cartes d’extensions Arduino ,cela ne semble pas avoir bien marché .

    Pour le système ARDUINO faut reconnaître que pour bidouiller un peu c’est pas mal mais que cela reste un truc avec beaucoup de câbles aussi .

    La programmation chez ARDUINO ,c’est assez facile de trouver le bon programme pour un usage donné .

    Pas mal de défaut aussi comme le fait de passer par un ordinateur pour programmer un Arduino .
    Un ARDUINO ARM offrirai peut etre une connectique genre port 26/40 broches du Raspberry PI .

    Le problème me semble pas spécialement le prix si cela reste entre les prix d’un ARDUINO ou de ceux des Orange/Raspberry PI .

    C’est sur que l’esprit de base ARDUINO pour débutant en perd pas mal mais bon on achète aussi des Raspberry PI en tant que débutant .

    Le problème de chez ARDUINO c’est que la communauté habituelle vas devoir s’adapter et disposer aussi d’une bibliothèque de programmes et d’exemples en ARM .

    Pour le reste si un ARDUINO ARM permet un jour de construire un COMMODORE 64 NEXT GEN ou un ATARI 800 XL NEXT GEN voir tout autre bonne vielle machine 8 bits cela serai sympa .

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  • 13 octobre 2017 - 8 h 41 min

    @ptitpaj:
    « La programmation chez ARDUINO ,c’est assez facile de trouver le bon programme pour un usage donné . » hum…
    La programmation- trouver le bon programme ?! oxymore? Si tu programme, tu ne cherche pas un programme, tu le crée, tout ou partie

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  • 15 octobre 2017 - 17 h 55 min

    Ce mouvement stratégique vers ARM fait peut-être aussi écho au rachat d’Atmel par Microchip (https://www.atmel.com/about/news/release.aspx?reference=tcm:26-82057)… comme tout le monde le sait, Microchip étant le prétendant malheureux de cette formidable aventure: « This led to discarding the very popular Microchip PIC family of microcontrollers very early, because, at the time (circa 2003), Microchip did not have an open source toolchain. » [citation de https://arduinohistory.github.io/ depuis le site de Wikipedia https://en.wikipedia.org/wiki/Arduino section Historical]…

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