Reportage : Le marché de l’occasion PC au Japon

Pierre est un expat’, il vit au Japon depuis quelques années et y pratique assidûment la photographie. Je lui ai demandé d’enquêter sur le terrain pour comprendre pourquoi le marché de l’occasion pc au japon est si différent du notre? Pourquoi on peut croiser des matériels en parfait état à prix cassé dans une simple caisse en plastique posée dans la rue ?

Jeter ses poubelles à Tokyo, c’est déjà un sport. On ne sort pas ce qu’on veut quand on veut, ni comme on veut. Chacun des 23 “arrondissements” de la ville a ses règles propres, et fournit à ses administrés un guide très précis stipulant quand et comment disposer de ses détritus.

Marché de l'occasion au Japon

Jeter ses poubelles à Tokyo, c’est déjà un sport.

Pas toujours simple de s’y retrouver pour les déchets “quotidiens”. Et quand on passe aux encombrants c’est encore pire puisque leur collecte est payante et réglée par l’apposition de “timbres” dont le montant correspond au volume de la marchandise à jeter. Et dès qu’on arrive à l’électronique, c’est le summum… Aucun arrondissement n’assure la collecte des vieux ordinateurs ! Impossible donc de les sortir sur le trottoir, même en payant. La collecte se fait d’une autre manière.

En théorie, depuis quelques années maintenant, c’est le constructeur qui se charge du retraitement de ses produits. Chaque ordinateur neuf est censé porter un marquage précis indiquant qu’il est couvert par un programme de retraitement à la charge du fabricant. En pratique le coût de l’opération est souvent répercutée sur le prix de vente de la machine et revient donc au final au client. Pour jeter un vieux matériel il faut que l’utilisateur contacte son fabricant, soit par téléphone soit par Internet, et qu’il se fasse envoyer une étiquette prépayée qui permettra d’avoir un rendez-vous avec un transporteur. Le client ne paie rien de plus, et si le fabricant a disparu du Japon (faillite, fermeture des bureaux locaux, etc.) l’association qui chapeaute tout ce processus de recyclage se charge de la gestion des déchets. Cet organisme c’est le PC3R dont la page web détaille tous les rouages des mécanismes de collecte et de recyclage.

La gestion des déchets électroniques est donc très rigoureuse. Le législateur local en a gravé les règles dans le marbre dans une loi générique baptisée “Loi pour la promotion de l’utilisation efficace des ressources” dont les mécanismes se sont mis en place entre 2000 et 2010. Une manière de marquer un changement d’attitude assez radical dans un pays où pendant longtemps, de très commodes zones d’ombres administratives permettaient aux industriels locaux d’exporter des milliers de tonnes de déchets électroniques vers des pays tiers comme les Philippines en les étiquetant “biens d’occasion”, et non “détritus”. Un moyen de contourner l’exportation illégale de ces derniers. Un bon exemple de ces efforts, clairement créé pour marquer le coup, les organisateurs des J.O de 2020 à Tokyo ont l’intention de fabriquer leurs médailles à partir des métaux précieux issus du recyclage de ces déchets informatiques et électroniques.

Marché de l'occasion au Japon

Reste que jeter ses vieux PC, tablettes et smartphones prend du temps et ne rapporte rien. Or il existe dans Tokyo de très nombreux points de vente de matériel d’occasion qui se feront un plaisir de reprendre les vieilleries, contre quelques Yens. C’est plus pratique pour l’utilisateur, plus simple et, évidemment, plus lucratif.

Marché de l'occasion au Japon

Pour s’en faire une idée, rien de plus simple. Direction Akihabara, le célèbre quartier de l’électronique (et des mangas, et des maid cafés, et autres joyeusetés interdites aux mineurs) qui offre une concentration d’enseignes d’occasion assez intéressante. Entre les grosses chaînes et les petites boutiques, le choix est vaste.

Marché de l'occasion au Japon

Pour le touriste, les grosses enseignes comme Sofmap sont intéressantes et mettent en avant le discount de 8% correspondant au rabais “duty free” consenti localement. A Tokyo, les enseignes Book Off sont légion, elles rachètent les livres d’occasion et l’enseigne son pendant “micro” avec Hard Off qui rachète et revend du matériel électronique de la même manière. Et d’ailleurs, dès que l’on se déplace dans des petites villes de campagne, ce sont majoritairement des Hard Off que l’on croise.

Marché de l'occasion au Japon

Revenons à Akihabara. Dans les petites ruelles de ce quartier toujours animé, il n’est pas rare de voir des compresseurs à même le trottoir. C’est là que les machines sont démontées et dépoussiérées.

Marché de l'occasion au Japon

Et souvent les modalités de reprise du matériel sont placardées sur la vitrine. Une seule information manque: le prix auquel on vous reprendra votre vieux matériel. Là c’est le mystère le plus complet, l’addition dépendant de la boutique, de l’état du matériel, et probablement d’une petite marge de négociation consentie par l’enseigne, bien que ce dernier point ne soit pas vraiment dans les habitudes locales.

Marché de l'occasion au Japon

Les affaires y sont-elles bonnes pour le client? Tout dépend de ce qu’on en attend. L’offre est en effet incroyablement variée. Vous verrez en rayon des PC très récents concédés à des prix très intéressants. Et de véritables antiquités vendues une bouchée de pain… mais toujours parfaitement fonctionnelles.

Marché de l'occasion au Japon

Parmi les machines récentes, on a pu noter un Mouse Computer 17,3 pouces équipé d’un i7 6700HQ, de 8 Go de DDR3 et d’une GTX950M proposé 104 000 Yens (un peu plus de 900€) d’occasion contre 160 000 Yens neuf (1400€). Un VivoBook Asus vendu 69 000 Yens neuf se trouve à 38 000 Yens d’occasion. En gros et en général, les réductions sur le matériel récent sont assez conséquentes. Ce qui en fait d’excellentes affaires pour qui veut s’équiper sans se ruiner d’une machine récente.

Marché de l'occasion au Japon

Mais si on souhaite dépenser encore moins c’est tout à fait possible. Plus l’ordinateur est ancien, plus son prix est faible, et la plupart des annonces que nous avons croisées dans Akihabara font mention de la date de commercialisation originale de la machine proposée. Si vous voulez rester sous windows 10 un Toshiba Dynabook R731 de 2011, avec une dalle de 13 pouces, un i52520M, 2 Go de DDR et un HDD de 250 Go est vendu 27 000 Yens, soit 234€ en gros. Un prix plancher, pour une machine parfaitement capable de faire de la bureautique… voire beaucoup plus.

Marché de l'occasion au Japon

Et on peut encore descendre plus bas dans les prix. Souvent des PME locales se débarrassent de leurs stocks de PC de bureaux auprès de ces revendeurs, ce qui permet de s’offrir des machines desktop au format mini-tour pour des prix défiant toute concurrence… 15 000 Yens, 10 000 Yens… et parfois moins de 2000 Yens (moins de 15€) pour des machines plus anciennes.

Marché de l'occasion au Japon

Nous en avons croisé plusieurs à ce prix, comme par exemple des Nec ValueStar en Core 2 Duo. Pas jeune, mais en état. Avec ce genre de machines vous pouvez avoir un écran LCD 17 pouces pour 2500 Yens, et un ensemble clavier-souris pour… entre 200 et 500 Yens. Difficile de faire moins.

Marché de l'occasion au Japon

Enfin dans les boutiques des petites ruelles, il est souvent possible de trouver des caisses de petit matériel ornées d’une étiquette indiquant que les produits n’ont pas été vérifiés et qu’on les achète “en l’état”… fonctionnels ou non. Ce sont souvent des souris, des claviers ou des trackballs vendus 100 Yens pièce, des lots de câbles ou d’adaptateurs électriques, des convertisseurs divers.

Marché de l'occasion au Japon

Parfois ce sont aussi des lots de cartes graphiques défectueuses marquées “junk”… bref, tout se revend.

Marché de l'occasion au Japon

Et s’achète ! Car si les grosses enseignes semblent avoir une clientèle facile avec les touristes de passage au Japon, les petites boutiques ont aussi la leur. Venez le matin avant l’ouverture, un peu avant 10 heures, et vous verrez des files d’attente devant les rideaux encore fermés. Des clients aux profils très divers parmi lesquels les pères de famille venant choisir une tablette, un smartphone ou un notebook pour leur gamin ne sont pas rares.

Marché de l'occasion au Japon

Et si ce marché de l’occasion semble aussi vif ici, c’est qu’il est en général sans surprises. Les revendeurs, gros ou petits, nettoient et vérifient le matériel avant de le remettre en vente. Le réparent au besoin. Et rédigent des descriptifs de vente très complets stipulant sa fiche technique bien sûr, mais aussi une évaluation de son état général mentionnant le moindre défaut.

Marché de l'occasion au Japon

Une rayure ici, un coup là, un plastique lissé par l’usage (classique sur les portables)… Certaines enseignes ont un système de classement rendant la lecture encore plus rapide.

Marché de l'occasion au Japon

Quant à la garantie ou à ce qui se passe après l’achat, tout dépend de l’enseigne et du matériel. Pour le matériel photo, les meilleures adresses comme Map Camera à Shinjuku, vous proposent de ramener le matériel sous les deux semaines suivant l’achat s’il ne convient pas ou s’il est défectueux. Les durées de garantie varient ensuite. En informatique, la plupart des petites boutiques proposent un mois en standard. Dans les grands magasins, il est en général possible d’acheter des garanties de 3, voire de 5 ans dans certains cas. Mais en règle générale, le marché de l’occasion japonais est aussi riche et dense que sûr. Si vous passez par ici un de ces jours, ne manquez pas d’y aller flâner un peu. Peut-être y trouverez-vous l’appareil photo, le téléphone ou le portable de vos rêves…

Photos et texte de Pierre Caillault : Vous pouvez le suivre sur Instagram où il publie régulièrement de très beaux clichés sur le Japon de tous les jours.

23 commentaires sur ce sujet.
  • Xo7
    23 novembre 2016 - 18 h 31 min

    Merci Pierre et Pierre, pas de si tôt qu j’irai au japon mais ce genre d’info nous ouvre sur le monde extérieur et me change les idées… bonne idée ce papier

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  • 23 novembre 2016 - 18 h 51 min

    En gros c’est intéressant d’acheter du matos d’entreprise comme chez nous sans intermédiaire

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  • 23 novembre 2016 - 19 h 35 min

    Je découvre votre site , c’était un billet très intéressant .

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  • 23 novembre 2016 - 19 h 41 min

    Akihabara: intéressant surtout pour son marché de composant électronique à l’ambiance très particulière (acheter ses condensateurs ultra pointus à la pièce :-) et ses contre allées remplies de petits magasins soit dans l’occasion soit ultra spécialisé (par ex. que des claviers).

    Les grands magasins sont moins intéressant qu’ils ne le semblent. Je suppose que internet a cassé l’effet caverne d’ali baba (en France on avait Surcouf… avec tous les magasins chinois qui nagaient autour ;-) Il y a aussi les nombreux magasins pièges à touristes qui surfent sur l’aura des décennies précédentes.

    Il y a un équivalent à Osaka (galerie commerciale couverte).

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  • 23 novembre 2016 - 20 h 07 min

    Génial !
    J’abonde dans le sens du premier commentaire, super intéressant pour les curieux !

    Et niveau distribution du neuf, c’est gros grossiste/importateur comme en France ?

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  • 23 novembre 2016 - 22 h 00 min

    merci beaucoup pour cet article :) j’ai adoré, comme une impression de voyage, en espérant avoir l’occasion de faire, un jour, un tour au Japon :p

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  • 23 novembre 2016 - 22 h 05 min

    “De même, les Parisiens connaissent certainement Book Off, le libraire japonais qui dispose d’une boutique dans le quartier de l’Opéra.”
    Malheureusement d’après le site BOOK OFF: “La boutique Paris Opéra a fermé ses portes le 01/01/2016.”

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  • 23 novembre 2016 - 22 h 25 min

    Merci pour l’article très agréable à lire et changeant de ce qu’on voit en ce moment. Je ne sais pas si c’est faisable mais un billet comme celui là régulièrement serait un gros plus pour le site, même si j’imagine que ça doit prendre du temps à écrire, en tout cas c’était très plaisant ;)

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  • 24 novembre 2016 - 10 h 03 min

    Je me souviens de ma première visite en 2004, période des PDAs et des ultra portables japonais inédits, j’étais comme un gamin à Noël.
    Pas le budget pour un Vaio mais j’avais pris un Sharp Zaurus :)

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  • 24 novembre 2016 - 10 h 53 min

    Sympa ce petit article. Le Japon, c’est vraiment un autre monde.
    @Jeannot: Il reste toujours le Book-Off près de Bastille, rue Faubourg Saint-Antoine. ;)

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  • 24 novembre 2016 - 11 h 01 min

    Super article. Ca change des sujets habituels mais c’est aussi intéressant ! :)

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  • 24 novembre 2016 - 12 h 31 min

    D’autres billets de ce type sont prévus ? Je trouve l’idée, de faire découvrir une autre culture tout en restant dans le thème “technologie”, excellente.

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  • 24 novembre 2016 - 13 h 02 min

    Très sympa comme article !

    Notre leboncoin national est pas mal non plus pour trouver des pépites sur les pc portables. La par exemple j’écris sur un Lenovo x250 (machine pro) avec un i5 5300, ssd 256gb, 8go de ram et un écran full hd que j’ai payé 400€ avec un dock.

    Pour avoir lurké un peu le marché des pc portables pro il y a souvent de très bonnes affaires pour des machines solide !

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  • 24 novembre 2016 - 18 h 54 min

    Merci pour ce très bel article.

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  • 26 novembre 2016 - 18 h 45 min

    Merci Pierre pour cet article qui donne l’eau à la bouche…

    Il ne manquerait plus qu’ils exportent et ce serait parfait !

    J’investirais dans mon rêvé Xiaomi Air 13.3″ d’occasion…

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  • 29 novembre 2016 - 17 h 54 min

    C’est encore une preuve du fabriqué au Japon .
    Si ,il peuvent proposer ce type de matériel c’est parce qu’il dispose d’un excellent savoir faire et de composants de qualité .

    J’imagine pas la même maintenance sur une carte mère de 5 ou 6 ans d’âge chez nous .
    C’est sur aussi que l’électronique au JAPON c’est comme l’automobile en Angleterre , un domaine ou pièces de collections disposent aussi d’une bonne possibilité de maintenance .

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  • uko
    30 novembre 2016 - 17 h 13 min

    Sans même aller jusqu’au bon coin, on trouve de très bonnes offres en reconditionné/occasion chez les e-commerçants français.
    “Si vous voulez rester sous windows 10 un Toshiba Dynabook R731 de 2011, avec une dalle de 13 pouces, un i52520M, 2 Go de DDR et un HDD de 250 Go est vendu 27 000 Yens, soit 234€ en gros. Un prix plancher, pour une machine parfaitement capable de faire de la bureautique… voire beaucoup plus.”
    En France, on trouve des Thinkpad d’occasion avec une garantie de 6 mois avec des fiches techniques similaires à moins de 200€.

    Un exemple ici:
    http://www.rueducommerce.fr/Destockage/Ordinateurs/Ordinateur-Portable/LENOVO/4970318-ThinkPad-L420.htm?
    Ou encore là:
    http://www.rueducommerce.fr/Destockage/Ordinateurs/Ordinateur-Portable/LENOVO/4968357-Ordinateur-Portable-ThinkPad-X220-Intel-Core-i5-2520M-2-5-Ghz-RAM-4Go-HDD-250-Go-12-1-Windows-7-Pro.htm

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  • 1 décembre 2016 - 14 h 23 min

    Merci ! Effectivement je découvre le rayon refurb de RDC
    Je me suis offert le modèle i5 via l’affiliation minimachines

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  • 1 décembre 2016 - 14 h 45 min

    @marc: <3

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  • 19 décembre 2016 - 13 h 24 min

    il y’a des vendeurs de matériel d’occasion ou reconditionné en france qui appliquent des tarifs similaires (HP Elitebook 8460w i5 2520M 4Go 250GO 7200tr/min 230€) mais je pense que ce genre d’article peut être intéressant pour un professionnel loin de chez lui qui à une tuile et besoin d’un pc avant son retour

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  • uko
    20 décembre 2016 - 10 h 34 min

    @softreaper:
    Je pense que ce qui est intéressant, c’est surtout de voir qu’au Japon c’est un vrai phénomène de société, pas comme en France où cette pratique reste confidentielle et souvent mal perçue par un public inquiet de la qualité des produits proposés.

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  • 25 décembre 2016 - 21 h 15 min

    Excellent article, merci pour ces informations très intéressantes.

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  • c64
    30 décembre 2016 - 10 h 45 min

    Le japon c’est surtout le pays de la photo. Ca serait intéressant un article similaire sur la photo comme l’auteur est photographe…

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