Google I/O : Android partout, matin, midi et soir

La conférence Google I/O est passée du statut de rendez-vous technique à destination des développeurs à une sorte de show présentant les avancées du moteur de recherche sur ses activités annexes : Android, ChromeOS et les machines qui s’y rapportent. Cette année la keynote a été un vrai feu d’artifice d’annonces en tout genre, voici ce qu’il faut en retenir.

Et le terme Show n’est plus trop exagéré, une keynote à destination des développeurs devrait plus ressembler à quelque chose de sobre, de plus strict, avec des diagrammes et des lignes de code. Il en a été un peu question hier, en fin de conférence, mais le gros du Show a été assuré par des annonces assez flamboyantes.

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La cavalcade de nouveautés mérite un petit coup de projecteur, les annonces sont nombreuses et de nouveaux mots vont venir s’additionner à votre propre petit glossaire technophile. Nouveau design pour Android, nouveau moteur, apparition d’un Android « L », quelques nouveaux produits annoncés et le lancement d’Android Wear. Ajoutez à cela l’arrivée d’Android TV et d’Android Auto, un tissage toujours plus serré entre ChromeOS et Android et vous aurez une petite idée de ce que cette Google I/O a réservé à un public chauffé à blanc pour vivre cette expérience.

Android partout, matin, midi et soir.

Un écran Android sous les yeux toute la journée ? C’st le fantasme absolu de Google. Si la Google I/O a bien fait comprendre quelque chose hier, c’est cette volonté d’être présent sur tous les écrans de votre quotidien, même les plus inattendus. Au travers de plusieurs objets et d’autant d’activités que possible, le but du jeu est de confier les clés de votre santé, de vos transports de vos  rendez-vous et même de votre mémoire à Google. Un objectif qui parait difficile à tenir mais qui semble au final parfaitement réaliste en prenant en compte les annonces qui vont suivre. Un objectif qui vise à soutenir la croissance exponentielle du système de recherche, nécessaire pour alimenter les caisses de Google.

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La croissance finira par fléchir si on ne fait rien ou pourquoi concevoir des smartphones Android à faible coût

Sundar Pinchai, le type à la tête de la division Android chez Google, ouvre le bal avec une première annonce qui parait anecdotique mais qui ne l’est finalement pas du tout. Après avoir fait le traditionnel discours chiffré des évolutions du marché et de la croissance fantastique de Google : 1 milliard d’utilisateurs actifs du système, 20 milliards de SMS et 93 millions de selfies chaque jour.

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Des chiffres bien flippants, surtout le dernier qui montre à quel point Android, la possession d’un smartphone et l’image de façade que l’on cherche à se construire socialement vont de pair. Il aurait été impensable de sortir sans chapeau il y a 100 ans, il devient intolérable de ne pas montrer que sa vie est formidable sur les réseaux sociaux aujourd’hui. Passons.

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Ces chiffres qui enflent de conférence en conférence et qu’il faut bien croire sur parole, posent problème. Car associés à leur pourcentage de croissance, ils vont bien finir par devenir moins formidables un jour ou l’autre. Comment continuer à faire croître son cheptel d’utilisateurs avec 1 milliard de comptes actifs ? tous les hommes assez riches pour acheter un smartphone en ont déjà un, voire plusieurs. Il faut donc trouver d’autres clients, ceux qui n’ont pas encore pu céder à ce caprice.

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C’est pourquoi la première annonce de cette conférence de développement est… matérielle. Les pauvres vont aussi avoir droit de faire des selfies grâce à Google. Derrière le côté très  cynique de cette annonce il y a tout de même beaucoup d’enjeux. L’accès au réseau est le premier et il n’est pas anodin, cela gomme une bonne partie de l’aspect purement statistique de cette annonce. Offrir la possibilité à des habitants pauvres d’une bonne partie de la planète de pouvoir accéder au net est une noble mission.
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Pour le reste, on comprend bien les enjeux que cela représente. Les pays émergents sont libres de toute concurrence en terme de smartphones, voilà un marché pas franchement recherché par l’iPhone d’Apple par exemple. Et pourtant, il y a là un relais de croissance énorme pour Google qui ne s’intéresse pas au matériel mais fonde son business sur les services.

L’idée est donc de refaire le coup des Nexus en créant Android One, une gamme  de smartphones Low-Cost à destination des plus pauvres et en partenariat avec des fabricants locaux. Android One est donc une nouvelle plateforme de référence combinant matériel et logiciel pour fabriquer un smartphone peu cher et efficace basé sur un Android de référence sans surcouche. Un Android où vous ne serez pas le maître et qui se mettra à jour tout seul, par la simple volonté de Google. On devine ici l’intérêt de la marque de ne pas laisser le propriétaire s’aventurer trop dans l’objet, il faut éviter les déboires liés à l’univers fragmenté du système et garder le contrôle.

En filigrane on comprend 2 choses, d’abord qu’Android One ne sera pas synonyme de mauvais produits, le but du jeu pour Google est d’avoir des utilisateurs et non pas des acheteurs de matériel : L’exemple donné est un smartphone 4.5 pouces fabriqué par Micromax qui devrait être vendu sous les 100$. On ne connait pas grand chose de lui mais même avec une puce récente entrée de gamme, il y a moyen de concevoir un engin utile. Avec ce genre d’engin, Google pourrait continuer de proposer des chiffres de croissance positifs de Keynote en Keynote pour quelques années encore.

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Mais cela va permettre surtout de couper court au business pirate actuellement en court sur ces marchés émergents. Des marques n’hésitent pas à proposer des smartphones low-cost sous Android sans l’aval de Google. Rien ne les empêche de le faire si ce n’est qu’elles proposent souvent des accès aux applications « payantes » de Google comme le le magasin Play, Gmail et autres, sans en avoir acquis les droits. L’ensemble de ces services coûte quelques dizaines de milliers de dollars de validation auprès de Google afin de pouvoir les proposer sur ses machines. Google peut refuser ou non de les accorder et veille également a toucher sa dîme sur chaque version d’un engin proposé. Le manque à gagner n’est pas forcément important pour Google mais il pose de sérieux problèmes vis à vis d’une concurrence de marque qui paye mais également vis à vis d’utilisateurs d’Android qui achètent un terminal incapable d’exploiter des applications officielles. Un achat décevant dont Google ne veut plus.

Avec Android One, Google aura de quoi lutter contre ces smartphones bas de gamme en promettant un bon confort utilisateur mais également des mises à jour soutenues. Je me demande quel fabricant de puce remportera ce premier marché pour équiper les Android One, ce choix est délicat car si Google veut pousser lui-même les mises à jour, il lui faut un partenaire fiable pour le travail de développement nécessaire. Le jeu en vaut cependant la chandelle, les marchés émergents et l’Inde pour commencer dés cette année, sont énormes en terme d’unités potentielles.

A suivre.

20 commentaires sur ce sujet.
  • 26 juin 2014 - 19 h 16 min

    Par contre ils auraient au moins pu annoncer la nexus 9 , ses specs ont étés quasi annoncés , le tegra k1 est utilisés partout chez google !

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  • 26 juin 2014 - 19 h 26 min

    Outre les « contrefaçons » non-autorisées, l’autre cible d’Android One ce sont les smartphones Firefox OS.

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  • 26 juin 2014 - 20 h 34 min

    Tout ça me rappelle les confs de presse de Bill Gates dans les années 1980 auxquelles j’assistais avec pour slogan : »Windows everywhere »! :-)
    JM

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  • 26 juin 2014 - 21 h 26 min

    Android est déjà le support électronique des pauvres.
    Des pauvres buses qui livrent leurs données personnelles gratuitement sans demander compensation.
    Pauvres cloches, oui !
    Google cherche donc 6 milliards d’autres cloches. Et après ? Les animaux, les insectes, les aliens ?
    Db

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  • 26 juin 2014 - 21 h 35 min

    @android.blogintelligence.fr: Mouais, bof. FF OS c’est encore moins de part de marché que Tizen pour le moment, c’est dire.

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  • Fla
    26 juin 2014 - 22 h 47 min

    @Pierre FFOS c’est peut-être petit en terme de part de marchés pour le moment mais il a été annoncé dès le début que la cible était les marchés low cost, donc effectivement, Android One rentre directement en concurrence à ce niveau là.

    Et pour suivre de prêt le projet Firefox OS, je peux dire que les choses sont clairement en train de s’accélérer et que les chiffres pourrait bien être très différent en début d’année prochaine…

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  • 26 juin 2014 - 22 h 55 min

    @Gaduc : oui et depuis des années maintenant, mais réfléchis au formidable outil humanitaire que Google aurait pu être, sans sa logique libérale… Quel gâchis.

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  • 26 juin 2014 - 23 h 31 min

    @Fla: J’adorerais y croire, je serais le premier a participer. Malheureusement j’ai trop l’habitude des projets libres qui se cassent la gueule tout seul dans leurs coins parce que les fabricants, distributeurs, revendeurs, grossistes et même malheureusement clientes n’y trouvent pas leur compte en terme de profit, d’économie ou même – il faut bien le dire pour les particuliers – d’image et de loisir.

    Si en 2015 FF OS explose dans les pays émergents ça sera une super nouvelle mais en attendant de voir les chiffres je crois que le principal soucis pour Google c’est de voir potentiellement plusieurs milliards de gens utiliser ses services sans lui rapporter un cent.

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  • 27 juin 2014 - 5 h 33 min

    Pierre, magnifique coup du « chapeau » ! 5 lignes qui suffisent pour gagner le prix Goncourt des blogs informatiques (les doigts dans le nez… donc aucun mérite!)

    Pour étendre son empire publicitaire et marketing, Google va probablement essayer d’imposer une sorte de ChromeOS pour smartphone centré sur ses services… un téléphone-portail !
    Maintenant tout le problème, c’est de convaincre les grands fabricants coréens et chinois, pas forcément prêts à jouer le jeu et à payer une redevance. D’ailleurs si Google veut imposer son système, il devrait plutôt subventionner les appareils.

    Un poids-lourd comme Facebook, qui souhaitait faire exactement la même chose, ne s’est finalement pas risqué sur ce marché. Alors quand on regarde les faibles parts de marché de Microsoft et l’état des projets soutenus par Intel et Samsung (Meego puis maintenant Tizen), on voit mal comment des « nains » comme Mozilla ou Ubuntu pourraient ramasser autre chose que des morceaux de miettes.

    D’ailleurs, plutôt que de brosser les investisseurs et les medias dans le sens du poil, on aimerait qu’ils s’attachent davantage à mettre Firefox OS dans les mains de la communauté qui les soutient : sur RaspberryPhone, c’est pas compliqué bordel ! Mais faut croire qu’ils s’accrochent désespérément à leur standing… tout ce boulot, c’est pas pour remplacer les « booth babes » par des barbus :))

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  • 27 juin 2014 - 9 h 04 min

    @malak: Pauvre Monsieur Goncourt, Montmartre doit être en émoi de toute cette agitation :/

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  • 27 juin 2014 - 9 h 56 min

    « Android est déjà le support électronique des pauvres.
    Des pauvres buses qui livrent leurs données … cloches  »

    oui tu as raison, c’était mieux avant, tu achetais un ordi, tu payais l’OS, même si plusieurs autres existaient, sans te poser de questions … tu gardais ie6 à vie, parce que les devs n’avaient qu’a pas sortir du modèle .. et puis à chaque virus un peu méchant tu payais 200E à Pc 30 pour une re-install … et puis pour la mobilité pareil, tu achetais un netbook ou tu voyais rien et ou tu pouvais pas lire une vidéo tellement ça ramait …

    non vraiment le monde était mieux avant …. au moins on avait pas besoin de réfléchir ..

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  • Fla
    27 juin 2014 - 10 h 09 min

    @toto Les mêmes problèmes sont là avec Android, OS qui rame à mort au bout de 6 mois et obligé de reformater. Sauf qu’en plus, tu es obligé d’avoir un compte Google pour accéder au marketplace et donc à 90% des applications, qui pour la majorité d’entre elles veulent accéder à tes sms, contacts et photos même si elles servent uniquement à afficher la météo, et bien sûr Google récupère, enregistre et traite toutes ces infos… Oui, c’était mieux avant, quand on pouvait installer ce qu’on voulait sans avoir peur que le propriétaire de l’OS supprime des fichiers à distance.

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  • 27 juin 2014 - 14 h 35 min

    @Pierre Lecourt:

    «  »je crois que le principal soucis pour Google c’est de voir potentiellement plusieurs milliards de gens utiliser ses services sans lui rapporter un cent. » »

    C’est la que tu te trompes. Google ne demande pas un cent par appareil vendus avec les playServices ( seulement une somme fixe par SKU) , car UTILISER ses services lui rapport directement de l’argent.

    C’est un modèle à l’opposé de l’historique Microsoft.

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  • 27 juin 2014 - 14 h 53 min

    @Fla:

    Tu exagères legerement quand meme la. Oui il faut une bonne config pour que Android soit performant surtout a cause de Dalvik mais ça s’améliore de plus en plus un peu comme pour ….Microsoft .

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  • 27 juin 2014 - 15 h 01 min

    Hum…. Google est une société, on le sait. Ils veulent exploiter nos données personnelles, on le sait. En revanche, Google me donne accès aux sources de la plupart de ses logiciels. Quand je veux avoir la paix, je sais que je peux coupe la localisation, supprimer les cookies etc…

    Bref, j’y trouve mon compte et suis bien heureux de m’affranchir de l’écosystème apple et microsoft qui sont fermés au possible.

    Des smartphones fonctionnels et pas chers ? Oui, voila qui est une vraie bonne idée pour donner accès à un autre monde à des millions de personnes. Car croyez-le ou non, dans les pays pauvres, on aime aussi la technologie… Si vous voyiez ce que ce sont capable de faire des Philippins avec un portable chinois d’entrée de gamme (scotch et élastiques compris… Mais ils arrivent/supportent de rédiger des mails, d’aller sur internet en 320×240), on se dit que c’est bien qu’une société pense un peu à ces personnes. Ok il y a une attente commerciale derrière. À mes yeux, ça ne pose pas de problème: c’est du gagnant-gagnant. En attendant, Apple et MS se foutent pas mal des pays à faible pouvoir d’achat.

    Alors, ouais, vive Google, vive Firefox OS et j’espère aussi qu’Ubunutu arrivera à son unification des systèmes. En tout cas, vive les gens qui font bouger les choses, même si objectif financier il y a. Ça s’appelle la symbiose et c’est naturel ;)

    PS: Perso, je me fous pas mal que google récupère ce que j’achète ou ce que je regarde sur le net. Pour ma vie privée, je crypte et j’utilise un GNU/Linux aux petit oignons.

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  • Fla
    27 juin 2014 - 15 h 03 min

    @Ekimia : Je ne parle pas de l’OS lui même, je parle du fait que la majorité des téléphones viennent avec des surcouches + applis pourries type Facebook que tu ne peux pas désinstaller (à moins de rooter et donc tu passes dans l’illégalité) + toutes les applis qui ne se désinstallent pas vraiment, ou encore qui reste en tâche de fond même si tu n’as rien demandé et que tu essayes de killer mais qui reviennent… Bref, utilisé quotidiennement, les perfs se dégradent vite.

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  • 27 juin 2014 - 15 h 04 min

    @Ekimia: Donc si demain 500 000 000 d’Indiens et 500 000 000 de Chinois s’offrent une adresse Gmail gratos ça rapportera plus à Google que ce que cela leur coutera ?

    Tout le problème des pays émergents c’est le placement produit publicitaire, tu vas faire quoi comme pub dans Gmail sur le marché Indien ou Chinois ? Qui va accepter de payer de la pub ? Payer assez pour rembourser l’infrastructure de Google ? Il faut qu’ils construisent la pub en même temps que la clientèle pour que ça soit rentable pour eux, C’est pour cela que les moteurs internet locaux en Russie, en Inde et en Chine n’ont pas été détrônés par Google ou FB, ils ont les schémas publicitaires et l’adhésion du public.

    Par contre utiliser un outil gratuit comme Gmail et ajouter à cela un Drive, par centaines de millions de nouveaux inscrit pourrait fonctionner sans rapporter d’argent à Google

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  • 28 juin 2014 - 9 h 40 min

    « PS: Perso, je me fous pas mal que google récupère ce que j’achète ou ce que je regarde sur le net. Pour ma vie privée, je crypte et j’utilise un GNU/Linux aux petit oignons. »

    oui c’est ça … ça demande un peu de boulot mais c’est le seul moyen ..

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  • 29 juin 2014 - 12 h 01 min

    Google cible clairement les marches émergents qui utilisent bien souvent des market alternatifs, et ca c’est effectivement un GROS problème pour google. Ces marches (inde, chine etc…) commencent maintenant a être équipés en smartphone (chinois pour la plupart) google est en position de challenger car contrairement a ce qu’on voit en France (duopole US google/apple) labas chaque contructeur a son market! avec des app développées localement que les utilisateurs préfère au market de google… autant en Europe/US la domination est totale autant dans les marche emergent ce sera beaucoup plus dure car labas

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  • 29 juin 2014 - 21 h 02 min

    […] La conférence Google I/O est passée du statut de rendez-vous technique à destination des développeurs à un grand show à la gloire du moteur de recherche.  […]

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