Généralisation du PC tactile : Quel avenir pour ce marché qui copie la tablette ?

Les PC tactiles devraient couvrir 60% de la gamme du constructeur Chinois Lenovo, qui, après Acer, annonce ce virage vers les écrans où l’on pose les doigts comme élément de renouveau du marché PC. Devant le recul des ventes, les fabricants semblent penser qu’il s’agit là d’une solution efficace face aux tablettes.

Chez Intel, l’annonce d’une norme d’ultrabooks sous processeur Haswell embarquant obligatoirement un écran tactile va dans le même sens.  Je ne suis pourtant pas persuadé que cela soit la solution, ce n’est pas en singeant le marché tablette que les PC vont mieux se vendre. Il semble étonnant que la plupart des constructeurs puisse croire qu’en rajoutant un écran tactile à des machines classiques, ils parviendront a ré-équilibrer leurs comptes.

Les avantages du monde tablette sont plus nombreux qu’un simple écran tactile : Elles sont légères, ultra-réactives et très autonomes. Ce n’est pas en rajoutant une surcouche tactile à un portable qu’on le rendra plus rapide à l’allumage ou plus autonome. On lui apportera certes la possibilité de ressembler à une tablette pour certains usages mais sans jamais s’en rapprocher pour autant. Surtout, ce que l’on demande à un PC n’est pas et ne sera jamais ce que l’on demande à une tablette. Les usages sont différents et il est donc logique que les interfaces le  soient également.

Des PC tactiles ? Un leurre technique qui n’intéresse pas forcément tout le monde.

Le Tactile sur un PC n’est pas une mauvaise chose, les différents All In One que j’ai pu croiser au CES qui embarquaient une surcouche tactile m’ont réellement fait bonne impression. Mais ces engins à vocation familiale sont avant tout des machines multimédia. Permettre qu’on puisse les utiliser sans avoir a pianoter sur un clavier ou sortir une souris est un vrai avantage.

Mais de là a coller des écrans tactiles sur tous les portables disponibles, cela me semble hasardeux. D’une part cela augmente considérablement le tarif de ceux-ci, rendant des machines déjà de plus en plus chères encore moins abordables, mais c’est également un véritable non sens ergonomique à l’usage. Nous avons 10 doigts possédants des fonctions ultra-évoluées. Sensibles à la pression, au contact et aux formes, ils savent distinguer avec une précision étonnante le moment où une clé de clavier est enfoncée. Ils savent manipuler au pixel prêt un pointeur de souris sur un écran haute définition. Et jamais l’interface tactile la plus précise qui soit ne leur apportera un tel confort.

Se retrouver face à un clavier et un pavé tactile ou une souris et devoir les quitter pour retrouver un écran tactile c’est abandonner l’usage de nos 10 doigts pour ne plus en utiliser qu’un seul, grossièrement compris par une interface malhabile. Placer ma main entre l’écran et mes yeux ne me parait pas non plus très intelligent si je cherche à construire quelque chose avec ma machine.

La tablette est née du tactile et du format papier tandis que le portable reprend l’esprit des premières machines à écrire. Si ce format de clavier s’est rendu absolument universel, si le format crayon reste l’outil le plus pratique pour dessiner, penser pouvoir transformer totalement les usages habituels en exploitant le doigt semble une aberration en terme d’évolution.

Le marché de la tablette explose en terme de volume, dans le même temps il s’écrase totalement en terme de marge. Celui du PC s’affaisse sur les 2 points : La raison n’est pas explicable aussi simplement que par un problème d’interface. Les arguments du PC sont ailleurs, dans la puissance, la compétence, la productivité et l’expertise logicielle qu’il propose. Ce n’est pas en changeant juste la façon d’aborder le monde PC, par exemple avec une surcouche tactile comme le propose Windows 8, que celui-ci va se remettre à flot.

Je crois sincèrement que le problème du monde PC est dans le manque d’innovation. Pas que les machines n’aient pas connu de belles évolutions ces dernières années mais face à ce que pouvaient proposer dans le même temps les tablettes, elles paraissaient bien pâlichonnes.

Réduire les possibilités du monde PC en proposant une interface moins performante ne parait pas être la bonne solution pour le sauver.

 

Tout le problème est là, le PC est un monstre de compétence et d’efficacité face à une tablette. Cette dernière est souvent beaucoup plus endurante mais on prends 10 fois plus de temps a faire le même travail avec une interface tactile qu’avec un PC classique. Je ne parle pas des temps de calcul ou autres fonctionnalités encore totalement inabordables au monde tablette mais juste d’ergonomie. La tablette est aujourd’hui plus séduisante, plus à la mode, que le PC.  Est-ce pour autant une bonne idée de réduire ses compétences en proposant une interface plus limitée ? Je fait quoi de mon Photoshop avec un doigt comme seul repère ? Je pianote comment un article sur un clavier virtuel ? Quelle interface tactile pour gérer un jeu de gestion ou un jeu de tir sans devenir fou ?

Le tactile est parfait pour un usage de consommation de données mais le PC est un outil de production, c’est d’ailleurs pour cela que les ventes de tablettes s’envolent : Les utilisateurs d’ordinateurs y trouvent le pendant idéal pour consommer des contenus produits par des… PC.

L’arrivée d’Internet a fait exploser le nombre d’utilisateur de micro ordinateurs, ceux-ci ne sont pas tous des producteurs de contenu loin de là. Beaucoup se contentent de lire des emails, d’en pianoter quelques uns et  beaucoup passent le plus clair de leur temps à consommer passivement ce que d’autres écrivent, dessinent, retouchent ou montent. Pour certain le gros de l’interactivité qu’ils ont sur le réseau consiste a cliquer sur un « j’aime ». Ceux là n’ont acheté un PC que parce qu’ils n’avaient pas d’autre moyen de profiter d’Internet. L’arrivée des tablettes correspond à 100% à leur usage, ils n’ont en vérité jamais eu besoin d’un ordinateur. Rendre tactile un portable ne leur fera pas changer d’avis sur leur prochain achat et ils choisiront à nouveau une tablette.

Le tactile vient certes en complément de la souris et du clavier, c’est vrai, mais ce complément tends a devenir la norme, ne laissant plus le choix à l’utilisateur qui devra forcément payer au prix fort une option qu’il n’utilisera pas obligatoirement. Un complément rendu obligatoire par la présence d’un Windows 8 désagréable sans cette surcouche tactile. C’est le serpent qui se mord la queue : Le tactile explique l’arrivée de Windows 8 qui implique lui même l’exploitation du tactile.

Gateway NS10

Un marché PC déboussolé parce qu’il n’a plus besoin de se renouveler dans la performance

Mon portable de travail, un 11.6″ Gateway NS10 acheté en Novembre 2010, est équipé d’un processeur Core i3-330UM, une puce ancienne génération. Mais jusqu’ici aucune des tâches demandées par l’exercice de mon métier ne lui a paru insurmontable : Retouche d’image légère, bureautique et même montage vidéo, tout lui est accessible. Le seul ajout que je lui ai concédé a été le passage à un SSD et une augmentation à son maximum de mémoire vive.

Le reste du problème est là, le marché du PC s’est construit dans une course à la puissance, au stockage ou aux capacités variées des machines. Maintenant que les engins proposés par les constructeurs remplissent depuis plusieurs années la totalité des besoins des utilisateurs, ces derniers n’ont plus aucune raison de vouloir en changer.

Rajouter du tactile à un portable coûte cher mais n’apporte pas grand chose en terme d’usage, si cette option est censée pousser les gens a renouveler leurs machines en créant un sentiment de nouveauté, je ne pense pas que cela soit un comportement qui sera suivi massivement. La transmission vidéo sans fil, la généralisation du SSD, la qualité de l’affichage, la performance basse consommation, la légèreté ou l’autonomie, voilà des facteurs de bouleversement suffisant pour vouloir changer un PC. Mais compter sur une interface tactile pour vendre un ordinateur plus cher à quelqu’un qui en a déjà un, cela ressemble à une réflexion menée à l’envers. Comme si l’on cherchait à soigner un symptôme plutôt que la maladie.

L’époque est difficile pour les PC face à un marché tablette en pleine émergence. Je reste persuadé que les engins sont complémentaires et que le sort que connaissent les tablettes sera un jour ou l’autre le même que celui que les portables traditionnels connaissent actuellement. Le moment ou ces tablettes équiperont la plupart des foyers viendra. Le marché s’écroulera alors comme celui des PC et il faudra inventer autre chose.

52 commentaires sur ce sujet.
  • 11 mars 2013 - 9 h 50 min

    […] c’est peut être parce qu’Intel va restreindre encore un peu plus les possibilités en obligeant ceux-ci à intégrer des écrans tactiles dans tous les ultrabooks prévus pour cette fin … (pas de calendrier précis pour le […]

  • 20 octobre 2013 - 16 h 46 min

    […] Généralisation du PC tactile : Quel avenir pour ce marché qui copie la tablette ? […]

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